La justice, condition de la durée des États

0 0

 

La justice, condition de la durée des États

La solidité d’un pouvoir ne dépend pas exclusivement de la foi religieuse de ses dirigeants ou de ses citoyens, mais repose avant tout sur la justice. L’histoire humaine, tout comme les sources islamiques, montre que des sociétés peuvent perdurer malgré l’absence de croyance, tandis qu’aucune ne survit durablement à l’oppression et à l’arbitraire. Comme l’a affirmé Ibn Taymiyya : Un pouvoir peut subsister malgré l’incroyance, mais il ne subsiste jamais avec l’injustice.


Le Coran établit clairement que la justice est un principe universel voulu par Allah pour l’organisation de la vie humaine. Allah dit : Certes, Allah ordonne la justice, la bienfaisance et l’assistance aux proches. Et Il interdit la turpitude, le blâmable et l’oppression (Coran 16/90).
Ce verset montre que la justice n’est pas un simple idéal moral, mais un fondement indispensable de l’ordre social et politique. Elle constitue une règle générale, valable pour tous les peuples, croyants ou non.

Le Coran relie également de manière explicite l’injustice à la destruction des civilisations. Allah dit : Et Nous n’avons jamais fait périr de cités sans que leurs habitants ne soient injustes (Coran 28/59).
Ainsi, la cause principale de la chute des sociétés n’est pas l’incroyance en elle-même, mais la généralisation de l’oppression, de l’arbitraire et de la négation des droits. Même lorsque la religion est revendiquée, l’injustice demeure un facteur de ruine.


Cette exigence de justice s’impose même dans les situations de conflit ou de désaccord. Allah dit : Ô vous qui croyez ! Soyez stricts dans l’équité… Que la haine pour un peuple ne vous incite pas à être injustes. Soyez justes : cela est plus proche de la piété (Coran 5/8).
La justice apparaît ici comme une valeur supérieure aux appartenances, aux passions et aux intérêts politiques, et comme la véritable mesure de la rectitude morale.


La Sunna du Prophète ()) confirme pleinement cette vision. Dans un hadith qudsi rapporté par Muslim, Allah dit : Ô Mes serviteurs ! Je Me suis interdit l’injustice, et Je l’ai rendue interdite entre vous. Ne soyez donc pas injustes les uns envers les autres. L’injustice est ainsi présentée comme un mal absolu, incompatible avec la stabilité des relations humaines et la pérennité du pouvoir.


Le Prophète () a également averti des conséquences de l’injustice lorsqu’il a dit : Préservez-vous de l’injustice, car l’injustice sera des ténèbres au Jour de la Résurrection (Al-Bukhārī et Muslim).


Ces ténèbres ne concernent pas seulement l’au-delà, mais se manifestent dès ici-bas par le désordre, la perte de légitimité et l’effondrement des structures politiques. Il a aussi comparé le dirigeant injuste à un mauvais berger en disant : Les pires des bergers sont ceux qui sont injustes envers leur troupeau (Muslim), soulignant que l’autorité n’a de sens que si elle protège et assure l’équité.


Les grands penseurs musulmans ont longuement réfléchi à ces enseignements. Si la parole d’Ibn Taymiyya met en évidence que la justice relève des lois divines qui gouvernent le monde, indépendamment de la foi proclamée, Ibn Khaldûn affirme quant à lui, dans Al-Muqaddima, que l’injustice annonce la ruine de la civilisation . Selon son analyse, l’oppression détruit la cohésion sociale, affaiblit la loyauté des citoyens et prépare inévitablement la chute du pouvoir, même lorsque celui-ci dispose temporairement de la force.


De côté le juriste Al-Mâwardî, dans Al-Aḥkâm as-Sulṭâniyya wa al-Wilâyât ad-Dîīniyya, explique que le pouvoir ne peut se maintenir que par la justice, car elle seule engendre l’adhésion volontaire des gouvernés. La contrainte peut imposer l’obéissance pour un temps, mais seule l’équité assure une stabilité durable.


Ainsi, cette maxime révèle une leçon morale universelle : la croyance relève du salut spirituel, mais la justice constitue la condition de la survie des sociétés et des États. Les croyances peuvent varier selon les peuples et les époques, mais l’injustice, partout et toujours, finit par détruire ceux qui l’exercent. La justice demeure donc le véritable fondement de toute autorité politique, et l’histoire comme la Révélation confirment toutes les deux, qu’aucun pouvoir ne peut durablement subsister sans elle.

Articles en relation