Les formulations du vœu religieux et sa réalité
Fatwa No: 102449

Question

Ma question porte sur le vœu religieux (nadhr). Le vœu n’est-il valable qu’à travers une formulation particulière, comme le fait de dire explicitement : Je fais le vœu ?
Par exemple, si quelqu’un dit : Si untel guérit, je sacrifierai un mouton , cela est-il considéré comme un vœu qui devient obligatoire pour celui qui l’a prononcé ?
Je vous prie d’éclaircir cette question et de mentionner, s’il y en a, les avis des oulémas à ce sujet. Qu’Allah vous récompense abondamment.

Réponse

Louange à Allah et que la paix et la bénédiction soient sur Son Prophète et Messager, Mohammed, ainsi que sur sa famille et ses Compagnons :


Le vœu religieux consiste, pour un musulman juridiquement responsable, à s’engager dans un acte de dévotion. Il est requis qu’il soit formulé verbalement pour celui qui en est capable ; quant à celui qui ne peut parler, il peut être exprimé par écrit ou par signe.
Le vœu ne possède pas de formulation spécifique obligatoire. Il est valable à travers toute parole indiquant un engagement, comme le fait de dire :
Il m’incombe envers Allah de sacrifier une chamelle , ou : Si Allah guérit mon malade, je donnerai en aumône le tiers de mes biens , et autres formulations semblables.


Ainsi, selon l’avis de la majorité des oulémas, il n’est pas nécessaire, pour que le vœu soit valide, de prononcer explicitement le mot vœu (nadhr). Toute formule indiquant l’engagement et l’obligation suffit.


Il est mentionné dans l’Encyclopédie juridique :
Les juristes sont unanimes sur le fait que celui qui fait un vœu en utilisant explicitement, oralement ou par écrit, le terme “vœu” (nadhr), alors son vœu est valable sous cette formulation et il lui incombe de l’accomplir.
La divergence entre eux concerne plutôt les formulations ne contenant pas explicitement le mot “vœu”, comme lorsqu’une personne dit : “Il m’incombe envers Allah de faire telle chose”, sans employer le mot “vœu”. Le débat porte alors sur le fait de savoir si un tel engagement devient contraignant ou non.
Le premier avis — adopté par de nombreux oulémas — considère que le vœu devient valide et obligatoire même sans mention explicite du mot “vœu”, dès lors que la formulation exprime clairement un engagement.


Cet avis est rapporté d’Ibn ‘Omar (Qu’Allah soit satisfait de lui et de son père) concernant un homme ayant dit :
Il m’incombe envers Allah de marcher jusqu’à la Ka‘ba.
Ibn ‘Omar répondit : Ceci est un vœu, qu’il marche donc.
Le même avis fut adopté par Sa‘îd ibn Al-Mousayyib, Al-Qâsim ibn Mouhammad et Yazîd ibn Ibrâhîm At-Taymî. C’est également la position des hanafites, malikites, chaféites et hanbalites.


Ibn Qoudâma rapporte cet avis d’un groupe de savants et précise que l’absence du mot “vœu” dans la formulation n’empêche pas son caractère obligatoire, tant que les paroles employées ont le sens et la portée d’un engagement assimilable au vœu.


Ibn Qoudâma dit également dans Al-Moughnî :
La formulation du vœu consiste à dire : “Il m’incombe envers Allah de faire telle chose.”
Et s’il dit : “Il m’incombe un vœu de telle nature”, cela lui devient également obligatoire, car il a explicitement employé le terme “vœu”.
Et s’il dit : “Si Allah me guérit, il m’incombe de jeûner un mois”, cela constitue aussi un vœu.


Quant à la formulation mentionnée par l’auteur de la question :
Si untel guérit, je sacrifierai un mouton , elle ne contient pas explicitement une expression indiquant l’engagement, comme les termes : envers Allah , il m’incombe , ou autres expressions similaires.
Cette formulation fait donc partie des expressions implicites (kinâya). Si celui qui la prononce a l’intention de faire un vœu, alors cela devient un vœu valable ; sinon, cela n’est pas considéré comme tel.
Il est connu que certaines formulations du vœu sont explicites, tandis que d’autres sont implicites.
Ach-Charwânî dit dans son commentaire de Touhfat Al-Mouhtâj :
Le vœu est une formule d’engagement qui comprend des formulations explicites et implicites.
Et les formulations implicites deviennent valables avec l’intention.
Ach-Charbînî, le juriste chaféite, dit dans Moughnî Al-Mouhtâj :
Quant à la formulation, il est requis qu’elle comporte une expression indiquant l’engagement ; le vœu ne devient donc pas valable par la simple intention, à l’instar des autres contrats…
Puis il ajoute :
Notre cheikh estime qu’il convient de considérer valable la formulation implicite du vœu chez celui qui parle, lorsqu’elle est accompagnée de l’intention. Al-Adhra‘î a dit : cela est même plus digne d’être considéré valable que dans le cas de la vente.


En résumé, nous estimons que la formulation mentionnée par l’auteur de la question fait partie des formulations implicites du vœu, et qu’elle devient un véritable vœu si celui qui l’a prononcée avait l’intention de faire un vœu.


Et Allah sait mieux.

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