Les conséquences juridiques du refus du client de prendre livraison d’un produit fabriqué à sa demande
Fatwa No: 533434

Question

Je travaille dans le domaine des bougies artisanales. Comme c’est le cas pour les créations faites à la main, les produits sont réalisés selon des caractéristiques particulières exigées par le client, lesquelles peuvent ne convenir à aucun autre acheteur.
Ma méthode de travail est la suivante : le client précise les caractéristiques de sa commande, puis verse une partie du prix — environ 50 % — ou parfois la totalité, afin de confirmer son engagement. Les frais de livraison varient selon la nature de la commande. Après réception du paiement, je commence la fabrication. Une fois le produit terminé, je l’envoie au client par l’intermédiaire d’une société de livraison qui encaisse le solde restant lors de la remise du colis, s’il en reste un.
Cependant, certains clients refusent la livraison sans motif valable, comme s’ils jouaient avec les gens. Lorsqu’un client m’explique que le moment ne lui convient pas pour recevoir la commande ou régler le solde, je lui propose d’attendre jusqu’à ce que sa situation s’améliore, mais il refuse et exige le remboursement de la somme déjà versée.
A-t-il le droit d’agir ainsi ? Que dois-je faire pour éviter de tomber dans l’illicite ? Si je lui rembourse son argent, je risque de subir une perte importante, car il n’est pas certain que je puisse revendre la commande à quelqu’un d’autre.
Par ailleurs, m’est-il permis de stipuler dès le départ que le client ne pourra pas annuler sa commande après l’avoir confirmée, et que la somme versée ne sera pas remboursée si j’ai déjà commencé le travail ? Cette condition serait intégrée à ma politique de vente et clairement expliquée avant l’achat.

Réponse

Louange à Allah et que la paix et la bénédiction d''Allah soient sur Son Prophète et Messager Mohammed ainsi que sur sa famille et ses compagnons :

Cette transaction relève de ce que les juristes appellent le contrat d’istisnâ‘ (commande de fabrication), qui consiste pour une personne à demander à une autre de fabriquer un objet qui n’existe pas encore, selon des caractéristiques déterminées, en utilisant les matériaux du fabricant, moyennant une contrepartie financière.
Ce contrat réunit ainsi des éléments de la vente et du louage de services.
Les savants ont divergé à son sujet, mais l’avis prépondérant est qu’il s’agit d’un contrat valide et contraignant, à condition que les caractéristiques de l’objet commandé soient définies avec suffisamment de précision pour éviter tout litige lors de la livraison et que le délai de livraison soit fixé lors de la conclusion du contrat. 
À ce sujet, on pourra se référer à la fatwa n° 11224 .


Lorsque l’accord a été conclu et que le fabricant a commencé l’exécution du travail, le client ne dispose plus du droit de revenir sur sa commande, comme cela a déjà été expliqué dans la fatwa n° 505933 .


Par conséquent, le client n’a pas le droit d’annuler sa commande ni d’exiger le remboursement des sommes versées. Au contraire, il est tenu de payer le reste du prix et d’accepter la réception de l’objet fabriqué pour lui.


Quant à la question de savoir s’il est permis au fabricant de stipuler que, si le client annule sa commande après l’avoir confirmée et après avoir versé une partie du prix, cette somme restera acquise au vendeur, cette clause s’apparente à ce que les juristes appellent la vente avec arrhes (bay‘ al-‘urbûn).
Or, l’avis prépondérant parmi les savants est que cette vente est licite. C’est également la position adoptée par la résolution n° 72 du Conseil de l’Académie du Fiqh Islamique, qui définit la vente avec arrhes comme suit :
La vente avec arrhes consiste pour l’acheteur à verser une somme d’argent au vendeur lors de la conclusion du contrat. Si l’achat est mené à terme, cette somme est imputée sur le prix. En revanche, si l’acheteur renonce à l’achat, la somme reste acquise au vendeur.
La résolution ajoute :
La vente avec arrhes est permise lorsque la durée d’attente est limitée dans le temps. Les arrhes sont déduites du prix si la vente est finalisée et reviennent au vendeur si l’acheteur renonce à l’achat.
Si cette règle est admise dans le cadre d’une vente ordinaire, elle s’applique à plus forte raison au contrat d’istisnâ‘, car le fabricant fournit un effort, engage des dépenses et réalise un produit selon des spécifications particulières qui peuvent ne convenir qu’au client qui l’a commandé. Si ce dernier refuse finalement de le prendre, le préjudice retombe entièrement sur le fabricant.


Et Allah sait mieux.

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