L’ignorance excuse-t-elle celui qui ne réprouve pas un acte blâmable ? Cette réprobation incombe-t-elle aux non-spécialistes ?
Fatwa No: 537559

Question

Je sais que le Prophète (Salla Allahou Alaihi wa Sallam) a interdit certaines choses, mais j’ignore si ces interdictions signifient que les actes concernés sont réprouvés ou strictement prohibés. Pour ma part, je ne les commets pas.
Si je vois quelqu’un accomplir l’un de ces actes et que je ne le réprouve pas parce que j’ignore la portée de l’interdiction, commets-je un péché si cet acte est en réalité illicite ? Vaut-il mieux ignorer ces règles afin de ne pas être tenu de réprouver le mal ?
Qu’Allah vous récompense.

Réponse

Louange à Allah et que la paix et la bénédiction soient sur Son Prophète et Messager, Mohammed, ainsi que sur sa famille et ses Compagnons :


Les juristes ont établi que celui qui ordonne le bien et interdit le mal doit connaître le jugement relatif à ce qu’il recommande ou réprouve. En effet, réprouver un acte sans connaissance pourrait conduire à déclarer illicite ce qui est permis, ou à qualifier d’innovation blâmable ce qui est prescrit. On causerait alors davantage de tort que de bien. Allah, le Très-Haut, dit : Dis : Voici ma voie : j’appelle à Allah avec clairvoyance, moi et ceux qui me suivent (Coran 12/108).


Ibn Taymiyya dit dans Majmû‘ al-Fatâwâ : Trois qualités sont indispensables : la connaissance, la douceur et la patience. La connaissance précède le fait d’ordonner et d’interdire ; la douceur l’accompagne ; et la patience vient après. Fin de citation.


Par ailleurs, les non-spécialistes ne sont tenus de réprouver que les actes dont le jugement est manifeste et bien connu. Quant aux questions subtiles, aux actes dont l’interdiction peut simplement indiquer qu’ils sont réprouvés, ou aux questions sur lesquelles les savants divergent dans leur interprétation de l’interdiction, celui qui n’en maîtrise pas le jugement ne doit pas réprouver catégoriquement la personne qui les accomplit.


An-Nawawî dit dans son commentaire du Sahîh Muslim : Seul celui qui connaît le jugement de ce qu’il ordonne ou interdit peut le faire. Cela varie selon les questions. S’il s’agit d’obligations manifestes ou d’interdictions bien connues — comme la prière, le jeûne, la fornication, le vin et autres choses semblables —, tous les musulmans en connaissent le jugement. S’il s’agit, en revanche, de subtilités concernant les actes ou les paroles, ou de questions relevant de l’effort d’interprétation juridique, les non-spécialistes n’ont pas à intervenir ni à les réprouver : cela relève des savants. Fin de citation.


Al-Jâwî dit dans Nihâyat az-Zayn : Il incombe au muhtasib [chargé de veiller au respect des règles religieuses] de mettre en garde contre un acte réprouvé ; pour les autres, cela est recommandé. Fin de citation.


Quant à l’idée qu’il vaudrait mieux ignorer ces règles pour éviter d’être tenu de réprouver le mal, elle est erronée. L’ignorance n’est pas préférable à la connaissance. Allah a élevé le rang de la science et de ceux qui la détiennent. Il dit : Allah élèvera en degrés ceux d’entre vous qui auront cru et ceux qui auront reçu la science. Allah est parfaitement informé de ce que vous faites (Coran 58/11). Il dit aussi : Dis : Ceux qui savent et ceux qui ne savent pas sont-ils égaux ? Seuls les doués d’intelligence se rappellent (Coran 39/9).
Le Prophète () a dit : Celui à qui Allah veut du bien, Il lui accorde la compréhension de la religion. Rapporté par Muslim. Se détourner de l’apprentissage de la religion revient donc à se priver de ce bien.
En principe, ordonner le bien et interdire le mal constitue une obligation collective. An-Nawawî dit dans son commentaire du Sahîh Muslim : Ordonner le bien et interdire le mal est une obligation collective : si certaines personnes s’en chargent, les autres n’en portent plus la responsabilité. Fin de citation.
Les différentes manières de s’acquitter de cette obligation dépendent des capacités de chacun, de la sagesse et de la douceur requises, ainsi que de l’appréciation, selon les critères religieux, des avantages et des préjudices possibles. La religion n’impose pas au musulman ce qui dépasse ses capacités. Lorsqu’il ne peut agir, il lui suffit de réprouver le mal dans son cœur ; lorsqu’il conseille autrui, il doit le faire avec sagesse et par une bonne exhortation. Il n’y a donc aucune raison de craindre d’apprendre les règles de la religion ni de préférer les ignorer.


On lit dans Al-Manthûr d’Az-Zarkashî : Si l’ignorant bénéficie d’une excuse, c’est par mesure d’allègement, et non parce que l’ignorance serait en elle-même souhaitable. C’est pourquoi Ash-Shâfi‘î — qu’Allah l’agrée — a dit : “Si l’ignorant était excusé du seul fait de son ignorance, celle-ci serait préférable à la connaissance, puisqu’elle allégerait pour lui les charges religieuses et lui épargnerait les reproches. Mais, une fois que le message lui est parvenu et qu’il a eu la possibilité d’apprendre, l’être humain ne peut invoquer son ignorance du jugement comme excuse, afin qu’après la venue des messagers, les gens n’aient plus d’argument contre Allah.” Fin de citation.


Et Allah sait mieux.

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