Visite de Médine : règles et comportements

Visite de Médine : règles et comportements
16302 1563

Il est prescrit de visiter la mosquée du Messager d’Allah () avant ou après le Hadj. L’on tire argument à cet égard du hadith narré par Abou Hurayrah, qu'Allah soit satisfait de lui : « Le Messager d’Allah () a dit :

 
‘ Une prière faite dans la Mosquée de Médine est plus méritoire que mille prières faites dans toute autre mosquée, sauf la Mosquée Sacrée ’ » (Boukhari et Mouslim).
 
Selon Ibn `Umar, qu'Allah soit satisfait de lui et de son père, le Prophète () a dit :
 
« Une prière faite dans la Mosquée de Médine est meilleure que mille prières faites dans toute autre mosquée, sauf la Mosquée Sacrée » (Boukhari et Mouslim).
 
D’après `Abd Allah ibn Az-Zubayr, qu'Allah soit satisfait de lui et de son père, le Messager d’Allah () a dit :
 
« Une prière faite dans la Mosquée de Médine est plus méritoire que mille prières faites dans toute autre mosquée, sauf la Mosquée Sacrée ; et une prière faite dans la Mosquée Sacrée est plus méritoire que cent prières faites dans ma mosquée » (Ahmad, Ibn Khuzayma et Ibn Hibbân).
 
Dans une autre version narrée par Djâbir, qu'Allah soit satisfait de lui, le Messager d’Allah () a dit :

« Une prière faite dans la Mosquée de Médine est plus méritoire que mille prières faites dans toute autre mosquée, sauf la Mosquée Sacrée ; et une prière faite dans la Mosquée Sacrée est plus méritoire que cent mille prières faites dans toute autre mosquée » (Ahmad et Ibn Maadjah).
 
Et nombreux sont les hadiths qui traitent de ce sujet.
 
Une fois arrivé à la mosquée, il est préférable que le visiteur entre du pied droit et qu’il dise :
 
« Bismillah was-salatu wassalâm `ala rasûl allah. A`udhu billah al-`adhîm wa bi wadjhihi al-karîm wa sultanihi al-qadîm min ach-chaytân ar-radjîm, allahoumma ftah li abwâb rahmatik »
 
( Au nom d'Allah, qu’Allah fasse l’éloge du Messager et lui accorde le salut. Je cherche protection auprès d'Allah le Très Grand, auprès de Son visage majestueux et Son Royaume éternel, contre Satan le maudit. Ô Allah ! Ouvre-moi les portes de Ta miséricorde ).
 
D’ailleurs, cela s’applique également en entrant dans toute autre mosquée. Aucun dhikr particulier n’est exclusivement réservé à l’entrée dans sa mosquée () Une fois entré, le visiteur accomplit deux rak`ât où il invoque Allah, et sollicite tout ce qu’il aime des biens de ce bas monde et de l’Au-delà, et il serait mieux, en l’occurrence, de les accomplir à Ar-Rawdha Ach-Charîfa, car le Prophète () a dit à ce sujet : « Dans l'espace compris entre ma demeure et mon Minbar, il y a l'un des jardins du Paradis » (Boukhari et Mouslim).
 
Après la prière, il visite la tombe du Prophète () et, se plaçant avec respect et sans élever la voix dans sa direction, il le salue en disant :
 
« Assalamu `alayka yâ rasûl Allah wa rahmatullah wa barakâtuh»
 
( Que la paix, la miséricorde et le salut d’Allah soient sur toi, ô, Messager d’Allah ).
 
C’est que, selon Abu Hurayrah, qu'Allah soit satisfait de lui, le Messager d’Allah () a dit : 
 
« Toutes les fois que quelqu'un me salue (dans ma tombe), Allah me redonne mon âme pour que je lui rende sa salutation » (Abou Dawoud : Hasan).
 
Il n’y a aucun inconvénient à ce que le visiteur dise également comme salutation : 
 
« As-salâm ‘alayka yâ nabiyya Allah ! As-salâm ‘alayka yâ khîrata Allah min khalqihi ! As-salâm ‘alayka yâ sayyid al-mursalîn, wa imâm al-muttaqîn ! Ach-hadu annaka qad ballaghta-r-risâla wa addayta-l-amâna wa nasahta-l-umma, wa djâhadta fillah haqqa djihâdihi »
 
( Que la paix soit sur toi, ô, Prophète d’Allah ; que la paix soit sur toi, ô toi qui es la meilleure de toutes les créatures d’Allah ; que la paix soit sur toi, ô maître des Messagers et guide des pieux ; j’atteste que tu as bien transmis le Message, accompli ta mission, conseillé la communauté musulmane et lutté pour la cause d’Allah avec tout l’effort mérité ) 
 
 
Tout ceci fait en effet partie des façons de le décrire (). Ensuite, le visiteur implore Allah, exalté soit-Il, de faire l’éloge de Son Prophète et fait des invocations en sa faveur, et ce, en vertu de la parole d’Allah, le Très Haut, (sens du verset) :
 
« Certes, Allah et Ses Anges prient sur le Prophète ; ô vous qui croyez priez sur lui et adressez [lui] vos salutations » (Coran 33/56).
 
Le visiteur adresse après cela ses salutations à Abu Bakr et `Umar, qu'Allah soit satisfait d’eux, fait des invocations en leur faveur et implore la satisfaction d’Allah, exalté soit-Il, à leur égard.
 
Ibn `Umar, qu'Allah soit satisfait de lui et de son père, quand il les visitait, ne disait que : «  Assalamu `alayka yaa rasûl Allah » (Que la paix soit sur toi, ô, Messager d’Allah), «  Assalamu `alayka yâ Aba Bakr » ( Que la paix soit sur toi, ô, Abou Bakr ), « Assalamu `alayka yâ Abatâh» ( Que la paix soit sur toi, ô, mon père ), puis il partait.
 
Cette visite n’est prescrite que pour les hommes, car il est interdit aux femmes de visiter les tombes comme cela a été dûment rapporté d’après le Prophète () qui a maudit les femmes qui visitent fréquemment les tombes, en font des lieux de culte et installent dessus des lanternes.
 
Quant au fait de se rendre à Médine en particulier pour prier dans la mosquée du Messager d’Allah () et y faire des invocations aussi bien que toute autre pratique cultuelle tel que préconisé au sujet des autres mosquées, cela est permis pour tout le monde, et ce, en vertu des hadiths déjà mentionnés à ce sujet.
 
Selon la Sunna, le visiteur accomplit les cinq prières dans la mosquée du Messager d’Allah () et multiplie le dhikr, les invocations et les prières surérogatoires afin de saisir l’occasion d’obtenir la rétribution abondante réservée à ce lieu sacré. Il est préférable de multiplier les prières surérogatoires dans Ar-RawdahAch-Charîfah (le Noble Jardin), et ce, en raison du mérite qui lui est réservé, comme nous l’avons déjà indiqué en mentionnant le hadith sahih du Prophète () : « Dans l'espace compris entre ma demeure et mon minbar, il y a l'un des jardins du Paradis » (Boukhari et Mouslim).
 
Concernant les prières obligatoires, il est préconisé au visiteur comme à tout autre personne d’avancer et de tâcher d’être au premier rang autant que possible, fût-ce dans l’extension méridionale. Cela est affirmé par nombre de hadiths du Prophète () parmi lesquels :
 
·       « Si les gens connaissaient les bienfaits de l'appel à la prière et du premier rang (dans la prière collective) et qu'ils ne trouvaient d'autres moyens pour en profiter que le tirage au sort, certes ils tireraient au sort » (Boukhari et Mouslim).
 
·       «Avancez vers les premiers rangs afin de prier juste derrière moi et que ceux que vous précédez prient derrière vous. Quand des gens ne cessent pas de rester à l'arrière, Allah finit par les condamner au dernier rang (de la communauté)» (Mouslim).
 
·       D’après `Aïcha, qu'Allah soit satisfait d’elle : « Allah fait entrer en Enfer celui qui n’occupe pas les premiers rangs » (Abou Dawoud: hasan).
 
·       Le Messager d’Allah () a dit à ses Compagnons :
-        « Ne formez-vous pas des rangs comme le font les Anges auprès de leur Seigneur ? »
-        « Et comment les Anges se mettent-ils en rang ? », lui demandèrent-ils.
-        « Ils complètent les premiers rangs en se serrant et en s’alignant » (Mouslim).
 
En effet, nombreux sont les hadiths qui traitent de ce sujet et qui s’appliquent à sa mosquée () dans sa totalité, avant et après l’extension. Dans un hadith sahih, le Prophète () incitait ses Compagnons à accéder aux rangs qui sont à la droite de l'imam et il est bien connu que, dans sa première mosquée, ceux-ci devaient se situer à l’extérieur d’Ar-Rawdha Ach-Charîfah. Il s’avère alors que le souci d’occuper les premiers rangs et ceux qui sont à la droite de l’imam est prioritaire par rapport à l’accès à Ar-Rawdha Ach-Charîfah. Il est donc plus méritoire de tâcher d’accomplir la prière dans ces rangs que de l’accomplir à Ar-Rawdha. Cela s’avère évident pour quiconque médite sur les hadiths rapportés dans ce chapitre ; et c’est Allah qui accorde le succès.
 
Il n’est permis ni de se frotter le corps contre la chambre du Prophète (), ni d’embrasser ses murs, ni de faire le tawâf autour, car rien de ceci n’a été fait par nos pieux prédécesseurs ; cela s’inscrit même dans le cadre des bid`as répréhensibles. Il n’est pas permis non plus de s’adresser au Messager d’Allah () pour lui demander de combler un besoin, de soulager une peine, de guérir un malade ou autre. Tout cela ne doit être demandé exclusivement qu'à Allah, exalté soit-Il. Adresser de telles invocations aux morts, c’est faire preuve de polythéisme et donc vouer son culte à un autre qu’Allah, exalté soit-Il ; qu’Allah nous en préserve. Or, l’Islam est basé sur deux piliers principaux, à savoir :
1.    Vouer un culte exclusif à Allah, exalté soit-Il 
2.    Ne L’adorer que de la façon que Son Messager () a prescrite.
 
Telle est l’explication des deux attestations de foi :
 
« Ach-hadu anna Lâ Ilaha Illa Allah wa anna Mohammad Rasûl Allah »
 
(J’atteste que nul n’est digne d’être adoré en dehors d’Allah et que Mohammad est le Messager d’Allah).
 
De même, il ne convient pas de demander son intercession au Messager d’Allah (), car c’est exclusivement à Allah, exalté soit-Il, qu’elle appartient et c’est de Lui Seul qu’elle est sollicitée. C’est ce qu’Il confirme, le Très Haut, par Sa parole (sens du verset) : « Dis : ‘L’intercession toute entière appartient à Allah’ »(Coran 39/44).
 
Il est préconisé alors de dire :
 
« Allahumma chaffi` fî Nabiyyik, Allahumma chaffi` fî Malâ’ikatik wa `Ibâdaka-l-mu’minÎn, Allahumma chaffi` fî Afrâti »
 
(Ô Allah, accorde-moi l’intercession de Ton Prophète ! Ô Allah, accorde-moi l’intercession de Tes Anges et de Tes serviteurs croyants ! Ô Allah, accorde-moi l’intercession de mes enfants morts !).
 
Quant aux morts, il est interdit de leur demander quoi que ce soit, intercession ou autre, qu’ils soient des Prophètes ou non, car, d’une part, cela n’a pas été prescrit et, d’autre part, l’œuvre de toute personne s’arrête dès qu’elle meurt, exception faite de ce qu’Allah, exalté soit-Il, a indiqué et que le Prophète () a mentionné dans son hadith rapporté par Abou Hurayrah, qu'Allah soit satisfait de lui :
 
« Quand le fils d'Adam meurt, ses œuvres s'arrêtent sauftrois choses : une aumône continue, un savoir dont les gens tirent profit etun enfant vertueux qui prie Allah, exalté soit-Il, pour lui ».
 
En revanche, il était permis de demander au Prophète () son intercession de son vivant et ce sera autorisé également le Jour de la Résurrection, car, en l’occurrence, il lui sera possible d’accorder son intercession à celui qui le sollicite en invoquant son Seigneur en faveur de ce dernier. En ce qui concerne la vie d’ici-bas, il est bien entendu permis de demander l’intercession d’une tierce personne encore en vie, qu’il s’agisse du Prophète () ou autre. A titre d’exemple, il est permis au Musulman de demander à son frère : « Ô, untel ! Intercède auprès d’Allah en ma faveur ! » ou «invoque Allah en ma faveur ! ». Il est permis de même à la personne visée de solliciter Allah, exalté soit-Il, et d’intercéder en faveur de son frère si la requête de celui-ci est légitime.
 
Quant au Jour de la Résurrection, nul n’est autorisé à intercéder ce jour-là que si Allah, exalté soit-Il, le lui permet tel que le confirme la Parole du Très Haut (sens du verset) : « Qui peut intercéder auprès de Lui sans Sa permission ? » (Coran 2/255).
 
Quant au cas de la mort, c’est un état particulier qu’il ne convient pas d’assimiler à celui de la vie de l’homme ici-bas ni après la Résurrection. C’est que l’œuvre du mort ainsi que tout bienfait qui s’ensuit s’arrêtent, sauf ce dont Allah, exalté soit-Il, a fait exception. Etant donné que la demande d’intercession du mort ne fait pas partie de ces exceptions, il n’est donc pas permis de la faire. Quant au Prophète (), il est indubitable qu’après sa mort, sa vie dans al-Barzakh (étape intermédiaire entre cette vie et l'autre) est plus parfaite que celle des martyrs. Cependant, elle demeure incomparable à sa vie avant la mort ou à celle du Jour de la Résurrection. C’est une vie dont nul en dehors d’Allah, exalté soit-Il, ne connaît la réalité ni la nature. C’est ce qui explique le hadith du Prophète () :
 
« Personnene mesalue [après ma mort] sans qu’Allah,exalté soit-Il,neme rendemonâmepourque je puisse le saluer à mon tour »
 
De ce hadith, l’on tire alors argument qu’il est () mort, que son âme a déjà quitté son corps et qu’elle ne lui est rendue que lorsque quelqu’un le salue.
 
En effet, les textes puisés dans le Coran et la Sunna confirmant sa mort () sont connus et font l’unanimité des Oulémas. Cependant, ceci ne contredit aucunement sa vie () dans al-Barzakh tout comme les martyrs dont la mort ne contredit pas le fait qu’ils soient vivants dans al-Barzakh tel que le confirme Allah, le Très Haut, par Sa parole (sens du verset) :
 
« Ne pense pas que ceux qui ont été tués dans le sentier d’Allah, soient morts. Au contraire, ils sont vivants, auprès de leur Seigneur, bien pourvus » (Coran 3/169).
 
On a dû s’attarder sur ce point, car un certain besoin de le faire s’est imposé face à la multiplicité des présomptions à réfuter, lesquelles risquent de mener au polythéisme et au culte des morts en dehors d’Allah, exalté soit-Il. Qu’Allah nous en préserve, ainsi que tous les Musulmans, de tout ce qui contrevient à Sa Charî'a ; et Allah sait mieux.
 
Il n’est pas prescrit non plus de hausser la voix et de demeurer longtemps à côté de sa tombe (). Cela n’est pas prescrit, car Allah, exalté soit-Il, interdit aux Musulmans de couvrir la voix du Prophète, et de hausser le ton en lui parlant, comme ils le haussent les uns avec les autres. C’est ce que confirme le Très Haut, par Sa parole (sens du verset) :
 
« Ô vous qui avez cru ! N’élevez pas vos voix au-dessus de la voix du Prophète, et ne haussez pas le ton en lui parlant, comme vous le haussez les uns avec les autres, sinon vos œuvres deviendraient vaines sans que vous ne vous en rendiez compte. Ceux qui auprès du Messager d’Allah baissent leurs voix sont ceux dont Allah a éprouvé les cœurs pour la piété. Ils auront un pardon et une énorme récompense »(Coran 49/2-3).
 
De même, demeurer longtemps à côté de sa tombe et répéter les salutations avec abondance provoque des encombrements, du bruit et l’élévation des voix autour de sa tombe () ce qui va à l’encontre de ce qu’Allah, exalté soit-Il, a prescrit aux Musulmans dans ces versets sans équivoque. En effet, le Prophète () est digne de respect aussi bien de son vivant qu’après sa mort, ce qui impose à tout croyant de s’abstenir de commettre devant sa tombe tout ce qui contrevient aux normes de bienséance dans la Charî'a.
 
Certains visiteurs cherchent à faire des invocations en levant les mains devant la tombe, ce qui va à l’encontre de ce que faisaient nos pieux prédécesseurs parmi les Compagnons et les Tâbi'în qui les ont suivis avec un bon comportement. Cela s’inscrit en fait dans le cadre des bid'as et des innovations religieuses condamnées par le Prophète () dans son hadith :
 
« Conformez-vous à maSunna et à la tradition des califes bien guidés après moi, et attachez-vous-y fortement. Méfiez-vous des innovations religieuses, car elles sont unégarement » (Abou Dawoud, An-Nisâ'i : hasan).
 
Il a dit de même, à ce sujet () :
 
·       « Celui qui fait un acte d'adoration en désaccordavec notre religion, verra son acte rejeté » (Boukhari et Mouslim)
 
·       « Quiconque accomplit un acte d'adoration non conforme ànotre religion, verra cet acte rejeté par Allah » (Mouslim)
 
Lorsque 'Alî ibn Al-Husayn (Zaïn Al-`Âbidîn), qu'Allah soit satisfait de lui et de son père, vit un homme faire des invocations devant la tombe du Messager d’Allah (), il le lui
interdit et lui dit : « Veux-tu que je te rapporte un hadith que mon père m’a appris d’après mon grand-père, le Messager d’Allah () ? Il dit :
 
« Ne faites pas de ma tombe un lieu d’adoration et ne prenezpas l'habitude d'y revenir à des moments fixes, ne faites pas de vos maisons des tombes(des lieux où l'on ne fait aucun acte d'adoration) ; priez pour moi et vos prières me parviendront de là où vous êtes » (Al-Hâfiz Mohammad ibn `Abd Al-Wâhd Al-Maqdisi, Al-Mokhtârah).
 
Relève des bid'as également ce que certains visiteurs font en mettant la main droite sur la poitrine et la main gauche au dessus ou en dessous, prenant ainsi la posture de celui qui prie, ce qu’il ne convient de faire ni en le saluant () ni en saluant quiconque d’entre les rois, les leaders ou autres. C’est que cette posture dénote un état d’humilité, de soumission et d’adoration, qui ne doit être observé que devant Allah, exalté soit-Il, tel que l’indique Al-Hâfiz Ibn Hadjar, qu'Allah lui fasse miséricorde, dans son ouvrage Al-Fath, d’après les Oulémas.
 
Ceci s’avère bien évident pour celui qui médite sur la situation même et vise à suivre le modèle de nos pieux prédécesseurs. Quant à ceux qui se laissent influencer plutôt par le fanatisme, les passions, l’imitation aveugle et la méfiance vis-à-vis de quiconque appelle à l’observance du modèle de nos pieux prédécesseurs, c’est à Allah, exalté soit-Il, de les guider. Qu’Allah nous guide tous et nous accorde la grâce de n’opter que pour le bien ; Il est, exalté soit-Il, le Seul qui mérite d’être invoqué.
 
Certains visiteurs se dirigent vers la noble tombe du Prophète () et, de loin, le saluent ou lui adressent des invocations en murmurant. Ceci s’inscrit dans le même cadre des innovations déjà indiquées.
 
Un Musulman ne doit pas innover des actes d’adoration qu’Allah, exalté soit-Il, n’a pas autorisés, car il est ainsi plus proche de la désobéissance que de l’obéissance et la soumission (à Allah, exalté soit-Il). L’imam Mâlik, qu'Allah lui fasse miséricorde, abhorrait ce genre d’actes aussi bien que tout ce qui leur ressemble et a dit à ce sujet : « Cettecommunauténe se réformera qu'en suivant la voie de ses prédécesseurs,par laquelle ils se sont eux-mêmes réformés ».
 
Il est bien évident que ce qui a réformé cette communauté est l’observance du modèle du Prophète (), celui des califes bien guidés, de ses Compagnons, qu'Allah soit satisfait d’eux, et des Tâbi'în qui les suivirent dans un bon comportement.
 
Rien ne saurait réformer cette communauté hormis le fait de tenir à se conformer à ce modèle et à s’engager sur son chemin. Qu’Allah guide les Musulmans vers ce qui les mettra à l’abri de tout mal et leur assurera le bonheur et la gloire aussi bien dans ce bas monde que dans l’Au-delà ; Il est, exalté soit-Il, le Magnanime et le Généreux.
 
Attention :
 
La visite de la tombe du Prophète () n’est ni obligatoire ni un des piliers du Hadj comme le pensent certains gens du commun. Elle est jugée préférable pour celui qui visite la mosquée du Messager d’Allah () ou en est proche. Cependant, celui qui réside loin de Médine ne doit pas voyager exprès pour visiter la tombe du Prophète (), bien qu’il soit préconisé de le faire lors de la visite de la mosquée. Une fois arrivé, il est alors permis de visiter la tombe du Prophète () ainsi que celles de ses deux Compagnons, qu'Allah soit satisfait d’eux. Dans ce cas, c’est de la visite de sa mosquée () que dépend alors la visite de sa tombe et de celles de ses Compagnons. L’on tire argument à cet égard du hadith :
 
« Ne partez pas en voyage pour visiter des mosquées, à l'exception de ces trois : la Mosquée Sacrée, la Mosquée du Messager d'Allah et la Mosquée Al-Aqsa » (Boukhari et Mouslim).
 
En effet, si le voyage destiné à visiter sa tombe () ou celle d’autrui était légitime, il l’aurait prescrit à sa communauté et lui aurait indiqué son mérite, car il était le meilleur conseiller, celui qui connaissait le mieux Allah, exalté soit-Il, et Le craignait le plus. Il () a transmis le Message clairement, a guidé sa communauté vers tout bien et l’a mise en garde contre tout mal. Comment donc aurait-il pu () négliger de leur indiquer le mérite de visiter sa tombe, d’autant plus qu’il les avait déjà mis en garde contre le fait de partir en voyage pour visiter une mosquée, exception faite des trois mentionnées.
 
Dans ce contexte, il a dit également () :
 
« Ne faites pas de ma tombe un lieu d’adoration et ne prenezpas l'habitude d'y revenir à des moments fixes, ne faites pas de vos maisons des tombes(des lieux où l'on ne fait aucun acte d'adoration) ; priez pour moi et vos prières me parviendront là où vous êtes ».
 
Juger légitime le départ en voyage pour visiter sa tombe () mène à en faire un lieu d’adoration et à tomber dans ce qu’il nous a interdit, à savoir l’exagération et la flatterie dans lesquelles de nombreuses personnes tombent, en croyant que c’est un acte d’adoration de voyager pour visiter sa tombe ().
 
Quant aux hadiths que l’on rapporte dans ce contexte pour prouver la légitimité religieuse du voyage destiné à visiter la tombe du Prophète (), ils sont da'îfs au niveau de leur chaîne de transmission, voire mawdû's (forgés, inventés) tel que le confirment les oulémas spécialisés en la matière comme : Ad-Daraqutni, Al-Bayhaqi, Al-Hâfiz ibn Hadjar et d’autres. Donc, il ne convient pas d’en tirer argument pour réfuter des hadiths sahîhs qui viennent à l’appui de l’interdiction de partir en voyage pour visiter d’autres lieux en dehors de ces trois mosquées.
 
Nous vous rapportons, cher lecteur, certains de ces hadiths jugés mawdû's dans ce contexte afin que vous les connaissiez et que vous preniez garde contre tout égarement qui pourrait s’ensuivre :
 
1.    « Quiconque accomplit le pèlerinage sans me visiter amanqué d'égards envers moi » 
 
2.    « Quiconque, ayant fait le pèlerinage, visitematombe, c’est comme s’il m’avait rendu visite de mon vivant »
 
3.    « Quiconque visite ma tombe et celle de mon père Ibraahiim durant une même année, je lui garantis, auprès d’Allah, d’entrer au Paradis »
 
4.    « Quiconque visite ma tombe, mon intercession lui sera assurée »
 
Aucun de ces hadiths ni des autres hadiths similaires n’a été authentiquement transmis du Prophète ().
 
Après avoir cité la plupart de ces variantes, Al-Hâfiz Ibn Hadjar, qu'Allah lui fasse miséricorde, a dit dans son livre At-Talkhîs : « Toutes les chaînes de transmission de ce hadith sont jugées da'îfs ».
 
De son côté, Al-Hâfiz Al-`Uqaylî, qu'Allah lui fasse miséricorde, a dit : « Rien dans ce chapitre n’est sahîh ».
 
Ibn Taymiya, qu'Allah lui fasse miséricorde, a confirmé que tous ces hadiths sont mawdû's. D’ailleurs, il suffit de se contenter de l’avis de cet érudit connu pour le degré éminent de son savoir, de sa mémoire et de sa connaissance.
 
En effet, si l’un de ces hadiths était authentique, les Compagnons, qu'Allah soit satisfait d’eux, l’auraient mis en application, transmis à la communauté et appelé les gens à s’y conformer. Certes les Compagnons, qu'Allah soit satisfait d’eux, constituent la meilleure génération après les Prophètes ; ils étaient les plus instruits au niveau des lois divines et de ce qu’Allah, exalté soit-Il, a prescrit pour Ses serviteurs et ils étaient les plus loyaux envers Allah, exalté soit-Il, et Ses créatures.
 
Etant donné que rien n’a été rapporté par leur biais à cet égard, il s’avère évident que ce genre de visites est illégitime. Même si l’un de ces hadiths est jugé sahîh, il faudrait l’interpréter dans le sens de la visite légitime qui n’implique pas le départ en voyage à destination de la tombe en particulier, et ce afin de concilier les hadiths qui traitent de ce sujet ; et Allah, exalté soit-Il, sait mieux.

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