Quelques vestiges architecturaux almoravides du Maghreb et d’al-Andalus

Quelques vestiges architecturaux almoravides du Maghreb et d’al-Andalus
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Les Almoravides ont laissé des vestiges architecturaux remarquables qui ont traversé les époques et que nous pouvons donc encore contempler aujourd’hui, ces vestiges sont les preuves incontestables pour les multiples générations qui se succédèrent depuis cette époque que l’art architectural almoravide était extrêmement beau et évolué. Nous avons sélectionné parmi les nombreux vestiges almoravides ceux que nous considérons être les plus importants : 

1 – La mosquée-université de Kairouan

Cette mosquée est l’une des plus importantes mosquées-universités de tout le Maghreb et aussi sans doute la plus connue. La mosquée de Kairouan est donc également une université islamique ancienne qui puise ses origines très loin dans l’histoire, il est notable qu’elle a longtemps concurrencé l’université d’al-Azhar en Egypte dans les domaines de la science et de la formation de prédicateurs, de oulémas et de jurisconsultes. La mosquée-université de Kairouan est passée par trois stades principaux : le premier fut sa fondation en 254 de l’Hégire (859), le deuxième correspond à de grands travaux d’agrandissement en 345 de l’Hégire (956) et enfin le troisième correspond également à un grand agrandissement mais cette fois à l’époque de ‘Alî ibn Yûsuf ibn Tâchfîn en 530 de l’Hégire (1135).
Par la suite, le projet d’agrandissement et d’élargissement de la mosquée-université de Kairouan fut pris en main par le cadi Abû ‘Abdallah Muhammad ibn Dâwûd, la cause en était simple, il n’y a plus assez de place dans la mosquée pour le nombre de fidèles, beaucoup d’entre eux étaient contraints d’accomplir leur prière, notamment celle du Vendredi, dans les rues et marchés attenants à la mosquée ; par ailleurs, le cadi insista pour que l’argent du legs pieux serve à l’entretient des mosquées. Le cadi Abû ‘Abdallah supervisa lui-même ce grand projet, ce dernier fut donc achevé en 538 de l’Hégire.
Il nous faut signaler que furent formés au sein de la mosquée-université de Kairouan à travers les époques un nombre considérable de jurisconsultes, d'oulémas, de prédicateurs, de valeureux combattants et de grands chefs. La mosquée de Kairouan était pour les Almoravides un lieu très important. Certains livres d’histoire rappellent que le minbar (la chaire) de la mosquée de Kairouan était l’un des plus beaux de tout le monde islamique, ce qui est une preuve supplémentaire de la grande culture et du grand raffinement des Maghrébins, et notamment dans le domaine architectural.

2 - La mosquée-université de Tlemcen

Cette mosquée-université fut un grand centre de diffusion des sciences islamiques, les musulmans pouvaient notamment y apprendre de manière poussée les sciences liées à l’exégèse coranique. La construction de ce lieu de foi et de savoir fut achevée en 530 de l’Hégire, c’est-à-dire lors du règne d’Abû Yûsuf ; la technique architecturale employée pour la bâtir était parfaitement maîtrisée et produisit donc des bâtiments très beaux et très harmonieux. Certains historiens ont considéré que la mosquée de Tlemcen comportait des éléments architecturaux issus d’al-Andalus, et notamment de ce qui se faisait en termes d’art architectural dans la ville de Cordoue ; certains de ces historiens vont même jusqu’à penser que les architectes et bâtisseurs de la mosquée de Tlemcen ont imité tout bonnement et simplement la mosquée de Cordoue, ainsi on retrouve dans la mosquée de Tlemcen les deux plaques de marbre qui habillent la plinthe de la façade du mihrab, de même que le toit en bois de cette mosquée ressemble trait pour trait à celui de la mosquée de Cordoue ou bien il est notable également que les pavages de dalles des deux mosquées sont très similaires.
Il semble que l’Etat almoravide se soit inspiré des cultures maghrébines, andalouses et africaines, puis il les a amalgamées pour créer une culture originale qui lui était propre, on trouve les signes de cette culture « métissée » dans tous les territoires qui étaient sous domination almoravide, on trouve notamment l’influence de l’art architectural andalou dans toutes les villes de ces territoires.

3 – Les vestiges militaires

Les Almoravides se sont beaucoup intéressés à l’architecture militaire, et notamment à la construction de forteresses et de citadelles, c’est ainsi qu’ils en bâtirent un grand nombre dans les villes et aux frontières. Cet intérêt prononcé des Almoravides pour l’art de la fortification gagna encore en intensité à l’époque de ‘Alî ibn Yûsuf, ce dernier fit construire de nombreuses murailles, citadelles et forteresses afin de défendre le Maghreb contre les mouvements politiques hostiles à son pouvoir ainsi que contre les insurrections visant à déstabiliser l’Etat almoravide dans cette région. L’émir ‘Alî ibn Yûsuf fit montre du même intérêt pour la fortification dans les territoires almoravides d’al-Andalus.
Parmi les vestiges de l’art de la fortification les plus beaux il y a sans conteste les murailles qui entourent la vieille ville de Marrakech, l’émir ‘Alî ibn Yûsuf fit débuter les travaux de ces dernières en 520 de l’Hégire, elles furent achevées deux ans plus tard. L’idée de construire de telles murailles gagna al-Andalus, c’est ainsi que l’Etat fit lever un impôt obligatoire servant exclusivement à leur édification, c’était là un élément hautement stratégique dans un contexte extrêmement troublé et face à la menace que représentait les multiples adversaires de l’Etat almoravide. Parmi les murailles almoravides d’al-Andalus les plus connues, édifiées de novo ou restaurées, on trouve les murailles d’Almeria, celles de Cordoue, lesquelles se distinguent par la présence de tours rectangulaires imposantes et très rapprochées les unes des autres, ou encore celles de Séville qui se trouvent du côté du fleuve Guadalquivir. Les Almoravides bâtirent des forteresses dans des régions hostiles au relief difficile, puis ils y envoyèrent des combattants et des vivres, le but était qu’elles puissent soutenir un siège durant de très longues périodes. Ces forteresses situées aux confins des territoires almoravides pouvaient accueillir plusieurs centaines de combattants.
Parmi les forteresses almoravides d’al-Andalus les plus connues on trouve la citadelle de Muntaqût qui se situe dans les vergers de la ville de Murcia, pour ce qu’il s’agit du Maghreb, l’une des forteresses la plus connues est celle de Tasghimout, celle-ci se trouve à trois kilomètres au sud-est de Marrakech et environ à dix kilomètres à l’est d’Aghmat, elle fut bâtie au sommet d’une colline au bord de laquelle il y a des falaises très abruptes et accidentées, ce qui la rendait quasiment inexpugnable, sa muraille s’étendait sur le flanc de la colline.
Les fortifications almoravides sont une preuve supplémentaire de la grande influence de l’art architectural andalou sur celui des Almoravides, lesquels développèrent cet art d’importation et le perfectionnèrent de manière admirable.
 

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