La mosquée al-Aqsâ (II)

La mosquée al-Aqsâ (II)
6329 2054

Voici donc notre deuxième article consacré à la mosquée al-Aqsâ.

L’édification de la mosquée al-Aqsâ :

Comme nous l’avons déjà dit plus haut, la mosquée al-Aqsâ est la deuxième mosquée à avoir été édifiée dans ce monde, et à ce propos la plupart des oulémas sont convaincus que ce lieu a soit été construit par les anges ou soit par Adam (ou l’un de ses fils), dans ce dernier cas il l’aurait bâtie quarante après l’édification de la Mosquée sacrée. Dans le Sahîh de Muslim on trouve un hadith de Abû Dharr al-Ghaffârî (Radhia Allahou Anhou) dans lequel celui-ci dit : « J’ai dit : « Ô Messager d’Allah ! Quelle fut la première mosquée à avoir été édifiée sur terre ? », il me répondit : « La Mosquée sacrée » ; alors je poursuivit et lui dit : « Et ensuite ? », il me répondit : « La mosquée al-Aqsa », je lui dis : et quelle est l’intervalle de temps entre les deux ? Il me dit : « Quarante ans ». Puis Il ajouta : « Et prie là où l'horaire de la prière survient, car là où tu te trouves est une mosque ». Toutefois, le déluge qui a submergé la terre à l’époque de Nûh (Alaihi Salam) détruisit toute trace de la mosquée d’origine construite par Adam (Alaihi Salam).
Le plus probable est donc que ce soit Adam (Alaihi Salam) qui ait bâti la mosquée al-Aqsâ, il en traça les limites quarante années après avoir posé les bases de la Maison sacrée, exécutant ainsi un ordre d’Allah, exalté soit-Il, notons qu’il n’y avait à la place de la mosquée al-Aqsâ avant sa construction ni temple ni synagogue ni église. Ibn Hichâm a dit dans l’un de ses ouvrages : « Après qu’Adam (Alaihi Salam) eut construit la Ka’ba, Allah, exalté soit-Il, lui ordonna de se rendre en Terre sainte, et là-bas l’ange Djibrîl lui montra comment bâtir la mosquée al-Aqsâ, ce que fit Adam (Alaihi Salam) qui s’y consacra à l’adoration ».
A l’instar de la Mosquée sacrée, la mosquée al-Aqsâ connut à travers les époques une successions de travaux de construction et d’aménagement, c’est ainsi que cette dernière fut reconstruite par Ibrâhîm (Alaihi Salam) environ 2000 ans avant J.-C., puis ce sont ses fils, Ishâq et Ya’qûb (Alaihima Salam) qui se chargèrent après lui de cette mission, puis, environ 1000 ans avant J.-C., la mosquée fut à nouveau rebâtie par Sulaymân (Alaihi Salam). Dans le Sunan d’Ibn Mâdja, on trouve le hadith suivant rapporté par ‘Abdallah ibn ‘Amrû dans lequel le Prophète () dit : « Lorsque Sulaymân fils de Dâwûd eut fini de construire la mosquée al-Aqsâ (bayt al-maqdis), il demanda à Allah trois choses : de lui offrir un jugement conforme au Sien, un règne qui n'incombe à aucune personne après lui et de laver de ses péchés quiconque se rend dans cette mosquée uniquement pour y consacrer la prière en le rendant aussi pur que le jour où il est né ». Puis le Prophète ajouta : « Les deux premières faveurs furent effectivement données à Sulaymân, quant à la troisième j’espère qu’elle a été octroyée ».
Le contenu de ce hadith semble contredire l’avis des oulémas selon lequel c’est Adam (Alaihi Sallam) qui a construit la mosquée al-Aqsâ, mais Ibn al-Djawzî, al-Qurtubî et d’autres savants ont clarifié cette ambiguïté, parmi ces derniers on trouve al-Hâfidh ibn Hadjar qui a dit dans Fath al-Bârî que Sulaymân (Alaihi Salam) a effectué une rénovation et une restauration de la mosquée qui été là à l’origine depuis l’époque d’Adam (Alaihi Salam). C’est exactement ce qui se produisit avec la Mosquée sacrée qui fut à l’origine fondée par Adam (Alaihi Salam) puis refondée plus tard par Ibrâhîm (Alaihi Salam), et ce, après un grand intervalle de temps entre les deux constructions et après le déluge qui submergea la terre à l’époque de Nûh (Alaihi Salam). Ainsi, le sens du hadith est que Sulaymân (Alaihi Salam) rebâtit la mosquée et fit en sorte qu’on put à nouveau y pratiquer des adorations, il ne faut donc pas comprendre ici qu’il la construisit ex nihilo ; mais Allah sait mieux, de plus il n’y a pas d’autres hadiths du Prophète () hormis ces deux-là qui évoque la construction de cette mosquée.
Après la conquête de Jérusalem par les musulmans en 636, ‘Umar ibn al-Khattâb (Radhia Allahou Anhou) fit construire la mosquée al-Qiblî à un endroit spécifique de sorte qu’elle devienne le cœur de la mosquée al-Aqsâ.
Et c’est à l’époque du règne de la dynastie omeyyade que fut érigé le Dôme du Rocher, de même que les Omeyyades reconstruisirent la mosquée al-Qiblî. Il fallut environ trente années pour achever ces deux chantiers (entre 685 et 715) et donc pour arriver à l’aspect de la mosquée al-Aqsâ que nous connaissons aujourd’hui.

Les vertus et mérites de la mosquée al-Aqsâ :

-La mosquée al-Aqsâ était la Qibla de la plupart des prophètes avant que vienne leur Sceau, c’est-à-dire Mohammed (), et la première Qibla de notre Prophète (), et ce, durant environ quatorze années, soit du début de la révélation jusqu’au seizième ou dix-septième mois après la Higra. L’imam Ahmed rapporte dans son Musnad cette parole d’Ibn ‘Abbâs (Radhia Allahou Anhouma) : « Lorsque le Messager d’Allah était à La Mecque, il priait en direction de la mosquée al-Aqsâ alors que la Ka’ba était face à lui, puis seize mois après avoir émigré vers Médine il commença à se tourner vers la Ka’ba pour prier ».
-Notons en sus que la mosquée al-Aqsâ fut la destination du voyage nocturne (al-Isrâ` du Prophète () comme cela est d’ailleurs clairement indiqué dans le verset suivant : « Gloire et Pureté à Celui qui de nuit fit voyager Son serviteur [Mohammed] de la mosquée al-Aqsâ dont Nous avons béni l’alentour afin de lui faire voir de Nos merveilles. C’est Lui, vraiment, qui est l’Audient, le Clairvoyant » (Coran 17/1). Tous les prophètes ont prié en commun dans cette mosquée derrière leur imam Mohammed () lors de son voyage nocturne vers cette dernière ; voilà qui indique indubitablement l’immense bénédiction enveloppant ce lieu, bénédiction qui ne concerne pas uniquement la mosquée mais qui s’étend sur ce qui se trouve autour comme nous le montre le verset : « […] dont Nous avons béni l’alentour ».
-La mosquée al-Aqsâ fut le point de départ de l’ascension dans le ciel de Mohammed (). D’après Anas ibn Mâlik (Radhia Allahou Anhou) le Prophète () a dit : « Il me fut amenée al-Burâq, une monture blanche plus grande qu'un âne et plus petite qu’une mule, qui se trouvait d'un bond où son regard s’arrêtait, je la montai donc et fus transporté à Jérusalem (Bayt al-Maqdis). Là-bas, je l’attachai à l’anneau destiné à l'usage des prophètes. Je pénétrai dans la mosquée où je priai deux Rak’as. A ma sortie, l’ange Djibrîl () m’offrit deux récipients : l’un contenant du vin, l’autre du lait. Je choisis le lait, et Djibrîl me déclara alors que j’avais choisi la voie primordiale (al-Fitra). Puis, porté par lui, je m'élevai jusqu'aux régions célestes » (Mouslim). Allah, exalté soit-Il, était parfaitement capable de faire débuter l’ascension vers le ciel de Son prophète () à partir de La Mecque ; cependant, Il, exalté soit-Il, choisit la mosquée al-Aqsâ pour cela afin d’ancrer dans le cœur des musulmans le fait qu’en tant que portes terrestres vers le ciel et terre du Jugement et de la Résurrection ce lieu occupe un rang prestigieux dans la religion, et à ce propos Maymûna (Radhia Allahou Anhou) qui était l’une des épouses du Prophète () lui demanda : « Ô Messager d’Allah, parle-nous de Bayt al-maqdis, et il dit : « C’est la terre du Jugement et de la Résurrection » ».
-La mosquée al-Aqsâ fait partie des trois seules mosquées vers lesquelles on a le droit de voyager. D’après Abû Hurayra (Radhia Allahou Anhou), le Prophète () a dit : « N’entreprenez aucun voyage pour aller voir des mosquées excepté pour trois mosquées : la Mosquée sacrée, la mosquée du Prophète () et la mosquée al-Aqsa » (Boukhari) ; et ce, bien que cette dernière ne soit pas sanctuarisée comme les deux premières, car en effet il est tout à fait possible d’y chasser ou d’y ramasser des objets trouvés par terre. Ainsi, le fait de désigner cette mosquée par le terme de « al-Haram al-charîf » (le noble sanctuaire) est incorrecte, son nom correcte et complet est « la mosquée bénie la plus éloignée » (al-Masdjid al-aqsâ al-mubârak). Ce dernier nom est celui par lequel cette mosquée a été désignée à travers les siècles, et ce, jusqu’à l’époque des Mamlouks où on commença à l’appeler « al-Haram al-charîf » bien que cette appellation soit incorrecte et non autorisée.
-La mosquée al-Aqsâ sera la caserne du groupe de combattant victorieux et la demeure des croyants. D’après Abû Amâma, le Prophète () a dit : « Il restera un groupe de ma Communauté, établissant la justice et vainquant leurs ennemis, auxquels nul, parmi ceux qui leur tiendront front, ne pourra causer du tort — sauf à être trahis — jusqu’à ce que le Commandement d’Allah (le Jour du Jugement dernier) arrive alors que leur attitude demeurera inébranlable. » On demanda : « Ô Messager d’Allah, et où sont-ils ? » Il répondit : « A Jérusalem et dans les alentours de Jerusalem.»

(A suivre).
 

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