La mosquée de Cordoue : merveille de la civilisation d’al-Andalus

La mosquée de Cordoue : merveille de la civilisation d’al-Andalus
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La mosquée de Cordoue, appelée par les Espagnols « la Mosquita Aljama » (al-Masdjid al-Djâmi’), est sans conteste l’une des réalisations architecturales les plus importantes de la civilisation d’al-Andalus. 

Situation de la mosquée de Cordoue :

La mosquée de Cordoue a été édifiée sur un terrain caillouteux se trouvant au sud-ouest de cette ville près de l’ancien viaduc arabe qui est sur le fleuve Guadalquivir, de même que les quatre côtés de cet édifice sont entourés de diverses ruelles étroites.
Cette mosquée occupe une place dans l’histoire de l’art islamique proche de celle occupée par la Grande mosquée des Omeyyades qui se trouve à Damas, elle est, comme l’a décrite un historien, « le premier moment de la rencontre entre l’Occident et l’Islam, et elle est l’une des plus belles merveilles de création humaine du monde ».

La description de la mosquée de Cordoue :

La mosquée de Cordoue est composée d’un lieu de prière, d’une cour intérieure et d’un minaret, elle fait 135 m de largeur et 180 m de longueur, c’est-à-dire que sa superficie est de 24 300 m². On pénètre dans la cour intérieure ouverte du côté nord par l’une des dix-neuf portes de la mosquée, ces dernières sont toutes faites de bronze ; notons que l’on donne à cette cour le nom d’ « Esplanade du Portugal » ou bien de « Parvis de l’oranger ».
La construction de la mosquée ressemble à celle d’une citadelle avec ses remparts et ses tours. La hauteur du minaret atteint quasiment 24 m, ce dernier, qui était considéré comme une merveille du monde, connut des périodes durant lesquelles il tomba en ruine. Par ailleurs, les murs de l’édifice sont extrêmement larges et constitués de solides pierres.
Quant à l’intérieur même de la mosquée, il comporte des rangées de piliers, et alors qu’à l’époque où les musulmans régnaient sur ces contrées il y avait environ entre 1000 et 1300 piliers, aujourd’hui on n’en compte plus que 856. Ces piliers sont faits d’albâtre, de marbre et de diverses variétés de pierres, ils sont en outre décorés de chapiteaux qui étaient fréquemment employés dans les constructions anciennes. Le lieu de prière comporte également des enceintes réservées dont le sol fut pavé d’argent, lesquelles sont surplombées de trois coupoles richement décorées. Par ailleurs, il y a au-dessus du mihrab de la mosquée sept fenêtres sensées représentées les sept cieux. Il faut noter qu’on trouve aussi rattachées à la salle de prière onze ailes adossées au mur de la Qibla, ce qui est considéré comme une innovation technique typiquement arabo-musulmane.

La construction de la mosquée de Cordoue :

La construction de la mosquée de Cordoue qui a abouti à sa forme définitive a pris environ deux siècles ; ainsi, l’édification de ce lieu débuta en 785 à l’époque du règne de ‘Abd al-Rahmân Ier, lequel donna l’ordre de faire venir des piliers et du marbre de Séville et de Constantinople. De plus, il faut savoir qu’à cette époque un minaret modeste fut posé sur l’une des façades murales de la cour intérieure. Toutefois, ‘Abd al-Rahmân Ier décéda avant la fin des travaux, et c’est donc son fils et successeur Hichâm al-Ridâ qui poursuivit ce projet, celui-ci acheva donc l’édifice et fit construire le premier véritable minaret. Puis à l’époque de ‘Abd al-Rahmân II, qui était le fils d’al-Hakam, il fut ajouté deux ailes du côté de la Qibla. Ensuite, ‘Abd al-Rahmân III fit rénover la façade de la mosquée de même qu’il fit détruire l’ancien minaret qu’il fit remplacer par un nouveau minaret plus grand et plus massif en 951. Ce dernier était de forme carrée et comportait quatorze fenêtres avec des arches, de plus il renfermait deux escaliers, l’un pour monter et l’autre pour descendre ; par ailleurs, il possédait à son sommet trois « pommes » (grosses boules dorées), deux en or et une en argent, il faut savoir que les jours de beau temps la réflexion des rayons solaires sur ces « pommes » générait une lumière aveuglante.
Puis al-Hakam II, fils de ‘Abd al-Rahmân III, fit augmenter considérablement le nombre des ailes annexes et il fit édifier un troisième mihrab sur lequel il fit mettre une coupole richement décorée par de la mosaïque au style innovant, et à ce propos al-Hakam II fit venir de Constantinople un spécialiste dans l’art de la mosaïque et le Basileus byzantin lui envoya une grande quantité de ces mosaïques. Par ailleurs, al-Hakam II fit bâtir une enceinte privée surmontée d’une coupole au style byzantin, de même qu’il fit construire à côté de la mosquée une maison dédiée aux aumônes et une autre servant à loger les prédicateurs et autres personnes travaillant au sein de la mosquée.
La dernière phase d’agrandissement de la mosquée de Cordoue eut lieu à l’époque du chambellan al-Mansûr, ce dernier fit construire une nouvelle mosquée face aux murs de l’ancienne, le nouvel édifice ressemblait en tous points à l’ancien, il fut achevé en 987.

Les particularités techniques de la mosquée de Cordoue :

En ce qui concerne les particularités techniques propres à la mosquée de Cordoue nous pouvons dire que la partie qu’ordonna de bâtir ‘Abd al-Rahmân Ier et qu’acheva son fils révèle un désir d’innover. Ainsi, on constate que les porches (ou les couloirs) ne communiquent pas entre eux et ne sont pas parallèles au mur de la Qibla comme c’était le cas à l’époque dans la plupart des autres mosquées, ils étaient en fait disposés perpendiculairement par rapport à ce mur comme c’était le cas dans les églises anciennes.
Des arches (en fer à cheval) surmontaient des piliers de style gothique et d’autres de style roman, de même qu’on trouvait dans cette mosquée des chapiteaux de divers styles ; on peut dire en somme que cet édifice fait la jonction entre les traditions architecturales orientales et occidentales, de plus il est indéniable que l’esprit de l’Islam est bien représenté par cet équilibre étonnant qui donne à la mosquée une transparence toute particulière et la transforme en un lieu sans limites.
L’architecture de la mosquée de Cordoue se distingue par son style symétrique, et c’est là un élément important de l’architecture islamique en général, par le fait qu’on n’y trouve aucun élément central qui attire plus particulièrement le regard ainsi que par ces arches constituées de pierres rouges et jaunes ; ainsi, tous ces éléments font de cet édifice un modèle architectural unique et original dans l’histoire de l’architecture.
Pour ce qu’il s’agit du toit de la mosquée et de ses murs, nous remarquons qu’ils furent décorés par des versets du Noble Coran, des ornementations encadrées ou encore des tableaux muraux ornementaux faits de mosaïques ou de vitraux, certains de ces tableaux muraux sont sertis d’or et d’argent. En outre, la mosquée était éclairée par deux cent lustres comportant sept mille lampes à l’huile parfumée.
En ce qui concerne le mihrab il s’agit d’une niche heptagonale dorée et décorée par de la mosaïque. Quant au minbar, il est considéré comme l’un des plus beaux au monde, et notamment parce qu’il est constitué de près de 37 000 morceaux d’ivoire et d’essences de bois rares et parfumées comme l’ébène, le bois d’aloès ou encore le santal, et tous ces bois sont incrustés de pierres précieuses. Notons enfin que les clous qui lient les éléments de ce minbar sont en or et en argent.

La mosquée de Cordoue était un lieu d’adoration ainsi qu’un centre de savoir très important, elle accueillait en son sein une école et une bibliothèque qui possédait environ 400 000 ouvrages qui étaient à la disposition des étudiants.
 

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