Les relations anciennes entre les Arabes et l’Afrique de l’est

Les relations anciennes entre les Arabes et l’Afrique de l’est
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  • Date de publication:19/08/2015
  • Catégories:L’histoire islamique
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L’Afrique de l’est :

Il y a une histoire à raconter concernant toutes les fois où l’Islam est arrivé quelque part, une histoire qui relate comment cette grande et belle religion s’est répandue aux quatre coins du monde afin d’y amener le bien, d’y diffuser la justice et d’éclairer la terre avec la lumière d’Allah, exalté soit-Il.
Et parmi les contrées qui reçurent très tôt la lumière de l’Islam on trouve cette terre qui s’étend sur la côte est du continent africain ainsi que sur les terres qui lui sont proches. Cette terre conquise par l’Islam se compose d’un ensemble d’Etat dont les plus importants sont : l’Erythrée, la Somalie, le Kenya, la Tanzanie, l’Ouganda, Djibouti, le Mozambique, Madagascar, le Malawi, la Zambie, le Zimbabwe, le Burundi, le Ruanda, les Comores, l’Île Maurice ou encore les Seychelles. Il faut savoir que les territoires côtiers de cette vaste région étaient appelés la Terre des Noirs.

Avant de rentrer dans le vif du sujet, c’est-à-dire les relations anciennes entre l’Islam et le continent noir, nous souhaitons plonger brièvement dans les profondeurs de l’Histoire afin de débuter notre récit à son commencement et également de lever le voile sur les événements et péripéties historiques qui ont facilité ces relations solides que l’Islam n’a fait que renforcer et enraciner un peu plus, car en effet ces relations n’ont absolument pas débuté avec l’avènement de l’Islam, mais elles puisent leur source bien avant.

Les débuts des relations arabo-africaines :

Les Sabéens (ancien peuple arabe du sud de la péninsule Arabique) furent le premier peuple arabe à débarquer sur les côtes est de l’Afrique, leur objectif était de faire du commerce et non de mener des razzias dans cette région. Et bien que ces Arabes pionniers fussent fort peu nombreux, ils poursuivirent longtemps leurs opérations commerciales avec les peuplades africaines, ils se mélangèrent avec ces dernières, ils se marièrent avec des femmes du cru de même qu’ils fondèrent sur ces territoires des comptoirs commerciaux. Et à partir du milieu du millénaire précédant la venue de ‘Îsâ (Alaihi Salam) ces côtes africaines commencèrent à être très marquées par la présence arabe, et dès lors ces contrées côtières ne perdirent plus leur identité arabo-africaine particulière, car en effet les mouvements d’individus venant de la péninsule Arabique et du Golfe persique pour s’installer sur ces côtes ne s’interrompirent plus jusqu’à nos jours.
Notons que quand les historiens grecs de l’époque antique évoquaient les Noirs, ils disaient que ces derniers vivaient sur la côte est de l’Afrique et qu’ils édifiaient des cités côtières qui entretenaient des relations permanentes et solides avec la péninsule Arabique et l’Inde.
Il est fort probable que les Arabes de la péninsule – et notamment ceux du sud – furent les premiers parmi les peuples arabes à entrer en contact avec les peuplades vivant sur les côtes de l’est de l’Afrique, car il y avait évidemment entre les deux territoires une proximité géographique, de plus ce contact fut facilité par les vents saisonniers qui permettaient aux petites embarcations des Arabes d’accomplir au minimum deux voyages par an. Ainsi, au printemps les vents marins soufflant du sud-ouest poussaient ces navires du Golfe d’Oman ou des côtes de la péninsule Arabique vers les côtes africaines ; par ailleurs, en automne, les vents poussaient les bateaux vers le nord-est, ce qui permettait à ces derniers de rentrer chez eux, c’est pourquoi les transactions commerciales prenaient naturellement fin quand les vents favorables pour ce retour commençaient à se lever.
C’est ainsi donc que débutèrent les relations entre les habitants de la péninsule Arabique et ceux de l’Afrique oriental. Par conséquent, cette réalité historique ancienne a facilité grandement la venue de l’Islam et sa diffusion dans ces territoires.

L’émigration des musulmans en Ethiopie :

Il faut signaler qu’à l’avènement de l’Islam les relations commerciales entre les Arabes de la péninsule et les peuples de l’Afrique orientale étaient toujours une réalité. Ainsi, lorsque la tyrannie des mécréants de La Mecque contre les musulmans s’est durcie, le Prophète () a autorisé certains de ses Compagnons à accomplir l’émigration vers l’Ethiopie où régnait alors le Négus dont le Prophète () avait dit que quiconque était sous sa protection était à l’abri de toute injustice. C’est ainsi que le choix de l’Ethiopie comme lieu de destination pour les musulmans persécutés était un début, et le très bon accueil qui fut fait dans ce pays aux musulmans encouragea ces derniers à organiser une deuxième expédition qui comptait cette fois un plus grand nombre de réfugiés que la première ; ainsi, la deuxième expédition rassembla 83 hommes et 19 femmes. Evidemment les Quraychites essayèrent d’interférer entre les musulmans qui avaient émigré en terre éthiopienne et le Négus et son entourage chrétien ; toutefois, la force des arguments des musulmans ainsi que leur bon comportement firent échouer la tentative des Quraychites et augmentèrent encore l’attachement du souverain éthiopien pour les musulmans et son désir de les protéger.
Il est important de signaler que les relations amicales entre le Prophète (Salla Allahou ALaihi wa Sallam) et le Négus ainsi que le comportement adopté par les réfugiés musulmans avec leurs hôtes consolidèrent beaucoup les relations entre les chrétiens d’Ethiopie et l’Islam. Cependant, ces premières émigrations musulmanes de l’époque du Prophète () ne marquèrent pas outre mesure la vie de ce pays, et ce, même si elles laissèrent longtemps des traces dans l’esprit des Ethiopiens qui prirent alors connaissance de l’existence de cette formidable et nouvelle source spirituelle jaillissant telle une force de vie extraordinaire. En définitive, cet épisode renforce de manière remarquable le lien entre le jeune Etat musulman de l’époque prophétique et les Ethiopiens, et ce, à telle enseigne qu’à la mort du Négus le Prophète () et ses Compagnons prièrent sur lui. Et à ce propos Abû Hurayra a dit : « Le Prophète () nous a annoncé la mort du Négus, roi d’Ethiopie, le jour où celle-ci se produisit, puis il nous dit : « Demander pardon à Allah pour votre frère » (Boukhari) ; par ailleurs, Abû Hurayra dit également à ce sujet la chose suivante : « Le Prophète () mit en rangs ses Compagnons et prononça les quatre takbîrât (ceux prononcés lors de la prière sur le mort) ; ou encore, selon ‘Urwa ibn Zubayr, Aicha (Radhia Allahou Anha) a dit : « Lorsque le Négus est mort, on disait que l’on voyait une lumière émanant de sa tombe » (rapporté par Abû Dâwûd, faible selon al-Albânî).
En l’an 9 de l’Hégire, le Prophète () envoya secrètement le grand Compagnon Alqama ibn Mudjazziz rencontrer les Ethiopiens, car certains de leurs bateaux se trouvaient au large des côtes de l’Etat musulman, mais le Compagnon ne découvrit qu’il n’y avait aucun piège ni danger.
C’est ainsi que l’Afrique orientale fut la première région du monde à accueillir la prédication islamique.

La conquête de l’Ethiopie :

L’Ethiopie ne fit pas partie des territoires vers lesquels les musulmans se dirigèrent dans les premiers temps de l’Etat musulman qui vit l’organisation des grandes conquêtes qui avaient pour but de répandre l’Islam au-delà des frontières de la péninsule. Il semblerait qu’il y ait plusieurs raisons à cela et parmi celles-ci il y a le fait que les musulmans aient choisi à l’époque de se concentrer sur la destruction des deux empires voisins des Arabes, lesquels empires ont toujours représenté une menace pour ces derniers et cela était toujours vrai après l’avènement de l’Islam, ces deux empires étaient, d’une part, celui des Perses, et d’autre part, celui des Byzantins. Par ailleurs, les musulmans pensaient alors que l’Egypte était plus importante que l’Ethiopie, et ce, pour l’importance de sa situation géographique centrale et pour le fait que la première avait de l’avance sur la deuxième en termes de civilisation et de progrès en tout genre. De plus, parmi les autres grandes causes qui n’amenèrent pas à se tourner vers l’Ethiopie lors de leurs conquêtes il y a le fait que ces dernières débutèrent peu après la fin de l’époque prophétique, et par conséquent on se rappelait qu’à ce moment-là les relations entre les musulmans et le Négus étaient très bonnes ; et à ce propos on rapporte du Prophète () qu’il a conseillé de ne pas s’en prendre aux Ethiopiens tant que ceux-ci ne manifestaient pas d’hostilité à l’égard des musulmans, et d’ailleurs un hadith atteste de cela : « Ne vous en prenez pas aux Ethiopiens tant qu’ils ne s’en prennent pas à vous » (Abû Dâwûd).
Cependant, après un certain temps, des pirates éthiopiens commencèrent à menacer le commerce des Arabes en Mer rouge, ce qui contraignit le calife ‘Umar ibn al-Khattâb (Radhia Allahou Anhou) à organiser une expédition maritime afin de tenter de mettre ces pirates hors d’état de nuire, mais hélas ce projet échoua. C’est ainsi que les pirates éthiopiens retrouvèrent tout leur pouvoir de nuisance à l’époque du califat omeyyade, à titre d’exemple ces derniers s’en prirent au port de ‘Adûlîs à Djeddah et en firent une base pour leurs actions, ils détruisirent tous les navires qui s’y trouvaient, de plus ils commencèrent à menacer les lieux saints se trouvant à La Mecque et à Médine. Par conséquent les musulmans furent contraints en l’an 83 de l’Hégire de mener une action décisive pour mettre un point final radical et définitif à ces entreprises hostiles et dangereuses, c’est ainsi que ‘Abd al-Malik ibn Marwân fit envoyer une expédition maritime qui avait pour mission de contrôler militairement la côte est de la péninsule, les hommes de cette expédition s’emparèrent notamment d’un ensemble d’îlots appelés Dahlik, lesquels se trouvaient près de la ville de Masû’. La prise par les musulmans de ce lieu hautement stratégique leur permit de s’emparer de tous les points importants se trouvant sur les côtes africaines, ce qui facilita en outre la diffusion progressive de l’Islam dans l’est de l’Afrique.

La domination de Dahlik :

La domination arabe sur les îlots de Dahlik fut la cause de nombreuses avancée importantes dans l’histoire de cette région, et parmi ces dernières il y a le fait que cette domination permit à l’Islam de se répandre à partir d’une base stratégique solide, ce qui s’ajoutait au renforcement des relations commerciales dans la région du fait de la nouvelle stabilité basée sur l’ordre et la justice imposée par les musulmans et qui remplaça le chaos généré par les actions des pirates.
Les textes et autres chroniques nous disent que le premier émirat arabe en Afrique orientale le fut à l’époque de l’Omeyyade ‘Abd al-Malik ibn Marwân, d’ailleurs le nom de ce dernier est toujours connu dans les régions en question, ainsi par exemple nous savons que les habitants de ces dernières ont déformé son nom, ils disent donc : Abd al-Mâlik ibn Marwânî, déformation due à la faiblesse de la langue arabe et à l’influence de la langue swahilie.
Dans les derniers temps de l’Etat omeyyade il y eut l’émigration des Zuyûd du Yémen suite à l’assassinat de Zayd ibn ‘Alî Zayn al-‘Âbidîn en l’an 122 de l’Hégire (740), ces derniers fuyaient les persécutions qu’ils subissaient de la part les Omeyyades, puis ils commencèrent peu à peu à être connus sous le nom de « Zaydites ». Ceux-ci s’installèrent – comme l’indiquent les sources – sur les côtes somaliennes, ils en eurent le contrôle pendant près de deux cents ans durant lesquels ils diffusèrent l’Islam parmi les tribus autochtones de même qu’ils surent parfaitement bien exploiter la terre en y faisant pousser différentes variétés de plantes. Il faut signaler que les Zaydites pénétrèrent plus en profondeur à l’intérieur des terres de cette contrée où ils poursuivirent leur travail de prédication auprès des tribus du fleuve Jobba dont celle des Jola qui embrassèrent l’Islam avec une très grande ferveur, la preuve est que de nombreux Somaliens appartenant à cette tribu sont devenus de grands prédicateurs et fuqahas de même qu’ils furent les fers de lance de la prédication de l’Islam parmi les tribus animistes du pays.
 

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