L’Etat musulman est un Etat « révolutionnaire » I

L’Etat musulman est un Etat « révolutionnaire » I
  • Date de publication:10/01/2016
  • Catégories:Dogme
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Nous nous proposons de développer dans deux articles l’idée selon laquelle l’Etat musulman est « révolutionnaire » :

Le Noble Coran nous parle d’un peuple auquel Allah, exalté soit-Il, a donné la victoire contre leur ennemi, puis ce peuple s’est révolté contre Lui et ne L’a pas remercié pour cette victoire, et c’est ainsi qu’il encourure Son courroux et Sa malédiction jusqu’au Jour du Jugement, de quel peuple s’agit-il ?
Allah, exalté soit-Il, dit dans Son Noble Livre : « Et [rappelez-vous], lorsque Nous vous avons délivrés des gens de Pharaon, qui vous infligeaient le pire châtiment : en égorgeant vos fils et épargnant vos femmes. C’était là une grande épreuve de la part de votre Seigneur. Et [rappelez-vous], lorsque Nous avons fendu la mer pour vous donner passage ! Nous vous avons délivrés, et noyé les gens de Pharaon, tandis que vous regardiez. Et [rappelez-vous], lorsque Nous donnâmes rendez-vous à Moïse pendant quarante nuits ! Puis en son absence vous avez pris le Veau pour idole alors que vous étiez injustes (à l’égard de vous-mêmes en adorant autre qu’Allah). Mais en dépit de cela Nous vous pardonnâmes, afin que vous reconnaissiez (Nos bienfaits à votre égard). Et [rappelez-vous], lorsque Nous avons donné à Moïse le Livre et le Discernement afin que vous soyez guidés. Et [rappelez-vous] lorsque Moïse dit à son peuple : « Ô mon peuple, certes vous vous êtes fait du tort à vous-mêmes en prenant le Veau pour idole. Revenez donc à votre Créateur ; puis tuez donc les coupables vous-mêmes : ce serait mieux pour vous, auprès de votre Créateur ! » C’est ainsi qu’Il agréa votre repentir, car c’est Lui certes, le Repentant et le Miséricordieux ! Et [rappelez-vous], lorsque vous dites : « Ô Moïse, nous te croirons qu’après avoir vu Allah clairement ! » Alors la foudre vous saisit tandis que vous regardiez. Puis Nous vous ressuscitâmes après votre mort afin que vous soyez reconnaissants. Et Nous vous recouvrîmes de l’ombre d’un nuage, et fîmes descendre sur vous la manne et les cailles : - « Mangez des délices que Nous vous avons attribués ! » - Ce n’est pas à Nous qu’ils firent du tort, mais ils se firent tort à eux-mêmes » (Coran 2/49-57). Il s’agit donc du peuple de Mûsâ (Alaihi Salam) qu’Allah, exalté soit-Il, sauva des griffes de Pharaon et honora, mais les membres de ce peuple nièrent les bienfaits qu’ils avaient reçus de leur Créateur et encoururent donc Sa colère. Leur révolte contre Pharaon et son pouvoir injuste fut une réussite ; toutefois, ils ne changèrent pas en profondeur de même qu’Allah, exalté soit-Il, ne les changea pas et les fit disparaître sous terre et leur fit subir un châtiment douloureux, c’est ainsi à eux que la parole suivante d’Allah s’applique : « En vérité, Allah ne modifie point l’état d’un peuple, tant que les [individus qui le composent] ne modifient pas ce qui est en eux-mêmes » (Coran 13/11).
Quant au peuple de Mohammed (), il émigra sur le chemin d’Allah et fut chassé de chez lui pour s’être révolté contre l’injustice et la mécréance des Quraych ; ainsi, les Coalisés s’allièrent contre lui le jour de la Bataille du Fossé, les musulmans furent alors trahis à l’intérieur par les juifs de Médine et encerclés à l’extérieur par les mécréants, mais lors de cet événement le peuple de Mohammed () démontra qu’il était bien différent de celui de Mûsâ (Alaihi Sallam) comme nous le dit Allah, exalté soit-Il, dans Son noble Livre : « Et quand les croyants virent les Coalisés, ils dirent : « Voilà ce qu’Allah et Son messager nous avaient promis ; et Allah et Son messager disaient la vérité ». Et cela ne fit que croître leur foi et leur soumission » (Coran 33/22). Ainsi, lorsque les musulmans virent venir les difficultés et les épreuves, ils surent avec certitude que cela correspondait à ce qu’Allah et Son messager leur avaient annoncé et donc que cette annonce était véridique, en d’autres termes, il leur avait été annoncé qu’ils allaient rencontrer de grands obstacles qui obstrueraient leur route et gêneraient leur appel des gens à suivre la vérité. Par conséquent, lorsqu’ils virent les grandes difficultés lors du jour des Coalisés, ils furent en quelque sorte rassurés et confortés dans leur conviction de même que leur foi et leur soumission (à Allah) augmentèrent, car c’était là l’accomplissement de la promesse d’Allah et de Son messager. C’est ainsi que la communauté musulmane est la meilleure des communautés du fait de la grande patience de ses membres, de leur constance dans le fait de s’accrocher à la vérité, c’est donc là indiscutablement la grande différence qu’il y a entre les musulmans et le peuple de Mûsâ, c’est-à-dire les juifs. Ces deux peuples se révoltèrent contre l’injustice, la tyrannie et la mécréance, mais les musulmans accomplirent deux révoltes : celle contre l’oppression, l’injustice et la mécréance, et celle contre Satan et les penchants de l’âme qui poussent à commettre des mauvaises choses ; a contrario, les juifs n’accomplirent que la première révolte, hormis les quelques-uns qu’Allah, exalté soit-Il, guida et sauva, ils furent anéantis par Allah, exalté soit-Il, qui les maudit et fit d’eux les pires ennemis de ceux qui ont cru. Et à l’inverse, Allah, exalté soit-Il, honora les musulmans en leur permettant de mener à bien leur révolte contre Satan, et fit donc d’aux la meilleure communauté de toutes les communautés, une communauté qui ordonne le bien et réprouve le mal.
C’est donc à partir de ces réflexions que la compréhension islamique de la révolte devient très claire, il s’agit en définitive d’une révolte contre une âme poussant au mal ; et, à ce propos, il a été demandé à al-Hasan al-Basrî la question suivante : Quel est le plus grand des djihads ?, et celui-ci répondit que c’était le djihad contre ses passions. C’est donc là la révolte à laquelle nous musulmans sommes appelés, c’est ainsi qu’Allah, exalté soit-Il, nous dit dans Son noble Livre : « En vérité, Allah ne modifie point l’état d’un peuple, tant que les [individus qui le composent] ne modifient pas ce qui est en eux-mêmes » (Coran 13/11) ; par ailleurs, le Prophète () nous a enjoints à haïr la corruption sur terre : « [...] Si vous voyez dans ceux qui vous gouvernent une chose répréhensible, alors ne les détestez pas mais détestez ce qu'ils font (de mauvais) [...] » (Mouslim), cette parole s’applique parfaitement à ce que nous connaissons aujourd’hui.
En conséquence de l’encouragement divin, prophétique et religieux à faire le bien, l’Islam fut donc en avance dans l’élaboration d’un Etat fondé sur des lois, d’ailleurs le premier musulman à avoir mis au point une constitution complète et « moderne » pour son pays fut le sultan Sulaymân, plus connu sous le nom de Sulaymân le Législateur, lequel est d’ailleurs considéré comme le législateur le plus connu et ancien de toute l’Histoire. La loi islamique est la plus juste des lois qu’ait connues l’humanité, on peut dire qu’Allah, exalté soit-Il, a descendu la justice même dans Son noble Livre afin d’imposer la vérité et de détruire le faux sur cette terre. Il a été rapporté de ‘Uthmân ibn ‘Affân, qu’Allah l’agrée, la parole suivante : « Allah réprime par le pouvoir ce qu’Il n’a pas réprimé par le Coran », cette phrase est en rapport direct avec le concept d’Etat « révolutionnaire » et donc avec l’Etat musulman fondé sur des lois et des châtiments et sur son importance.

1-Le châtiment corporel pour le vol :

Allah, exalté soit-Il, dit : « Le voleur et la voleuse, à tous deux coupez la main, en punition de ce qu’ils se sont acquis, et comme châtiment de la part d’Allah. Allah est Puissant et Sage » (Coran 5/38). Il faut bien comprendre que l’Islam, du fait de sa grande justice, pose une condition à l’application du châtiment corporel pour le vol, c’est-à-dire que cela ne concerne pas les voleurs qui volent pour pouvoir se nourrir, et à ce propos nous avons un exemple remontant à l’époque de ‘Umar ibn al-Khattâb qui illustre cela. C’est ainsi que lors de 'Âm al-Ramâda (l’année de la Cendre), les musulmans connurent une grande sécheresse, et d’ailleurs cette année fut appelée ainsi du fait de la couleur de la terre qui devient comme celle de la cendre tellement elle manquait d’eau ou bien également parce que le vent faisait voler de la poussière ressemblant à de la cendre ou encore parce que les faces des gens prirent une couleur cendrée du fait de la dénutrition et de la souffrance, en fait, il est possible que cette année terrible fut nommée ainsi pour l’ensemble de ces raisons ; quoi qu’il en soit, ‘Umar décida lors de cette disette d’interrompre l’exécution du châtiment destiné aux voleurs du fait de la situation des gens qui mourraient de faim et volaient donc pour se nourrir. Il faut savoir en outre que le visage de ‘Umar lui-même s’assombrit du fait de la dénutrition, celui-ci ne se nourrissait alors plus que de vinaigre et d’huile qui ne le rassasiaient point alors qu’avant il mangeait des dattes et du lait caillé. En fait, cette épreuve ne prit fin que grâce à Allah et après que ‘Umar eut accompli la prière de la pluie avec l’oncle paternel du Prophète () al-‘Abbâs ibn ‘Abd al-Muttalib, et c’est donc suite à cette prière qu’Allah, exalté soit-Il, envoya la pluie. On dit également que l’épreuve de cette année de la Cendre faite de faim et de misère pour les musulmans fut si dure que le prince des croyants ‘Umar ibn al-Khattâb se résigna à écrire une missive à ‘Amrû ibn al-‘Âs dans laquelle il écrivit notamment : « Au secours ! Au secours ! Au secours ! », et on dit que ‘Amrû ibn al-Âs déclara : « Par Allah, on lui fit envoyer une caravane d’aliments si longue que la première était à Médine et la dernière chez moi en Egypte », en fait, ‘Amrû envoya à ‘Umar mille chameaux transportant de la farine. Quoi qu’il en soit c’est ainsi que la suspension de l’application du châtiment pour le vol prit fin avec le retour à une vie normale pour les musulmans ; nous avons donc là un exemple à suivre concernant l’application de ce châtiment qui nécessite du discernement et ne peut être appliqué à tout le monde indistinctement.


Alî al-dîn Ghayth

(A suivre)
 

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