S’engager auprès d’Allah et faire un vœu de sa propre initiative
Fatwa No: 157535

Question

Je suis égyptien et travaille en tant qu’ingénieur en Arabie Saoudite. Depuis environ deux ans que je travaille ici, j’ai pris l’engagement auprès d’Allah de dépenser le quart de ce que je gagne en aumône que je distribue entre ma famille et les pauvres. Le problème est qu’il arrive que durant plusieurs mois il ne me reste presque rien de mon salaire pour subvenir aux besoins de ma famille. Et des fois, le mois prend fin et il ne me reste plus d’argent à épargner. Ceci me cause une certaine pression psychologique et ouvre une porte pour moi et le diable pour remettre en question mon engagement de réserver un quart de mon salaire pour le donner en aumône. C’est peut-être une charge supplémentaire que je me suis imposée alors qu’Allah ne l’a pas rendue obligatoire, comme si j’avais agi comme le font les moines chrétiens. Mais je reviens vite à la raison et me dis que ce que je fais a un rôle positif dans notre société qui comprend de plus en plus de points négatifs et dans lequel les gens sont de plus en plus égoïstes. Quel est votre avis sur ce que je fais et ce que je pense ? Me suis-je imposé une vie monastique que rien n’exige ? Ou est-ce que cela est une pensé qui vient du diable et de mon âme incitatrice au mal ?

Réponse

Louange à Allah et que la paix et la bénédiction soient sur Son Prophète et Messager, Mohammed, ainsi que sur sa famille et ses Compagnons :
Si cet engagement n’était qu’une intention sans avoir été prononcée par la langue alors rien ne vous incombe. Si vous l’avez prononcé par votre langue en ces termes en disant par exemple : « je prends l’engagement auprès d’Allah de faire ceci. » alors les savants divergent pour savoir ce qu’impliquent ces propos : est-ce que c’est un serment duquel on peut se disculper en l’expiant ou est-ce un vœu auquel il est obligatoire de se tenir, ou nous incombe-t-il quelque chose à priori ? Consultez le détail de ces faits dans la Fatwa numéro 133847 et aux références qui y sont mentionnées.
L’avis le plus prudent qui a été émis est celui qui affirme que c’est un vœu auquel il est obligatoire d’être fidèle. C’est à cet avis que cheikh Al-Islam ibn Taymiyya – qu’Allah lui fasse miséricorde - s’est rangé. Dans cette situation, vous devez vous tenir à votre vœu. Vous serez récompensés pour ce que vous faites de bien et pour l’argent que vous distribuez en aumône. Ce qu’on espère d’Allah est qu’il vous récompense en ce monde et dans l’autre et qu’il vous donne en compensation de ce que vous dépensez conformément au verset : « Tout don que vous ferez par charité vous sera remplacé par votre Seigneur, le plus généreux des pourvoyeurs. » (Coran 34/39).
Quant au statut de de votre acte consistant à faire un vœu de votre propre initiative, il repose sur un des avis émis par les savants sur le statut du vœu puisqu’ils divergent à ce sujet. Cette divergence est bien connue. L’avis le plus probant, si Allah le veut, est que le vœu qui est réprimandable est le vœu qui est formulé en posant comme condition de recevoir quelque chose d’utile en contrepartie. Quant au vœu qui est fait pour faire acte de piété uniquement, cela n’est pas réprimandable. Ainsi vous savez que vous n’avez fait aucun mal en agissant ainsi, si Allah le veut.
Au vu de l’intérêt que cela représente, nous reproduisons ici les propos du grand savant Al-Chinqîtî qui explique la divergence des savants concernant le fait de faire un vœu de sa propre initiative. Il y explique l’avis le plus probant. Il a dit, qu’Allah lui fasse miséricorde :
« Les savants ont divergé pour déterminer le statut d’un vœu fait par le fidèle de sa propre initiative. Las Malikites ont dit qu’il est permis de faire un vœu pour des actes recommandés sauf pour ceux qui se répètent souvent comme le jeûne de chaque semaine. Celui-ci est réprimandable selon eux. La plupart des Chafi’ites disent que c’est réprimandable. Certains d’entre eux ont rapporté un texte de l’imam Châfi’i qui mentionnent les hadiths interdisant de recourir à un tel vœu. Ils ont rapporté un avis similaire de savants Malikites. Ibn Daqîq Al-Aid est catégorique pour affirmer que c’est aussi l’avis de certains Malikites. Ibn Al-‘Arabî a d’ailleurs mentionné qu’il existe une divergence entre les savants Malikites sur cette question. Il affirme de façon certaine que Châfi’i tout comme les savants Hanbalites considèrent cela réprimandable. Un des avis attribués aux Hanbalites est qu’il considère que c’est réprimandable mais dans le sens d’interdit. Certains d’entre eux ne se sont d’ailleurs pas prononcé pour déterminer si un tel vœu était valide. Aussi, il a été rapporté de certains compagnons qu’ils considéraient qu’un tel vœu était réprimandable. » Fin de citation tiré d’Ibn Hajar dans son ouvrage Fath Al-Bârî.
L’auteur du livre Al-Mughnî affirme de façon catégorique que l’interdiction de ce genre de vœu mentionné dans le hadith indique que cela est réprimandé. Quant à l’auteur de ces lignes – qu’Allah lui efface ses fautes et les lui pardonne – il affirme : « Ce qui me semble le plus pertinent pour mettre fin à cette problématique, et c’est à mon sens l’avis duquel il ne convient pas de se détourner, est qu’un vœu émis pour se rapprocher d’Allah est de deux types :
Le premier est lié à la condition que le fidèle reçoive en échange de son acte pieux une contrepartie mondaine. En disant par exemple : « Si Allah guérit mon proche qui est malade alors je ferais telle et telle chose et s’il me sauve de telle chose qu’on redoute, alors je ferais telle et telle chose, et ainsi de suite.
Le deuxième est un vœu qu’on fait sans le lier à une contrepartie mondaine. C’est le cas si on fait le vœu de se rapprocher d’Allah en toute sincérité par différents types d’actes d’obéissance.
L‘interdiction de faire un vœu concerne uniquement le premier type que nous avons cité parce que le vœu n’a pas été fait sincèrement pour se rapprocher d’Allah mais il a été posé comme condition de bénéficier d’une contrepartie mondaine. Or, cette contrepartie mondaine que souhaite obtenir le fidèle qui fait ce type de vœu est celle mentionné dans le hadith stipulant que le vœu ne peut pas prendre le dessus sur le destin et que le fidèle ne pourra pas obtenir plus que ce qui lui a été destiné uniquement en faisant un vœu, le vœu n’étant d’aucune utilité pour repousser le destin.
Quant à la deuxième catégorie de vœu, il s’agit d’un vœu émis sincèrement sans poser comme condition d’obtenir quoi que ce soit en contrepartie. C’est ce type de vœu pour lequel on encourage et loue ceux qui les respectent. Ils sont donc considérés comme des bonnes œuvres. Le détail que nous venons d’exposer sur cette question a été soutenu par tout un groupe de savants. » Et le cheikh poursuivit ses propos, qu’Allah lui fasse miséricorde.
Et Allah sait mieux.
 

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