As-salâm ‘alaykoum wa rahmatouLlâh,Je vous écris suite à une première réponse de votre part me renvoyant vers une fatwa existante sur votre site. Celle-ci ne répondant pas précisément à ma situation, vous m’avez indiqué que je pouvais reformuler ma question afin d’obtenir un éclairage plus adapté, ce que je fais aujourd’hui, in châ’ Allah.Ma demande porte sur le recours au crédit bancaire avec intérêt (riba) dans le contexte de la société moderne, et elle concerne deux situations distinctes mais liées : celle de mes parents et la mienne aujourd’hui.1. Situation de mes parentsMes parents ont, tout au long de leur vie, eu recours à des crédits bancaires avec intérêt afin de :lancer des projets professionnels,constituer un capital,subvenir aux besoins de la famille,et nous élever dans un environnement sain et stable.Ils sont partis de zéro, sans héritage ni capital initial, et considèrent que, sans le crédit, il leur aurait été impossible d’améliorer leur situation. Pour eux, le crédit bancaire dans la société actuelle est perçu comme un outil économique normal, intégré au fonctionnement global de l’économie.Ils font également la distinction entre :les pratiques d’usure sévères qui existaient à l’époque préislamique (notamment à la période mecquoise), où des taux exorbitants étaient utilisés pour écraser les débiteurs, les dépouiller de leurs biens, voire les réduire à une forme d’asservissement ;et le système bancaire moderne, qu’ils voient comme réglementé, participant à l’économie, à la création d’emplois et à la subsistance de nombreuses familles, et considéré par la majorité des gens comme un système structuré, et non comme une exploitation volontaire des plus faibles.Ils estiment donc, sincèrement, que leur situation n’est pas comparable à celle visée par les textes révélés à l’époque.Cela soulève chez moi plusieurs interrogations :Ce raisonnement est-il recevable d’un point de vue du fiqh ?Le contexte et les finalités peuvent-ils influencer le jugement juridique sur le riba ?Ont-ils commis un péché malgré leur intention de bien faire et l’absence d’alternative réaliste, selon eux ?2. Ma situation personnelle actuelleMe concernant, je suis aujourd’hui confronté à une décision importante. On me demande de recourir à un crédit bancaire afin de financer des travaux de construction pour pouvoir habiter sur un terrain qui nous appartient, et ainsi sortir d’une situation de location très lourde financièrement.À titre d’exemple, nous payons actuellement environ 37 000 dirhams par mois de loyer, ce qui représente une charge extrêmement pesante, sans constitution de patrimoine. Le crédit envisagé permettrait de :arrêter cette hémorragie financière,vivre dans notre propre logement,et sécuriser durablement la situation familiale.Dans les faits, rester en location semble économiquement plus destructeur que de recourir au crédit, mais ma conscience religieuse est très troublée, car je crains de désobéir à Allah en entrant volontairement dans un contrat impliquant des intérêts.Mes questions précises sont donc les suivantes :L’interdiction du riba s’applique-t-elle sans aucune distinction de contexte, ou existe-t-il en fiqh des considérations liées à l’époque, aux pratiques abusives visées initialement et aux réalités économiques contemporaines ?Peut-on assimiler le système bancaire moderne, tel qu’il fonctionne aujourd’hui, aux pratiques d’usure condamnées explicitement dans le Coran et la Sunna ?Le fait de chercher à se loger dignement, à protéger sa famille et à sortir d’une situation financièrement intenable peut-il relever d’un besoin pressant (hâja), voire d’une nécessité (darûra) ?Quelle est la responsabilité religieuse des enfants vis-à-vis des crédits contractés par leurs parents ?Dans une situation comme la mienne, que recommandez-vous concrètement : éviter absolument le crédit même si cela entraîne une grande difficulté durable, ou existe-t-il des orientations spécifiques à suivre ?Je tiens à préciser avec sincérité que je ne cherche ni à justifier le riba, ni à rendre licite ce qu’Allah a interdit, mais à comprendre le jugement juste et équilibré à la lumière du Coran, de la Sunna et du fiqh, dans un contexte économique moderne complexe.Je vous remercie sincèrement pour votre temps et votre science, et je prie Allah de vous récompenser pour l’éclairage que vous pourrez m’apporter.Wa-s-salâm ‘alaykoum wa rahmatouLlâh,BarakAllahu fikum.
Louange à Allah et que la paix et la bénédiction soient sur Son Prophète et Messager, Mohammed, ainsi que sur sa famille et ses Compagnons :
L’interdiction de l'usure (Riba) fait partie des questions tranchées sur lesquelles toutes les législations divines s'accordent. Les intérêts et les prêts bancaires contemporains entrent dans la catégorie du Riba interdit ; c'est l'avis de la majorité des juristes contemporains, tant au niveau individuel qu'au sein des instances scientifiques. Une minorité d'entre eux a soutenu que ces prêts et intérêts bancaires ne relèvent pas du Riba interdit, mais il s'agit d'un avis faible et marginal (shâdh).
Le but de cette fatwa n'est pas de discuter ou de réfuter ces avis en détail. Cependant, nous soulignons que la différence entre les types de prêts usuraires ne réside pas dans le fait que certains seraient autorisés et d'autres interdits, mais plutôt dans le fait que certains sont interdits et d'autres plus gravement interdits, selon le préjudice causé, le caractère exorbitant du profit, l'exploitation des pauvres, etc.
Concernant vos parents, il n'y a pas de péché sur eux s'ils ont emprunté auprès d'une banque usuraire en étant convaincus de la licéité de cet acte, en suivant (Taqlîd) l'avis d'un savant en qui ils ont confiance. En revanche, s'ils l'ont fait par simple opinion personnelle, sans se baser sur la fatwa d'un homme de science, cela ne leur était pas permis et ils doivent s'en repentir auprès d'Allah le Très-Haut.
Quant à l'obtention d'un prêt bancaire usuraire pour construire un logement, il n'est autorisé qu'en cas de nécessité absolue (Darûrah), au même titre que les autres interdits. Allah le Très-Haut a dit : « Alors qu'Il vous a détaillé ce qu'Il vous a interdit, à moins que vous ne soyez contraints » (Coran 6/119).
Le seuil de nécessité permettant l'emprunt usuraire est défini comme suit : ce qui laisse présumer que la personne risque de périr, ou qu'elle subira une difficulté insupportable, ou qu'elle ne pourra pas atteindre le niveau de vie minimum décent.
Nous soulignons ici que le Conseil Européen pour la Fatwa et la Recherche a émis un avis concernant l'achat de maisons via un prêt usuraire pour les musulmans d'Europe. Le Conseil estime que s'il n'est pas possible pour un musulman résidant là-bas de devenir propriétaire par des moyens licites, il n'y a pas de mal à recourir au prêt usuraire pour acheter une maison nécessaire à son logement et celui de sa famille, sous trois conditions :
1. Ne pas posséder d'autre maison subvenant à ses besoins.
2. Que ce soit sa résidence principale.
3. Ne pas disposer d'un surplus financier permettant l'achat sans ce moyen.
Toutefois, l'avis que nous émettons est celui mentionné précédemment : l'interdiction de cette pratique, sauf en cas de nécessité absolue.
Et Allah sait mieux.
Recherche FatwasVous pouvez rechercher une fatwa à travers de nombreux choix
Le plus lu aujourd’hui