Qu’est-ce qu’al-Burda ?
Fatwa No: 87271

Question

Ma tante paternelle a épousé un homme, dont la famille porte un intérêt particulier à « al-Burda ». Pourriez-vous me dire ce que c’est ? Certains m’ont dit qu’ils se réunissent tous les jeudis jusque tard dans la nuit et se mettent à évoquer le Prophète (Salla Allahou Alaihi wa Sallam) en chantant, à réciter le Coran et à prier. Cette réunion dure de 18 h à 23 h. Est-ce licite ? Mes parents ne savent rien de cela, bien qu’ils appartiennent à une famille attachée aux préceptes de l’Islam. Nous avons récemment appris l’existence de cette réunion. Nous croyions que l’Islam consistait seulement à accomplir le Hadj, le jeûne et la prière, à prononcer les deux attestations, à s’acquitter de la Zakât, à lire le Coran et les hadiths et à mettre leurs enseignements en application. Mais le poème « al-Burda » me paraît bon. Pourriez-vous m’éclairer sur ce sujet ?

Réponse

Louange à Allah et que la paix et la bénédiction soient sur Son Prophète et Messager, Mohammed, ainsi que sur sa famille et ses Compagnons :

 

Ce poème appelé à « al-Burda » a été rédigé par un poète qui a fait l’éloge du Prophète () avec emphase et exagération, ce que le Prophète () lui-même a interdit en disant :

 

« N’exagérez pas dans mon éloge comme le firent les chrétiens avec le fils de Marie car je ne suis que le serviteur d’Allah. Dîtes donc : (il est) le serviteur d’Allâh et Son messager » (Boukhari).

 

Ce poète a dit, entre autres vers :

 

« Ô le plus excellent des êtres créés ! En quel autre que toi chercherai-je refuge en cette épreuve qui frappe tout le monde ?

 

Apôtre d’Allah, ta gloire ne sera point ternie par le secours que tu m’accorderas, au jour où Allah se manifestera sous le nom de Vengeur ».

 

Or, la recherche de refuge est un acte d’adoration, qui ne doit pas être voué à un autre qu’Allah, exalté soit-Il.

 

Il a aussi dit :

 

« J’ai droit à sa protection, puisque je porte le prénom de Mohammed, et personne n’est plus voué à la protection des créatures que lui »

 

Or, en disant cela, il a proféré un mensonge contre Allah, exalté soit-Il, et Son Prophète (), car aucun n’a droit à la protection d’Allah, exalté soit-Il, pour la simple raison qu’il porte le nom de Mohammed, mais par sa conformité à sa Sunna et son obéissance à ses ordres.

 

Il a poursuivi :

 

« Si, au Jour de la Résurrection, il ne me prenait pas par la main avec une bonté pleine de tendresse, je glisserais ».

 

Il compte ainsi sur une créature et oublie le Créateur, ce qui s’oppose catégoriquement à la confiance en Allah, exalté soit-Il, qui est le plus haut degré de la soumission.

 

Le Prophète () a affirmé à ses plus proches parents qu’il ne leur sera d’aucune utilité auprès d’Allah, exalté soit-Il. D’après Abû Hurayra, , lorsqu’Allah, exalté soit-Il, révéla (sens du verset) : « Et avertis les gens qui te sont les plus proches » (Coran 26/214), le Prophète () se leva et dit :

 

« Ô vous les Quraychîtes, rachetez vos âmes à Allah car je ne vous serai d’aucune utilité auprès d’Allah. Ô vous les membres du clan de 'Abd al-Muttalib, je ne vous serai d’aucune utilité auprès d’Allah. Ô 'Abbâs ibn 'Abd al-Muttalib, je ne te serai d’aucune utilité auprès d’Allah. Ô Fâtima, demande-moi autant d’argent que tu veux, mais je ne te serai d’aucune utilité auprès d’Allah » (Boukhari et Mouslim).

 

Somme toute, le croyant monothéiste n’implore ni n’invoque qu’Allah, exalté soit-Il, Seul, et ne demande pas au Prophète () après son décès d’intercéder en sa faveur auprès d’Allah, exalté soit-Il, mais il doit demander à Allah, exalté soit-Il, de lui faire mériter son intercession et de permettre au Prophète () d’intercéder en sa faveur le Jour de la Résurrection.

 

Il a ensuite dit :

 

« Car ce monde et le monde futur sont des effets de ta libéralité, et tous les décrets tracés par la Plume éternelle sur les Tablettes du Très-Haut, font partie de tes connaissances ».

 

Or, il est établi que l’homme ne peut offrir que ce qu’il possède, et que le bas monde et l’au-delà sont exclusivement dans les Mains d’Allah, exalté soit-Il. Mais ce poète dit le contraire, ce qui s’oppose diamétralement à la Parole d’Allah, exalté soit-Il, Qui dit (sens des versets) :

 

·        « À Allah appartiennent la vie future et la vie d’ici-bas » (Coran 53/25) ;

 

·        « À Nous appartient, certes, la vie dernière et la vie présente » (Coran 92/13).

 

Ni l’ici-bas ni l’au-delà n’appartiennent à Mohammed (), et nous n’avons pas été créés pour lui, comme le prétendent certains ignorants qui se basent sur un hadith apocryphe.

 

« Et tous les décrets tracés par la Plume éternelle sur les Tablettes du Très-Haut, font partie de tes connaissances ». Exagération et ignorance qui contredisent les textes authentiques qui affirment qu’Allah, exalté soit-Il, seul détient les clés de l’Invisible. Allah, exalté soit-Il, dit (sens des versets) :

 

·        « C’est Lui qui détient les clefs de l’Inconnaissable. Nul autre que Lui ne les connaît » (Coran 6/59) ;

 

·        « Dis : “Je ne détiens pour moi-même ni profit ni dommage, sauf ce qu’Allah veut. Et si je connaissais l’Inconnaissable, j’aurais eu des biens en abondance et aucun mal ne m’aurait touché. Je ne suis, pour les gens qui croient, qu’un avertisseur et un annonciateur” » (Coran 7/188).

 

Ces propos ne peuvent être adressés qu’à Allah, exalté soit-Il, car le bas monde et l’au-delà sont Ses bienfaits et les connaissances de la Tablette et de la Plume n’appartiennent qu’à Lui seul.

 

Quant au Prophète (), il ne sait de l’Inconnaissable (Ghayb) que ce qu’Allah, exalté soit-Il, lui a appris. Rien ne prouve dans le Livre ou la sunna qu’Allah, exalté soit-Il, l’a informé de ce qui se trouve dans la Tablette ou de ce que la Plume a tracé. Le Coran affirme même que le Prophète () ne connaissait pas de nombreux faits qui lui étaient contemporains. Allah, exalté soit-Il, dit (sens du verset) :

 

« Et parmi les Bédouins qui vous entourent, il y a des hypocrites, tout comme une partie des habitants de Médine. Ils s’obstinent dans l’hypocrisie. Tu ne les connais pas mais Nous les connaissons » (Coran 9/101).

 

Et citons, parmi les innombrables preuves dans la sunna et la biographie du Prophète ()  du fait qu’il ne connaissait pas ce qui se trouve dans la Tablette préservée, en dehors de ce dont Allah l’avait informé par la Révélation, ce qui s’est passé pendant la bataille d’Uhud, le fait qu’il () ait mangé de la brebis empoisonnée et la mort de l’un de ses Compagnons suite à cela, l’histoire de la Calomnie, les soucis du Prophète () relatifs à l’attaque des Banû al-Mustaliq et la révélation du verset dans lequel Allah, exalté soit-Il, dit (sens du verset) : « Ô vous qui avez cru ! Si un pervers vous apporte une nouvelle, voyez bien clair … » (Coran 49/6).

 

L’on sait ainsi que le fait de dire « ô toi à qui a été révélé le contenu de la Tablette, ou ô toi qui tiens la Plume » est également de l’outrance, et relève du mensonge et de l’ignorance religieuse.

 

En substance, il faut éviter l’éloge emphatique et s’en tenir à la modération et à la pondération.

 

Quant à la réunion de chaque jeudi pour réciter ce poème, en plus de quelques versets du Coran, cela constitue une innovation religieuse infondée, et il est illicite d’assister à cette réunion, sauf pour celui qui désire dénigrer cet acte blâmable. Nous vous conseillons de vous éloigner de cette innovation et de l’exagération contenue dans les pratiques de cette secte.

 

Et Allah sait mieux.

Fatwas en relation

Recherche Fatwas

Vous pouvez rechercher une fatwa à travers de nombreux choix

Le plus lu aujourd’hui