Les expéditions des savants et leur rôle dans la préservation des hadiths

Les expéditions des savants et leur rôle dans la préservation des hadiths
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Après le décès du Prophète () les conquêtes islamiques se multiplièrent, et l’Etat musulman connut une grande expansion, ce qui fut la réalisation de la promesse d’Allah, exalté soit-Il, d’accorder la victoire à Ses serviteurs croyants. Cette expansion fut suivie par de nouveaux événements et problèmes auxquels les gens firent face, et qui nécessitaient de mettre en évidence les prescriptions d’Allah, exalté soit-Il, et celles de Son Prophète () à leur propos. Les Compagnons se sont alors dispersés dans les pays lointains pour diffuser la religion d’Allah et transmettre les hadiths du Prophète (). Il n’existait aucun moyen de connaître les hadiths des Compagnons, si ce n’est en voyageant jusqu’à eux et en les apprenant d’eux. C’est ainsi que les expéditions s’accrurent et que les savants se mirent à voyager d’une région à une autre et d’un pays à un autre, à la recherche des hadiths du Prophète () supportant pour cela la fatigue et les difficultés.
Ces voyages eurent le plus grand impact sur la préservation de la Sunna, sa vérification, sa transcription et sa diffusion. En effet, le rapporteur avait ainsi l’occasion de voir celui dont il rapportait les hadiths, de connaître sa vie et de l’observer de près, tout comme il pouvait interroger les habitants de son pays à son sujet et connaître ainsi ses points forts et ses faiblesses. Ceci en plus des autres bénéfices que le voyage offrait, telle la connaissance des différentes chaînes de transmission du même hadith, ou le fait que le rapporteur entendait des ajouts de la part des savants du pays où il se trouvait ; ajouts qu’il n’avait pas entendus des savants de son pays. Il prenait également connaissance des circonstances entourant le hadith quand il rencontrait celui qui l’avait entendu directement du Prophète () Cela permettait de trouver une chaîne de transmission plus courte que celle des cheikhs de son pays, de témoigner des débats et discussions entre les savants et les narrateurs de hadiths sur les différentes chaînes de transmission et leurs versions, pour en connaître les faibles et les authentiques, outre les autres bienfaits inhérents aux voyages.
Un rapide aperçu des biographies des narrateurs donne une idée des difficultés que ces imams ont rencontrées et endurées, dans le but de préserver la Sunna et entendre les hadiths du Prophète () de leurs sources authentiques. Ceci a conduit à la large diffusion de la narration des hadiths parmi les savants dans les différents pays. Ainsi, alors qu’auparavant, un narrateur d’Egypte, par exemple, ne mémorisait et ne rapportait que les hadiths selon 'Abdallah ibn ‘Amr ibn al-’Âs et ceux qui avaient été en Egypte, il rapporta les hadiths selon Mu’âdh ibn Djâbal, Abû Dardâ’, Ibn 'Abbâs, Djâbir, et d’autres Compagnons. Et alors que le hadith n’était rapporté que d’une seule voie, il commença à l’être de plusieurs façons. Par ailleurs, alors que certaines régions, telles que Médine, étaient plus privilégiées que d’autres en matière de hadiths et de ceux qui les avaient mémorisés, les autres pays se mirent également à profiter de leur narration et de leurs applications au niveau des prescriptions, problèmes, actes cultuels et comportements. Tout ceci fut le résultat des déplacements des savants d’un pays à un autre, à la recherche des hadiths du Prophète (). Ainsi, il arrivait qu’un Compagnon voyage de Médine, ville du Prophète () et lieu d’origine du hadith, vers l’Egypte pour chercher un hadith qu’un autre avait entendu du Prophète ().
Les récits des savants et de leurs voyages sont tellement nombreux que nous ne pouvons les citer ici ; et l’on ne cesse de s’en émerveiller. Nous nous contentons d’en citer une petite partie pour comprendre les grands efforts qui ont été fournis par nos prédécesseurs pour rassembler les traditions prophétiques et les préserver. Ainsi, Abû Ayyûb al-Ansârî, qu'Allah soit satisfait de lui, voyagea de Médine vers l’Egypte pour interroger ‘Uqba ibn ‘Amir au sujet d’un hadith qu’il avait entendu du Prophète (). Une fois chez lui, il lui demanda : « Dis-nous de ce que tu as entendu le Prophète () dire au sujet du fait de cacher les fautes du musulman ; il ne reste que toi et moi à l’avoir entendu. » Et quand il eut fini d’entendre sa version, Abû Ayyûb reprit sa monture et retourna chez lui à Médine, sans faire halte.
Djâbir ibn Abdallah al-Ansârî, quant à lui, a entendu parler d’un hadith rapporté par un Compagnon qui se trouvait en Syrie, qui l’avait lui-même entendu du Prophète (). Il pensa que le fait de manquer un hadith du Prophète () était une chose grave. Il acheta alors un chameau, l’équipa pour le voyage et partit pendant un mois jusqu’à ce qu’il atteigne la Syrie. Le Compagnon en question était Abdallah ibn Unays et il lui dit : « J’ai entendu un hadith rapporté selon toi et que tu avais entendu du Prophète () au sujet de la loi du talion, et j’ai eu peur que tu ne décèdes ou que je ne meure sans l’avoir entendu. Il lui dit alors : « J’ai entendu le Prophète () dire : ‘Les gens seront rassemblés, le Jour de la Résurrection, sans vêtements, non circoncis, sans rien avec eux […]’ » et mentionna le hadith.
Les Tâbi’în ont suivi les pas des Compagnons sur cette voie. Et ainsi, l’un d’entre eux ne quittait son pays que pour aller chercher un hadith narré selon un Compagnon, et qu’il voulait entendre directement de lui sans intermédiaire. Abû al-‘Aliya dit : « Nous étions à Bassora et nous entendions une version de hadiths que des Compagnons de Médine avaient rapportée ; et nous ne fûmes satisfaits qu’une fois partis à Médine pour l’entendre de leurs bouches ».
Sa’îd ibn al-Mussayyib, qu'Allah lui fasse miséricorde, a dit : « Je voyageais pendant des jours et des nuits pour chercher un seul hadith ».
Al-Cha’bî narra un hadith à un homme et quand il finit, il lui dit : « Apprends-le sans fatigue ni peine, car l’un de nous voyageait jusqu’à Médine pour moins que cela ».
Les savants, après cela, ont continué sur cette même voie, jusqu’à ce que le voyage devienne une exigence de l’apprentissage, et une des caractéristiques particulières de l’érudit dans ce domaine par rapport aux autres. C’est pourquoi, quand l’imam Ahmed fut interrogé pour savoir si celui qui cherche la science religieuse devait rester auprès d’un savant et transcrire ce qu’il disait, ou voyager là où la science religieuse était abondante et entendre ce que les savants avaient à dire, il répondit : « Qu’il voyage et transcrive les paroles des gens de Koufa, Bassora, Médine et La Mecque, et qu’il teste les gens et écoute ce qu’ils rapportent ».
Yahya ibn Ma’în a dit : « Il y a quatre personnes chez lesquelles on ne décèle aucun bon sens, et il cita parmi elles un homme qui transcrit dans son pays et qui ne voyage pas à la recherche du hadith ».
Tous ces exemples, et tant d’autres, ne nous donnent qu’une petite idée de l’effort continu que les imams ont fourni et du travail assidu dont ils ont fait preuve dans leurs voyages et expéditions pour chercher les hadiths, les réunir et les vérifier, ce qui prouve l’attention minutieuse et l’immense intérêt qu’ils leur portaient. Il s’agit également d’un des moyens par lesquels Allah, exalté soit-Il, a préservé Sa religion et Sa Loi, en permettant à ces savants de mémoriser la Sunna de Son Prophète () et en leur faisant don de qualités qui leur ont permis de la conserver. En effet, nous n’avons reçu les hadiths qu’après que les Compagnons, les successeurs et les savants y eurent consacré toute leur vie. Qu’Allah, exalté soit-Il, les en rétribue généreusement.
Source : la section arabophone d’Islamweb

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