Louange à Allah et que la paix et la bénédiction soient sur Son Prophète et Messager, Mohammed, ainsi que sur sa famille et ses Compagnons :
Le principe de base pour le rétablissement des droits dans l'au-delà est le talion (Al-Qisas) : on puise dans les bonnes actions de l'oppresseur pour les donner à l'opprimé. S'il n'a plus de bonnes actions, on prend des péchés de l'opprimé pour les charger sur l'oppresseur. Cependant, si l'opprimé invoque contre son oppresseur [ici-bas], sa propre récompense diminue, la peine de l'oppresseur s'en trouve allégée, et la part de réparation qu'il mérite (via les bonnes actions de l'autre) s'en trouve réduite.
Ibn Rajab a mentionné dans son épître intitulée Résumé sur l'invocation de l'opprimé contre le voleur : « Si l'opprimé invoque contre son oppresseur ici-bas, il a recouvré une partie de son droit par cette invocation, et le fardeau de l'oppresseur s'en trouve allégé. C'est pourquoi le Prophète (
) a ordonné à Aïcha de patienter et de ne pas invoquer contre [le voleur], car cela l'allégeait. » At-Tirmidhi a rapporté d'après Aïcha que le Prophète (
) a dit : « Quiconque invoque contre celui qui l'a opprimé s'est fait justice... ». S'il invoque avec justice (proportionnellement au tort subi), cela est permis et il a ainsi recouvré une partie de son droit. Mais s'il transgresse dans son invocation, cela n'est pas permis.
Ibn Rajab s'est appuyé sur le hadith rapporté par Abû Dâwûd et Ahmad, d'après Aïcha : on lui avait volé une couverture et elle s'était mise à invoquer contre le voleur. Le Prophète (
) lui dit alors : « Ne l'allège pas (Lâ tusabbikhî 'anhu). »
L'authenticité de ce hadith fait débat : Al-Uqayli l'a jugé faible, et l'avis d'Al-Albani a divergé (il l'a d'abord jugé faible puis authentique). Abû Dâwûd explique : « Lâ tusabbikhî » signifie : « Ne l'allège pas ». Ibn al-Athir précise : « C'est-à-dire : n'allège pas le péché qu'il mérite pour son vol. »
Certains savants ont critiqué ce hadith en raison de son contenu (matn), s'interrogeant : « Comment le Prophète (
), lui qui est empreint de compassion pour sa communauté, pourrait-il dire "ne l'allège pas", alors que tant de textes incitent au pardon ? » Certains, dont Ibn Battal, l'ont interprété comme s'appliquant au cas d'un oppresseur non-musulman.
Quant à l'explication du hadith : « Quiconque invoque contre celui qui l'a opprimé s'est fait justice », Al-Munawi a dit dans Al-Taysir : « C'est-à-dire qu'il a puisé dans l'honneur de l'oppresseur, diminuant ainsi le péché de ce dernier... et la récompense de l'opprimé diminue en proportion. »
Ce hadith est considéré comme faible (da'if) par Al-Boukhari, At-Tirmidhi et Al-Albani.
À supposer qu'il soit authentique, il s'applique au cas où l'invocation est équivalente au tort subi : l'opprimé a alors recouvré son droit. Sinon, l'invocation peut alléger la peine sans forcément annuler tout le droit, ce qui est l'avis d'Ibn Rajab. L'invocation contre l'oppresseur est donc une forme d'allègement pour lui, entraînant par conséquent une baisse de la récompense de l'opprimé et la perte de ce qui est meilleur pour lui : le pardon ou l'abstention d'invoquer, conformément à la parole du Très-Haut : « Et celui qui endure et pardonne, cela en vérité fait partie des meilleures résolutions » (Coran 42/43).
Et Allah sait mieux.