Les avis juridique des oulémas concernant la tutelle (Wilaya) sur les filles

29-4-2026 | IslamWeb

Question:

À quel âge une fille devient-elle indépendante, tout en respectant les limites de la Charia (ne pas voyager sans Mahram, ne pas rentrer tard pour sa propre sécurité) ? J'ai lu dans l'une de vos fatwas que chez les Hanafites et les Hanbalites, la tutelle du père ne prend fin que lors de la consommation du mariage, alors que chez les Chafi'ites, elle s'arrête à la majorité.
Je ne compte pas me marier et j'ai des projets d'études et de travail après l'université. Je ne souhaite pas d'interférence dans ma vie, sauf si je commettais un acte illicite faisant l'objet d'un consensus chez les oulémas. Mon père a tendance à vouloir tout contrôler, allant jusqu'à se disputer avec moi pour savoir quel type de friandise j'ai acheté, alors que je n'ai jamais rien fait de répréhensible.

Réponse:

Louange à Allah et que la paix et la bénédiction soient sur Son Prophète et Messager, Mohammed, ainsi que sur sa famille et ses Compagnons :


Avant d'entrer dans le vif de la réponse à votre question, nous jugeons utile d'attirer votre bienveillante attention sur certaines orientations et balises qui, nous l'espérons, éclaireront votre chemin. Nous disons donc : il incombe au musulman de se soumettre aux jugements de la Loi (Charia) et de s'y conformer l'âme sereine et le cœur apaisé. Allah le Très-Haut dit :
"Non !... Par ton Seigneur ! Ils ne seront pas croyants aussi longtemps qu'ils ne t'auront pas fait juge de leurs disputes et qu'ils n'auront éprouvé nulle gêne pour ce que tu auras décidé, et qu'ils s'y soumettront totalement." (Coran 4/65).
Et Il dit également :
"Il n'appartient pas à un croyant ou à une croyante, une fois qu'Allah et Son Messager ont décidé d'une affaire, d'avoir encore le choix dans leur façon d'agir. Et quiconque désobéit à Allah et à Son Messager s'égare de toute évidence." (Coran 33/36). 
Ibn Kathir — qu'Allah lui fasse miséricorde — a dit dans son exégèse (Tafsir) :
"C'est-à-dire qu'ils ne trouvent en eux-mêmes aucune gêne face à ton jugement, et qu'ils s'y conforment tant extérieurement qu'intérieurement. Ils s'y soumettent ainsi d'une soumission totale, sans aucune opposition, ni résistance, ni contestation."
Comme il est d'ailleurs rapporté dans le hadith :
"Par Celui qui tient mon âme entre Ses mains, nul d'entre vous ne sera véritablement croyant tant que ses désirs ne seront pas conformes à ce que j'ai apporté.
Nous soulignons également que la mise en pratique des jugements de la Loi (Charia) ne dépend pas de l’établissement d’un consensus (Ijma') ou de l’accord de la majorité des oulémas. Au contraire, dès lors qu’un jugement prévaut chez une personne sur la base d’une preuve scripturaire — si elle est apte à en juger — ou par l’imitation (Taqlîd) d’un savant de confiance, il lui est obligatoire de s’y conformer. Il ne lui est alors pas permis d'en délaisser l'application ou d'en faire preuve de négligence sous le simple prétexte qu'il existe une divergence sur la question.
Ibn ‘Abd al-Barr — qu’Allah lui fasse miséricorde — a dit dans Jami’ Bayan al-‘Ilm wa Fadlih :
"La divergence n'est une preuve (Hujja) pour personne, à ma connaissance, parmi les jurisconsultes de la Nation (Umma), excepté pour celui qui n'a aucune clairvoyance, aucune connaissance, et dont la parole n'a aucune valeur d'autorité."

L'Islam a instauré la tutelle sur la femme pour sa préservation, son honneur et sa protection, et non pour diminuer sa capacité juridique. Toutefois, la tutelle et le droit à l'obéissance du père ne signifient pas l'autoritarisme ou l'ingérence oppressive, mais une responsabilité de protection des intérêts. Bien que votre père puisse se montrer exigeant, il reste la "porte centrale du Paradis" et son droit à la piété filiale ne tombe pas, même en cas d'injustice de sa part.
En principe, le père est la personne la plus soucieuse des intérêts de ses enfants et de leur bien, en raison de son expérience et de sa connaissance, alliées à la compassion envers eux qu’Allah a inscrite dans sa nature innée (Fitra).
Il est donc de votre devoir de faire preuve de piété filiale envers votre père et de lui obéir dans le bien (Al-Ma'ruf). À supposer qu’il se montre intraitable avec vous ou qu’il vous restreigne injustement dans certaines affaires, faites preuve de patience à son égard et veillez à honorer son droit autant que possible. Car le père est « la porte centrale du Paradis », et son droit sur vous est immense ; ce droit ne s’annule ni par son mauvais comportement, ni par son injustice envers son enfant.
Il vous incombe d'être polie avec lui en toute circonstance, de faire preuve d'humilité et de « baisser vers lui l'aile de la tendresse ». Prenez garde à ne pas l'offenser par des querelles ou des paroles rudes, car cela n'est pas permis.
Al-Qurtubi — qu'Allah lui fasse miséricorde — a dit dans l'exégèse de la parole du Très-Haut : « et dis-leur des paroles généreuses » :
« Il convient, en vertu de ce verset, que l'être humain se place vis-à-vis de ses parents dans une posture d'extrême humilité, tant dans ses paroles que dans ses silences et ses regards. »
Et il est rapporté dans le livre Al-Birr wa al-Sila d'Ibn al-Jawzi, d'après Yazid ibn Abi Habib :
« Chercher à avoir raison contre son père (imposer son argument) est une forme d'ingratitude filiale ('Uquq). »


Nous vous recommandons également de ne pas tarder à vous marier et à fonder une descendance, car cela comporte des intérêts considérables. Le Docteur Muhammad al-Sabbagh — qu'Allah le préserve — écrit :
« L'instinct de prolongement à travers la progéniture et les petits-enfants ne peut être pleinement savouré par une personne saine que par le mariage. Tout comme votre père a été bon envers vous en étant la cause de votre présence en ce monde, il convient de lui rendre ce bienfait par la piété filiale et la fidélité, en offrant au monde un noble rejeton dont vous assurerez l'éducation, faisant ainsi revivre le nom de votre père et inscrivant ses bonnes actions dans votre propre registre. Il suffit, pour celui qui refuse de procréer, comme marque d'ingratitude, d'être la première personne à rompre cette chaîne qui commence avec Adam pour finir par lui. » (Extrait de Regards sur la famille musulmane).


Vous pourrez, tout en étant mariée, poursuivre vos études, particulièrement si vous en faites une condition auprès de votre prétendant.

Ces conseils du cœur précèdent l'exposé des avis des jurisconsultes que voici :


L'école Hanafite : La fille vierge et pubère, si elle est encore jeune (hadithat al-sinn), demeure sous la tutelle de son père (la tutelle sur la personne). Il doit l'intégrer à son foyer et ne l'autorise pas à vivre seule. Quant à celle qui est plus âgée, dotée de discernement et de raison, elle peut vivre indépendamment de son père si sa moralité est en sécurité. Ibn Nujaym précise dans Al-Bahr al-Ra’iq : « Dès lors qu'elle a pris de l'âge, qu'elle dispose d'un avis propre et de raison, les tuteurs n'ont plus le droit de l'intégrer de force ; elle peut s'installer où elle le souhaite tant qu'on ne craint rien pour elle. » Leur argument est que la jeune fille vierge attise les convoitises et manque d'expérience pour ne pas être trompée.


L'école Malikite et l'avis authentique des Hanbalites : La tutelle sur la fille vierge pubère ne prend fin qu'au moment où son époux consomme le mariage.
-    Chez les Malikites : Al-Majlisi écrit dans Lawami’ al-Durar : « Quant à la jeune fille, la mise sous tutelle (Hajr) se poursuit concernant sa propre personne jusqu'à la fin de sa garde lors de la consommation du mariage. » Leur argument est que la fille a plus besoin de protection et de soin que le garçon. Al-Abhari précise dans Al-Ma'una : « La fille a besoin de garde jusqu'à ce qu'elle se marie [...] car elle est l'objet de demandes en mariage, et la simple puberté ne lui donne pas la connaissance de ses propres intérêts. Les prétendants sont plus attirés par celle qui est sous l'aile de ses parents que par celle qui vit seule. »
-    Chez les Hanbalites : Il est dit dans Al-Insaf : « Si la jeune fille devient pubère et douée de raison, il lui est obligatoire de rester chez son père jusqu'à ce que son mari la reçoive. » Ibn Qudama (Al-Mughni) ajoute : « La garde ne s'applique qu'à l'enfant ou au dément. Quant au majeur mature (Rashid), il n'y a plus de garde sur lui et il a le choix de résider chez l'un de ses parents. S'il s'agit d'un homme, il peut vivre seul. Mais s'il s'agit d'une fille, elle ne peut s'isoler car son père doit l'en empêcher par crainte qu'un corrupteur ne l'approche, jetant ainsi l'opprobre sur elle et sa famille. »


L'école Chafi'ite : Selon l'avis retenu par les savants tardifs, la tutelle sur la fille finit à la puberté. Al-Khatib al-Shirbini (Mughni al-Muhtaj) explique : « Si elle est pubère et mature (Rashida), il est préférable qu'elle reste chez ses parents [...] car cela l'éloigne de toute suspicion. Cependant, elle a le droit de loger où elle veut, même moyennant loyer, tant qu'il n'y a pas de doute sur sa conduite. »


En conclusion : Les jurisconsultes stipulent que dans les questions sujettes à divergence, l'obéissance aux parents est obligatoire s'ils ordonnent l'une des deux options, même si l'enfant juge l'autre avis plus probant, à moins que cet ordre ne conduise à commettre un acte illicite ou à délaisser une obligation.

Et Allah sait mieux.
 

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