Les conditions du jeûne et de la prière pour le marin
Fatwa No: 305413

Question

Salama haleykoum,
Je travaille en mer et pars pour de longues périodes. Je souhaiterais donc savoir si en étant en voyage durant tout le mois de Ramadan il est possible de rattraper le jeûne de tout le mois à son retour et quelles sont les conditions du jeûne pour le voyageur (j'ai entendu dire qu'il fallait que le voyageur soit sorti avant al-fajr pour qu'il puisse ne pas jeûner ce jour-là) ?
- Qu'en est-il également si le jeûneur n'est pas sorti avant le fajr et qu'il voyage rapidement sur une grande distance et que par ce fait la journée de jeûne peut dépasser les 24h voir 25h (exemple : avion pour les États-Unis) ?
- Dernière question : pour la prière du voyageur, si le voyageur sort après al-duhr, lui est-il permis de regrouper les prières, et s'il sort après al-asr lui est-il permit de ne regrouper que al-maghrib et al-icha ?
Je vous remercie d’avance pour vos réponses.
Baraka Allahou fikoum

Réponse

Louange à Allah et que la paix et la bénédiction soient sur Son Prophète et Messager, Mohammed, ainsi que sur sa famille et ses Compagnons :


Si, en dehors de votre bateau, vous avez un logement sur terre que vous rejoignez et que votre bateau n’est pas votre résidence principale, c’est-à-dire que vous n’y résidez pas toute l’année, dans ce cas, il n’y a alors pas de mal à ce que vous profitiez de la permission accordée au voyageur pour regrouper et raccourcir vos prières ainsi que pour rompre votre jeûne du mois de Ramadan. Par contre, si le bateau est votre résidence principale, les oulémas divergèrent alors concernant le fait d’utiliser ces facilités accordées au voyageur. Cheikh al-Islâm, qu'Allah lui fasse miséricorde, a dit : « Il est permis à celui qui est généralement en voyage de rompre son jeûne s’il a un pays dans lequel il réside comme le cas du commerçant qui apporte des nourritures et d’autres marchandises, le cas du chamelier qui transporte ces marchandises, le cas du messager qui voyage dans l’intérêt des musulmans ou encore le cas du marin qui possède un logement sur la terre ferme. Quant à celui qui voyage en compagnie de sa femme et transporte sur son bateau tout ce dont il a besoin et est tout le temps en voyage, il ne lui est pas permis de raccourcir ses prières ni de rompre son jeûne… »


L’imam al-Nawawî a dit : « Il est permis de raccourcir la prière en voyage sur un bateau, car cela est compris dans le terme voyage cité dans le Coran et la Sunna, que ce voyage soit exceptionnel ou habituel. Cela est également permis pour le marin qui voyage en permanence en mer accompagné de sa famille et avec son argent ainsi que pour le chamelier et autres ; il leur est permis de raccourcir la prière si leur voyage dépasse une certaine distance équivalente à 48 miles hachémites sur terre. Cependant, le mieux reste pour eux de ne pas raccourcir la prière comme l’a mentionné l’Imam al-Châfi’î, et c’est l’avis sur lequel se sont accordés ses disciples. C’est également l’avis de Mâlik, Abû Hanîfa, Dâwûd et d’autres si ce n’est que l’Imam Abû Hanîfa émit la condition de trois marâhil (distance qui ne peut être parcourue qu’en trois étapes). Quant à al-Hasan ibn Sâlih et Ahmad ibn Hanbal, ils déclarèrent qu’il n’est pas permis au marin de raccourcir la prière, car il réside avec sa famille et ses biens. La preuve sur laquelle nous nous basons (les chaféites) est qu’il est voyageur… » (Al-Madjmû’)


Le voyageur peut rompre son jeûne même s’il commence son voyage après le Fajr et a déjà entamé son jeûne selon notre avis. L’important est qu’une personne ne peut tirer profit des facilités accordées au voyageur que si elle entreprend un voyage d’au moins 83 kilomètres. Si la personne désire tout de même jeûner durant son voyage, elle ne doit alors rompre son jeûne qu’au moment où le soleil se couche là où elle se trouve, et cela, aussi longue que soit la journée sauf si elle se trouve dans un endroit où le soleil ne se couche jamais durant 24 heures, dans ce cas, la personne doit rompre son jeûne en suivant l’horaire du plus proche pays où le soleil se couche. Enfin, si une personne part en voyage après l’entrée de l’heure de la prière du Dhuhr, il lui est alors permis de regrouper les prières du Dhuhr et du ‘Asr même s’il est plus prudent de ne pas raccourcir la prière du Dhuhr étant donné qu’elle n’avait pas encore commencé son voyage au moment du début de l’horaire de cette prière. Cependant, si la personne raccourcit cette prière, nous espérons qu’il n’y ait pas de problème à cela.


Ibn Qudâma a dit : « Concernant la personne qui voyage après le début de l’horaire d’une prière, ibn ‘Aqîl a dit : "Il existe deux versions (chez l’Imam Ahmad) à ce propos : la première est qu’il peut la raccourcir. Ibn al-Mundhir a dit à ce propos : ‘’Tous les oulémas que nous connaissons s’accordent sur le fait que cette personne peut raccourcir sa prière.’’ Cet avis est également celui de l’Imam Mâlik, d’al-Awzâ’î, d’al-Châfi’î et des adeptes de l’école hanéfite, car la personne a commencé son voyage avant la fin de l’heure impartie à cette prière et se trouve ainsi dans le même cas que celle qui commence son voyage avant le début de l’horaire de cette prière." La seconde version est que cette personne ne peut pas raccourcir sa prière, car elle lui est devenue obligatoire alors qu’il n’était pas encore en voyage et elle a donc l’obligation de l’accomplir sans la raccourcir tout comme si elle avait commencé son voyage une fois le temps imparti à cette prière terminé… » (Al-Mughnî)

Et Allah sait mieux.

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