La femme

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Le recours au destin ou à la prédestination -II-

Le recours au destin ou à la prédestination -II-
11890 1726

Louanges à Allah. Paix et salut sur Son Prophète.

Celui qui se sert du destin pour se justifier dit : nous ne serons pas responsables de nos actes car ils sont prédestinés par Allah. Comment pourrait-il en être autrement ?  

On lui dit : on ne nous jugera pas en fonction de ce qui est prédestiné, mais en fonction de nos œuvres que nous avons accomplies. Il ne nous est pas ordonné d’agir en fonction de ce qu’Allah a prédestiné, mais conformément aux ordres que nous avons reçus. Car il y a bien une différence entre ce qui est voulu pour nous et ce qui est voulu de nous. Le premier nous est inconnu tandis que le second fait l’objet d’un ordre que nous devons exécuter.

Le fait qu’Allah ait connu cela depuis toujours et l’ait écrit ne constitue pas une preuve puisque Son omniscience n’implique que la connaissance de ce que les créatures vont faire (durant leur existence). Ce qui ne veut pas dire qu’elles sont contraintes d’agir dans un sens ou dans un autre.

Voici, toutes proportions gardées, un exemple tiré de la réalité vécue : si un maître sait que l’un de ses élèves est paresseux et négligeant et ne va pas réussir et si l’élève ne réussissait pas comme prévu par le maître, pourrait-on dire que le maître l’a contraint à échouer ! ? L’élève lui-même pourrait-il dire : je n’ai pas réussi parce ce que le maître savait que je ne réussirai pas ! ? »

En somme, le fait de se servir du destin pour justifier ses actes de désobéissance ou l’abandon des obligations est une excuse sans fondement et qui est réfuté aussi bien du point de vue de la loi religieuse que de celui de la raison et de la réalité vécue.

Il convient de souligner que beaucoup de gens qui évoquent le destin pour se justifier ne le font pas par conviction. Car leur attitude ne repose que sur la passion et l’entêtement. C’est pourquoi certains Oulémas disent à leurs propos : « Quand tu obéis, tu évoques le destin et quand tu désobéis tu évoques la contrainte; tu choisis les doctrines en fonction de ta passion ».  Voir Madjmou' Al Fatawa, 8/107.

Les propos ci-dessus cités signifient ceci : quand on fait un acte d’obéissance, on reconnaît en avoir pris librement l’initiative et on rejette qu’Allah soit intervenu. Mais quand on commet un péché on évoque le destin et on l’attribue à Allah.

Cheikh Al-Islam Ibn Taymiya, qu’Allah lui accorder Sa miséricorde, a dit : « Si ces gens persistent dans cette croyance, ils deviennent plus mécréants que les Juifs et les Chrétiens » (Madjmou al-Fatawa, 8/262).

Il n’est certes pas permis au fidèle de se servir du destin pour justifier ses manquements et péchés. Cependant on peut évoquer le destin à l’avènement des malheurs qui frappent l’homme comme la pauvreté, la maladie, la perte d’un proche, la destruction des cultures, la perte de biens, l’homicide involontaire, etc. Car adopter une telle attitude traduit la plus grande satisfaction d’avoir Allah comme Maître. Ce sont bien les malheurs qu’il faut justifier par le destin et non les manquements. Le fidèle bienheureux demande à Allah le pardon à ses manquements et endure les malheurs en application de la parole du Très-Haut (sens du verset): « Endure donc, car la promesse d’Allah est vérité, implore le pardon pour ton péché et célèbre la gloire et la louange de ton Seigneur, soir et matin. » (Coran 40/55). Le malheureux, lui, s’affole en cas de malheur et évoque le destin pour justifier ses manquements.  

Cela s’illustre à travers cet exemple. Si quelqu’un commet un excès de vitesse, provoque un accident et se sert du destin pour répondre aux reproches qui lui seraient faites, son argument ne serait pas accepté. En revanche, si quelqu’un heurte un véhicule garé, le propriétaire pourrait évoquer le destin si on lui reprochait d’avoir subi ce dommage, à moins qu’il n’ait mal garé sa voiture.

Il s’agit d’expliquer qu’il est injuste d’évoquer le destin pour justifier des actes volontaires. Quant aux actes involontaires, on peut les justifier en évoquant le destin. C’est pourquoi Adam eut raison de Moïse (Alaihim Assalam) selon les propos du Prophète, , évoquant une discussion engagée par les deux hommes en ces termes :

 " Moïse dit à Adam :    C’est à cause de ta faute que nous avons été expulsés du Paradis ? Adam lui dit : Toi Moïse qu’Allah a favorisé en t’investissant de Son message et en t’adressant directement la parole. Pourtant tu me reproches quelque chose qu’Allah a inscrit dans mon destin avant même de me créer ? » Adam l’emporta ainsi sur Moïse. " (Rapporté par Muslim).

Adam ne s’est pas servi du destin pour justifier son péché comme l’ont cru certains qui n’ont pas bien réfléchi sur le Hadith. Moïse non plus n’a pas reproché à Adam d’avoir commis un péché puisqu’il savait qu’Adam s’était repenti et avait obtenu le pardon  suivi de sa distinction par son Maître et qui s’est manifestée par son ajustement. Or le bon repentir est comme celui qui n’a jamais péché.

« Si Moïse avait reproché à Adam d’avoir commis un péché, Adam lui aurait répondu : j’ai bien commis un péché, mais je me suis repenti et Allah m’a pardonné. Il lui aurait dit encore : et toi Moïse tu as tué un homme et jeté les tableaux, etc. La stricte vérité est que Moïse lui en  a voulu d’avoir provoqué un malheur et Adam lui a opposé le destin ». Voir Al-Ihtidjadj Bil Qadr par Cheikh Al-Islam Ibn Taymiya, 18-22.

« Les malheurs décrétés par Allah doivent être subis avec soumission. Celle-ci constitue la meilleure expression de la reconnaissance d’Allah comme Maître .S’agissant des péchés, nul n’a le droit de les commettre. Si toutefois on en commet, le pécheur doit solliciter le pardon divin, se repentir des manquements et rester ferme dans les malheurs ». Charh At-Tahhawiya, 147.

Avertissement

Certains Oulémas pensent qu’il est permis au repenti d’évoquer le destin pour se justifier. Si quelqu’un lui reproche d’avoir commis un péché dans le passé, malgré son repentir, il lui serait permis d’évoquer le destin pour se justifier. Si on disait à un repenti : pourquoi tu as fait cela ? Il pourrait répondre : « C’était dû au jugement et au décret divin. Mais je me suis repenti et j’ai sollicité le pardon » Cette réponse serait acceptable. Car le péché est devenu un malheur (qui fait parti du passé). Le fautif n’évoque pas le destin pour justifier sa négligence, mais pour expliquer le malheur qu’il a subis à travers sa désobéissance à Allah. Nul doute que la désobéissance fait partie des malheurs. Il s’agit ici d’évoquer le destin pour justifier un acte déjà accompli et pleinement assumé par son auteur. Et il n’est permis à personne de reprocher à un repenti le péché qu’il a commis. Car ce qui compte, c’est la perfection atteinte en fin de parcours et non les défauts des débuts. 

 

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