Pouvez-vous m'éclairer sur jihad an-nafs, le destin et la destinée, ainsi que sur la place du Shaytan dans tout cela ?
Fatwa No: 526126

Question

Je suis complètement perdu dans ma compréhension de certaines choses. Un cheikh disait qu’il fallait combattre l’âme, car on peut éloigner le Shaytan en se plaçant sous la protection d’Allah, et que nous causons nous-mêmes certaines choses à cause de notre âme. Aujourd’hui, je ne comprends plus bien le jihad an-nafs, le destin et la destinée, ainsi que la place du Shaytan. Cela veut-il dire qu’il ne fait que nous insuffler des pensées, et que l’âme est naturellement mauvaise, donc que les êtres humains le sont de base ?

Réponse

Louange à Allah et que la paix et la bénédiction soient sur Son Prophète et Messager, Mohammed, ainsi que sur sa famille et ses Compagnons :

Les propos du cheikh sont exacts dans leur principe général, mais ils nécessitent d’être précisés et encadrés. Certes, on ne peut triompher de l’âme et du diable qu’avec l’assistance et le secours d’Allah, et la passion (al-hawâ) constitue la cause principale du dépassement des limites fixées par Allah. Toutefois, cela ne signifie nullement que l’homme soit dépourvu de libre arbitre, ni que l’âme soit un mal absolu sans aucun espoir de réforme, ni qu’elle soit, à l’inverse, un bien pur naturellement soumise à l’obéissance. Bien au contraire, le serviteur est tenu de lutter contre son âme, et Allah – Exalté soit-Il – lui a promis l’assistance s’il est sincère. Le Coran indique clairement que l’âme connaît plusieurs états :
Le premier état : l’âme incitatrice au mal (an-nafs al-ammâra bi-s-sû’).
Allah, le Très-Haut, dit :
Certes, l’âme incite fortement au mal, sauf celle à laquelle mon Seigneur fait miséricorde (Coran 12/53).
Il s’agit de l’état de l’âme lorsqu’elle est abandonnée sans purification ni lutte spirituelle.
Le deuxième état : l’âme qui se blâme elle-même (an-nafs al-lawwâma).
Allah, le Très-Haut, dit :
Et je jure par l’âme qui se blâme (Coran 75/2).
C’est l’âme du croyant qui commet un péché, puis éprouve du regret et se reproche sa faute.
Le troisième état : l’âme apaisée (an-nafs al-muṭma’inna).
Allah, le Très-Haut, dit :
Ô toi, âme apaisée (Coran 89/27).
C’est l’âme que le serviteur a disciplinée dans l’obéissance et purifiée jusqu’à ce qu’elle s’y apaise et s’en contente ; Allah l’agrée alors et lui accorde Son agrément.

Ainsi, l’âme n’est pas créée avec une inclination innée vers la désobéissance, mais elle y est disposée, tout comme elle est disposée à l’obéissance.
Par le combat contre l’âme (jihâd an-nafs), on entend : contraindre l’âme à obéir à Allah et l’empêcher de suivre ses passions, tout en sollicitant l’aide d’Allah. Allah, le Très-Haut, dit :
Quant à ceux qui luttent pour Notre cause, Nous les guiderons certes sur Nos voies (Coran 29/69).
Les savants ont dit : le combat contre l’âme est le fondement de tout combat ; le serviteur ne peut triompher de son ennemi extérieur qu’après avoir triomphé de son ennemi intérieur (son âme).
Le combat contre l’âme comprend notamment :
– la lutte pour apprendre la vérité,
– la lutte pour la mettre en pratique,
– la lutte pour persévérer dans l’obéissance,
– la lutte pour délaisser la désobéissance.

Quant au diable, il ne possède aucun pouvoir de contrainte sur l’homme ; il se contente d’embellir la désobéissance, d’y inviter, de détourner de l’obéissance et de pousser au report et à la procrastination. Allah, le Très-Haut, rapporte les paroles d’Iblîs :
Je n’avais sur vous aucun pouvoir, si ce n’est que je vous ai appelés et que vous m’avez répondu (Con 14/22).
Quoi qu’il en soit, la ruse du diable est faible, comme Allah, le Très-Haut, l’a dit :
La ruse du diable est certes faible (Coran 4/76).
Le diable est comparable à un voleur : il n’entre que lorsqu’il trouve une porte ouverte.

Concernant le lien entre le décret et la prédestination (al-qaḍâ’ wa-l-qadar) et la désobéissance, les gens de la Sunna affirment que toute chose se produit par le décret et la prédestination d’Allah, tout en maintenant que le serviteur agit par choix. Allah – Exalté soit-Il – ne contraint pas le serviteur à la désobéissance. Il dit :
Que celui qui veut croie, et que celui qui veut mécroie (Coran 18/29),
et Il dit également :
Elle [l’âme] aura ce qu’elle aura acquis, et elle portera la responsabilité de ce qu’elle aura commis (Coran 2/286).
En résumé : l’âme est disposée aussi bien au bien qu’au mal ; le diable est un incitateur et non un contraignant ; la passion est le carburant de la désobéissance ; le décret et la prédestination n’annulent pas la responsabilité ; le combat contre l’âme est une obligation permanente ; et la réussite ne vient que d’Allah, le Très-Haut.

Et Allah sait mieux.

Fatwas en relation