Invoquer Allah pour la mort du compagnon djinn (qarîn)
Fatwa No: 534013

Question

Est-il permis d’invoquer Allah pour que le démon parmi les djinns – le compagnon (qarîn) – meure, ou cela constitue-t-il une transgression dans l’invocation ?

Réponse

Louange à Allah et que la paix et la bénédiction soient sur Son Prophète et Messager, Mohammed, ainsi que sur sa famille et ses compagnons :


L’érudit Muslim rapporte dans son Sahîh, d’après Ibn Masʿûd (qu’Allah soit satisfait de lui), que le Prophète () a dit :
Il n’est aucun d’entre vous sans qu’un compagnon parmi les djinns ne lui ait été assigné.
Les Compagnons demandèrent :
Même toi, ô Messager d’Allah ?
Il répondit :
Même moi. Toutefois, Allah m’a accordé Son secours contre lui, si bien qu’il est devenu musulman ; dès lors, il ne m’ordonne que le bien.
L’expression il est devenu musulman (fa-aslama) a été rapportée selon deux lectures :
•    avec une voyelle damma sur la lettre mîm (fa-uslimu), auquel cas le sens est : je suis préservé de son mal ; 
•    avec une voyelle fatha (fa-aslama), auquel cas le sens est : le compagnon est devenu musulman . C’est cette interprétation qu’a retenue l’imam an-Nawawî dans son commentaire du Sahîh Muslim, en disant : 
C’est l’interprétation retenue, en raison de la parole du Prophète : “Dès lors, il ne m’ordonne que le bien.” Fin de citation.


Une autre explication est que le compagnon s’est soumis, s’est humilié et a cessé de tenter le Prophète. Al-Mubârakfûrî écrit dans Mirʿât al-Mafâtîh :
Les savants ont divergé au sujet de la lecture avec la fatha. Certains ont dit que aslama signifie : “il s’est soumis, s’est humilié et s’est résigné”. Cette version est d’ailleurs rapportée dans d’autres ouvrages que le Sahîh Muslim sous la forme : fa-staslama (“il s’est soumis”). D’autres ont estimé qu’elle signifie qu’il est réellement devenu musulman et croyant. L’imam an-Nawawî a déclaré : “C’est là le sens apparent.” Fin de citation.


En résumé, être préservé des insufflations et des tentations du compagnon (qarîn), quelle que soit l’interprétation retenue, constitue une particularité propre au Prophète ().
Or, invoquer Allah pour la mort du compagnon implique nécessairement d’être délivré de son mal et de ses insufflations. Une telle situation ne peut se réaliser pour quiconque en dehors du Prophète (). En effet, sa parole :
Il n’est aucun d’entre vous sans qu’un compagnon ne lui ait été assigné , est formulée de manière générale et ne peut souffrir d’exception sans preuve.
Al-Mubârakfûrî commente :
L’expression : “Il n’est aucun d’entre vous…” est une négation générale. La particule min renforce cette négation afin d’englober tous les individus, sans exception. Fin de citation.


Les savants ayant traité des particularités prophétiques ont d’ailleurs mentionné que la conversion du compagnon du Prophète faisait partie de ses spécificités. Ainsi, As-Suyûtî écrit dans Al-Khasâʾis al-Kubrâ :
Chapitre : La particularité du Prophète () consistant en la conversion de son compagnon (qarîn). Fin de citation.
Dès lors, invoquer Allah pour la mort du compagnon (qarîn) – ce qui implique d’être définitivement préservé de son mal – revient à demander une chose impossible, puisqu’une telle préservation a été exclusivement accordée au Prophète (), à l’exclusion de tous les autres êtres humains.
Une telle invocation constitue donc une transgression dans l’invocation, car demander ce dont il est établi qu’il ne se réalisera jamais selon le décret d’Allah, ou ce qui est impossible du point de vue de la législation islamique, relève de la transgression dans les invocations, comme nous l’avons expliqué dans la fatwa n° 246418 .


Et Allah sait mieux.

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