Le caractère méritoire de solliciter d'Allah le bien conjointement avec la préservation (al-‘âfiyah) et le salut, sans s'exposer à l'épreuve
Fatwa No: 536806

Question

Il m'a été rapporté que l'un des quatre imams fondateurs disait qu'il implorait Allah de lui faciliter la mémorisation du Coran, puis qu'il fut emprisonné et qu'il le mémorisa en détention. Cela signifie-t-il que nous devons systématiquement assortir nos invocations d'une demande de facilitation ou de préservation (‘âfiyah), ou encore définir un mode précis d'exaucement afin de prévenir la survenance d'un quelconque préjudice ?

Réponse

Louange à Allah et que la paix et la bénédiction soient sur Son Prophète et Messager, Mohammed, ainsi que sur sa famille et ses Compagnons :


Ce qui est rapporté à travers certains récits concernant des pieux prédécesseurs ou des savants — à supposer leur authenticité établie — mentionnant qu'ils avaient demandé à Allah la disponibilité pour acquérir la science ou mémoriser le Coran, puis qu'ils furent éprouvés par l'emprisonnement qui leur procura isolement et temps libre, relève du dessein divin providentiel (tadbîr Allah) et de Sa bienveillance envers Ses serviteurs vertueux en convertissant les afflictions en gratifications. Cela ne constitue nullement une règle juridique établissant que l'exaucement ne s'opérerait qu'au prix du tourment ou de l'épreuve.


Par conséquent, il n'est point obligatoire selon les fondements de la Loi sacrée que celui qui formule une invocation pour la mémorisation du Coran, l'acquisition de la science ou l'octroi des subsistances subordonne sa requête au terme exprès de la préservation (al-‘âfiyah). L'invocation dépourvue de cette mention restrictive demeure valide, licite et exempte de tout blâme. Toutefois, il est hautement recommandé et relève de l'excellence dans l'intelligence de l'invocation et de ses convenances spirituelles de solliciter d'Allah la préservation (al-‘âfiyah), l'immunité contre le mal (al-mu‘âfâh) et la facilitation, associées à toutes les autres requêtes.


Des textes scripturaires explicites orientent le fidèle à demander à Allah le bien conjointement avec la sécurité et la santé, tout en s'abstenant de s'exposer délibérément à l'affliction. On compte parmi ces preuves :


1.    Le Messager d'Allah () a dit :
Demandez à Allah le pardon et la préservation (al-‘afwa wa-l-‘âfiyah), car nul n'a reçu, après la certitude de la foi (al-yaqîn), de bien supérieur à la préservation. (Rapporté par At-Tirmidhî).


2.    Le Prophète () entendit un homme dire : Ô Allah, je Te demande la patience ! Il lui dit alors :
Tu as demandé à Allah l'épreuve ; demande-Lui plutôt la préservation (al-‘âfiyah). (Rapporté par At-Tirmidhī).


3.    D'après Anas (qu'Allah soit satisfait de lui), le Messager d'Allah () rendit visite à un homme musulman si affaibli qu'il était devenu chétif comme un oisillon. Le Messager d'Allah () lui demanda :
Formulais-tu une invocation ou Lui demandais-tu quelque chose de particulier ?
Il répondit : Oui, je disais : Ô Allah, le châtiment que Tu me réserves dans l'au-delà, hâte-le-moi en ce bas monde.
Le Messager d'Allah () s'exclama : Gloire à Allah ! Tu ne pourrais l'endurer — ou tu en serais incapable. Que ne disais-tu : "Seigneur ! Accorde-nous belle part ici-bas, et belle part aussi dans l'au-delà ; et protège-nous du châtiment du Feu" ? Puis le Prophète invoqua Allah en sa faveur, et Allah le guérit. (Rapporté par Muslim).


Par ailleurs, il n'est pas prescrit au serviteur d'imposer à Allah des conditions relatives aux modalités ou aux voies précises d'exaucement, car l'ordonnancement d'Allah pour Son serviteur est infiniment meilleur que l'agencement de l'homme pour lui-même. De surcroît, l'excès de détails techniques dans la formulation peut s'apparenter à une transgression dans l'invocation (al-i‘tidâ’ fî ad-du‘â’).


La voie la plus accomplie consiste donc à formuler ses requêtes auprès d'Allah, le Très-Haut, (telles que la mémorisation du Coran, les subsistances ou le savoir bénéfique) au moyen de formules synthétiques et universelles (jawâmi‘ al-kalim), tout en implorant la facilitation, la bénédiction, la préservation et la quiétude tant pour sa pratique religieuse que pour sa vie terrestre, en disant par exemple :
Ô Allah, facilite-moi la mémorisation de Ton Livre dans la préservation et la paix (fî ‘âfiyatin wa-salâmah).


Enfin, selon Busr ibn Arṭâh al-Qurashî, ce dernier a dit : J'ai entendu le Messager d'Allah () invoquer en ces termes :
Ô Allah, rends heureuse notre issue dans l'ensemble de nos affaires, et préserve-nous de l'ignominie en ce monde et du supplice dans l'au-delà. (Rapporté par Ahmad).


Et Allah sait mieux.

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