Les avis juridiques concernant celui qui s'interdit à lui-même une chose licite Fatwa No: 538675
- Fatwa Date:19-10-2026
Quel est le statut juridique de la parole d'une épouse adressée à son époux : Qu'il me soit interdit de te préparer des gâteaux ou des pâtisseries — sachant qu'elle ignorait la portée juridique de cette formule ?
Cette énonciation entraîne-t-elle l'obligation d'une expiation (kaffâra) ou d'une autre sanction légale ? Et quelle en est la nature ?
(À noter qu'elle a prononcé cette formule en deux circonstances distinctes : une première fois sous le coup de la colère, et une seconde sur le ton de la plaisanterie).
Louange à Allah et que la paix et la bénédiction soient sur Son Prophète et Messager, Mohammed, ainsi que sur sa famille et ses Compagnons :
Il existe une divergence doctrinale parmi les juristes quant au fait de s'interdire ce qui est licite en dehors de l'épouse :
Les écoles hanafite et hanbalite considèrent qu'une telle déclaration constitue un serment formellement contracté. Par voie de conséquence, si l'auteur du serment y contrevient (se parjure), il est légalement tenu d'accomplir une expiation de serment (kaffârat yamîn).
Ibn Nujaym a exposé dans Al-Bahr al-Râ’iq :
Sa parole : (Et celui qui s'interdit ce qu'il possède légitimement ne le rend pas illicite) signifie : la chose ne devient pas intrinsèquement illicite pour lui, car cela équivaudrait à subvertir et modifier l'ordonnancement de la Loi religieuse, pouvoir qui ne lui appartient nullement, Allah Très-Haut étant Seul souverain pour substituer ou modifier les statuts. S'il déclare cette chose permise — c'est-à-dire s'il la traite comme un bien licite en accomplissant l'acte qu'il s'était défendu d'exécuter —, il est alors redevable de l'expiation du serment, en application de la parole d'Allah, le Très-Haut : Ô Prophète ! Pourquoi t'interdis-tu ce qu'Allah t'a rendu licite ? jusqu'à la fin des deux versets (Coran 66/1 et 2). Fin de citation.
Ibn Qudâma affirme dans Al-Kâfî :
Quiconque s'interdit à lui-même une chose en déclarant : “Ce qu'Allah a rendu licite m'est interdit”, cette formule vaut serment, qu'elle soit énoncée de manière absolue ou subordonnée à une condition. La preuve en est la parole d'Allah, Exalté soit-Il : Ô Prophète ! Pourquoi t'interdis-tu ce qu'Allah t'a rendu licite... jusqu'à Son propos : Allah vous a prescrit l'expiation de vos serments (Coran 66/1 et 2), ce qui désigne l'acte expiatoire. Fin de citation.
Les écoles malikite et chaféite soutiennent, à l'opposé, qu'il s'agit d'un propos vain et sans effet juridique (laghw), n'astreignant à aucune expiation.
Il est mentionné dans Al-Sharh al-Saghîr de l'imam al-Dirdîr le malikite :
Le fait de déclarer illicite ce qui est licite, en dehors du lien matrimonial, est nul et sans effet (laghw) et n'engendre aucune obligation légale. Par suite, celui qui affirme : “Tout ce qui est licite m'est interdit”, ou “La viande ou le blé me sont interdits si j'accomplis tel acte”, puis qui le commet néanmoins, n'est passible d'aucune obligation expiatoire. Fin de citation.
On lit également dans Asnâ al-Matâlib, ouvrage de référence en fiqh chaféite :
Si une personne déclare illicite un objet autre que les rapports conjugaux légitimes — en disant par exemple : “Ce vêtement, cet aliment m'est interdit” —, aucune expiation ne lui incombe, à la différence de ce qui touche aux liens conjugaux, qui obéissent à un principe particulier de haute précaution juridique. Fin de citation.
La doctrine consacrant l'obligation d'une expiation est l'avis le plus prépondérant à nos yeux, et c'est celui selon lequel nous délivrons nos avis juridiques.
Les modalités de cette expiation reposent sur une option au choix entre l'affranchissement d'un esclave croyant, la nourriture de dix personnes nécessiteuses ou leur habillement convenable. Quiconque se trouve dans l'incapacité financière ou matérielle d'exécuter l'une de ces trois options doit jeûner trois jours.
Enfin, il appartient à tout musulman et à toute musulmane de maîtriser son langage, d'éviter l'usage de telles formules — que ce soit avec sérieux ou en plaisantant— et de ne formuler que des paroles vertueuses.
Et Allah sait mieux.