Entre la fatalité de la réalité et la réprobation du mal

Entre la fatalité de la réalité et la réprobation du mal
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Il ne fait aucun doute que la Religion commence déjà à donner des signes de dépaysement conformément aux prophéties de l'Envoyé d'Allah () qui avait dit: «L'islam était étrange à son commencement et redeviendra étrange ! Que les gens étranges soient heureux ! Eux qui assainiront les mœurs quand les gens se dépraveront.». (Rapporté par Al Tabarani).

 Par les gens étrangers il faut entendre : «ceux qui restent réformateurs quand les autres deviennent corrompus», ou, plus précisément : «ceux qui réparent ceux que les autres déforment (après moi) de ma Sunna» (rapporté par al-Tirmidhi).
Parmi les signes de cette étrangeté il y a le fait qu'il surgira une communauté de croyants qui aura le dessus comme le dit le Messager d'Allah (): «Il subsistera toujours une troupe de ma nation: triomphateurs sur le faux et nullement affectés par ceux qui les lâcheront ! Ils demeureront ainsi jusqu'au Jour du Jugement.»
Tant les membres de ce groupe resteront sur la bonne voie, celle de la Vérité, ils seront toujours vainqueurs et ils ne souffriront guère quand bien même les autres les laissent tomber ou carrément s'opposent à eux. A vrai dire le fait qu'ils soient sur la Vérité constitue une révélation de taille de ce Hadith.
Aucun individu ou groupe de cette Ouma ne sera sur la Vérité, en matière de lutte (djihad) ou de prédication que si, et seulement si, il suit la voie tracée par le Messager d'Allah () en la matière et celle de ses nobles compagnons et leurs successeurs qui sont restés fidèles à la Sunna (sens des versets): « Dis : "Voici ma voie, j'appelle les gens [à la religion] d'Allah, moi et ceux qui me suivent, nous basant sur une preuve évidente. Gloire à Allah ! Et je ne suis point du nombre des associateurs.» (Coran : 12/108
 « Et quiconque fait scission d'avec le Messager, après que le droit chemin lui est apparu et suit un sentier autre que celui des croyants, alors Nous le laisserons comme il s'est détourné, et le brûlerons dans l'Enfer. Et quelle mauvaise destination ! » (Coran 4/115).
Parmi les principales caractéristiques de l'approche prophétique pour appeler à Allah figure en bonne place l'effort consenti pour désavouer le mal, effort dont personne n'est exempté comme l'indique le hadith: «Quiconque parmi vous voit un mal, qu'il le désavoue». S'il y a exemption elle se situe au niveau de la responsabilité qui est soumise à une hiérarchie où chacun répond selon sa part de responsabilité et sa compétence à agir.
Mouslim, dans son Sahih, rapporte ce qui suit sur l'autorité d'Abu Bakr Ibn Abi Shaybah qui rapporte sur l'autorité de Wakee’ qui le tient de Soufyan Qais ibn Mouslim qui le tient lui aussi de Tariq Ibn Shihab qui a dit: «Le premier à faire le sermon le jour de l'Aïd avant la prière, fut Marwan Ibn Abd Al-Malik. Quand il eut fini de le faire un homme s'est levé pour lui faire remarquer que la prière doit se faire avant le sermon. Marwan lui dit: "Laissons les choses ainsi. Abou Said () dit alors: « Cet homme (l’homme qui venait d’exhorter Marwan) s'est acquitté de son devoir (d’ordonner le bien et de désavouer le mal). En effet j'ai entendu le Messager d'Allah dire: " Celui d’entre vous qui voit un mal qui est fait, qu’il l’empêche de ses mains ; s’il ne peut le l’empêcher de cette façon, qu’il le désavoue par sa langue ; s’il ne peut aussi faire cela, alors qu’il condamne dans son fort intérieur. Et cette dernière option constitue le plus faible degré de foi." »
Cet incident comporte l'hiérarchisation de la réprobation du mal par la langue de la part d'un certain homme ainsi que de celle d'Abou-Saïd qui, tous les deux, n'ont pas eu la possibilité de concrétiser leur désaveu par leurs propres mains. Du point de vue jurisprudence, la concrétisation du désaveu par la main et par la langue incombe à ceux qui en ont la possibilité (conformément aux règles islamiques). Quant au désaveu par le cœur il s'agit d'un devoir général correspondant au dernier degré de la foi."
Par les temps qui courent nous souffrons d'une calamité qui consiste à interpréter l'abandon de l'effort de réprobation du mal comme étant une réalité avec laquelle il faut désormais compter qu'on le veuille ou non. C'est le langage tenu et entretenu par les défaitistes de cette Ouma.
Cette méthode est à l'opposée de celle adoptée par le Prophète () qui, ayant reçu sa mission alors que la Sainte Mosquée était pleine à craquer d'idoles que les hommes, toutes catégories confondues, adoraient comme des égaux à Allah, n'a pas envisagé le cas comme étant un fait accompli ni, non plus, comme étant une réalité fatale. Au contraire il a appelé haut et fort à l'adoration du Dieu unique, Allah, le Seigneur de l’Univers, à l'abandon des idoles et de tout ce qui est contraire au commandement d'Allah.
Cela a été clair dans les esprits des ambassadeurs et des messagers qui ont toujours expliqué aux autres la nature et la vocation de leur prêche. Il ne se passa alors que quelques années par rapport à l'âge des nations, et voilà que la boussole de l'autorité tourne et que la réalité fatale change, ou même se transforme de fond en comble et que la péninsule arabique devienne la péninsule de l’Islam.
Nous avons un potentiel plus important et plus solide que toutes les données découlant des événements, il s'agit du potentiel de la foi et de la confiance en l'aide d'Allah Qui dit (sens des versets): « Et lorsque tu lançais (une poignée de terre), ce n'est pas toi qui lançais : mais c'est Allah qui lançait, et ce pour éprouver les croyants d'une belle épreuve de Sa part ! Allah est Audient et Omniscient. » (Coran : 8/17 »
 «Et ton Seigneur révéla aux Anges : "Je suis avec vous : affermissez donc les croyants. Je vais jeter l'effroi dans les cœurs des mécréants. » (Coran : 8/12)
 «En effet, Notre Parole a déjà été donnée à Nos serviteurs, les Messagers, que ce sont eux qui seront secourus, et que Nos soldats auront le dessus.» (Coran : 37/171-173)
«Mais si vous êtes endurants et pieux, leur manigance ne vous causera aucun mal. Allah connaît parfaitement tout ce qu'ils font.» (Coran : 3/120
« Allah a promis à ceux d'entre vous qui ont cru et fait les bonnes œuvres qu'Il leur donnerait la succession sur terre comme Il l'a donnée à ceux qui les ont précédés. Il donnerait force et suprématie à leur religion qu'il a agréée pour eux. Il leur changerait leur ancienne peur en sécurité. Ils M'adorent et ne M'associent rien et celui qui mécroit par la suite, ce sont ceux-là les pervers.» (Coran : 24/55).
Une action soutenue couronnée de succès de la part d'Allah
L'effort visant à s'inscrire en faux contre le mal est une action persévérante et soutenue que couronnera, à coup sûr un succès accordé par Allah.
Au troisième siècle de l'Hégire la Ouma a été sérieusement secouée par l'incident dit incident de la création du Coran qui fut une occasion pour tester la perspicacité des oulémas. Tellement la situation était devenue grave que certains oulémas en sont venus à adopter une position qui sent la complaisance alors que d'autres se sont réfugiés derrière une interprétation des textes qui va dans le sens souhaité par les autorités de l’époque. En dépit de cela Ahmad ibn Hanbal As-Shaybani, de surcroît salafiste pur, n'accepta pas de se plier devant ce fait accompli, de s'y adapter ou de composer avec, loin s'en faut ! Il cria haut et fort pour réclamer le rétablissement de la vérité et pour la réprobation du mal devant la plus haute autorité pour dire de vive voix que "le Coran qui est la Parole d'Allah est une révélation incréée".
En conséquence il a été battu, fouetté et porté à dos d'animaux pour bien l’indisposer. De plus les imams Moutazilites ont réclamé qu'il soit passé par les armes. Tout cela n'a pas réussi à entamer sa détermination ou à le faire revenir sur sa position malgré les actes de torture pratiqués sur lui par trois khalifs successifs : Al Maamoun, Al Moutassim et Al Wathiq. Il persista et signa (sur sa fatwa) tout en restant imperturbable jusqu'à ce qu'Allah lui donna victoire avec l'arrivée du calife Al Mutawakkil qui appuya la Sunna et ses adeptes et réprima l'hérésie et ses promoteurs de tout bord.
Je me demande comment les choses allaient évoluer si Ahmad ibn Hanbal s'était tout bonnement plié devant le fait accompli? Que de malheurs allait il attiré sur notre Ouma ! Serait-il qualifié pour être l'imam d'Ahl as-Sunna wal Jamaa?
Au XIIe siècle de l'Hégire la Péninsule arabique a atteint son paroxysme en différentes formes et couleurs de polythéisme soutenu et appuyé par des forces tyranniques constituées de chefs de clans et de tribus ainsi que par des ulémas qui, au lieu de s'y opposer, ont cherché à faire bon ménage avec lui. Tout cela n'a pas, loin s'en faut, plié Mouhammad ibn Abd al-Wahhab At-Tamimi pour l'empêcher de proclamer haut et fort, au prix certes de conflits de longue durée, de guerres et de batailles inlassables, la nécessité d'adorer Allah l'unique et de ressusciter les fondements même de la religion. Il aurait pu, à l'instar des autres ulémas de son époque, garder un silence complaisant pour ne pas dire coupable sur les ravages du polythéisme. S'est-il plié devant le fait accompli? Comment les choses allaient elles évoluer si seulement il s'était dit: «Nous devons renforcer chez nous la culture d'immunité et donc on n'a pas besoin de détruire les signes du polythéisme tels les tombeaux, les images, etc.?
Pour l'imam innovateur et réformateur qu'il est, il ne s’agissait, ni plus ni moins, que d'une fatalité sous forme d'un test qu'il fallait tout faire pour ne pas y échouer. Dans son esprit il fallait s'efforcer de faire intervenir, doucement mais sûrement, un changement radical lequel nécessite bien sûr la combinaison de l'enseignement, de l'éducation, du Jihad islamique et de la politique. Qu'Allah le couvre par Sa vaste miséricorde.
C'est ainsi que s'y prennent innovateurs et réformateurs. D'ailleurs la victoire et l'autorité ne sont accordées qu'à ceux qui (accomplissent la Salat, acquittent la Zakat, ordonnent le convenable et interdisent le blâmable) [Coran: 22/40] ceux là même qui n'ont accepté ni de se plier au fait accompli, ni de se croire, quand le mal se répand, être devant une fatalité contre laquelle rien ne peut ni ne doit être fait.
Une chose est sûre : ceux qui sont sur la bonne voie n'ont qu'une seule et unique voie de conduite, celle du Hadith: «
Quiconque parmi vous voit un mal il doit s'efforcer de le désavouer».
Les défaitistes se bercent d'une illusion qu'ils appellent "la culture de l'immunité" alors que ceux qui sont sur la bonne voie marchent d'un pas confiant empruntant un chemin éclairé, celui de la résistance aux hérésies de tout bord. Seul Allah peut nous venir en secours.

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