Al-Fudayl Ibn 'Iyâd

Al-Fudayl Ibn
12535 1960

Il avait en permanence la crainte d'Allah, exalté soit-Il, et pleurait toujours. On ne le voyait que versant des larmes abondantes. Lorsque l'on évoquait le Nom d'Allah, exalté soit-Il, en sa présence, il était envahi de crainte et de peur et tous ses membres frémissaient. Qui est cet homme dont le cœur était submergé par la foi ?
Il avait été auparavant désobéissant et Allah, exalté soit-Il, lui accorda le repentir et en fit un de Ses serviteurs croyants. Il se transforma d'un brigand qui terrifie les gens en un ascète adorateur d'Allah, exalté soit-Il. Le récit de son repentir fut le suivant : un jour il grimpait de nuit le mur d'une maison et, tout d'un coup, il entendit une voix récitant le verset coranique où Allah, exalté soit-Il, dit (sens du verset) :
" Le moment n’est-il pas venu pour ceux qui ont cru, que leurs cœurs s’humilient à l’évocation d’Allah et devant ce qui est descendu de la vérité [le Coran]" (Coran 57/ 16).
Al-Fudayl dit après avoir entendu ce verset : "Si, mon Seigneur, le moment est venu de le faire". Il revint alors et, en route, passa par une terre dévastée et y trouva un groupe de gens dont certains dirent : "Si nous partions !" D’autres dirent : "Il vaut mieux attendre le matin, car al-Fudayl nous attaquerait peut-être si nous passions maintenant." Al-Fudayl dit alors : "Je me hâte de commettre des péchés la nuit et, en plus, il y a ici un groupe de musulmans qui a peur de moi ! Je pense qu'Allah, exalté soit-Il, ne m'a fait venir près d'eux que pour me dissuader et m’obliger à me repentir. Ô Allah, je me repens et je m'installerai à côté de la Maison sacrée comme preuve de l'authenticité de mon repentir." Il fit de son installation à côté de la Maison sacrée, où résident la miséricorde et la bénédiction, un des aspects de son repentir, un lieu où il invoquait Allah, exalté soit-Il, implorait Son pardon et regrettait les péchés qu'il avait commis et ses négligence envers ce qu’Allah, exalté soit-Il, lui a ordonné de faire.
Al-Fudayl naquit dans le Khorasan, puis il partit pour Koufa en Iraq où il apprit les nobles hadiths prophétiques et le fiqh (jurisprudence) auprès des oulémas comme al-A'mach, Yahia Ibn Sa'îd l’ansarite et Dja'far as-Sâdiq. Cet apprentissage l’influença tellement qu'il devint un ascète ayant conscience que la vie d'ici-bas ne vaut pas aux yeux d'Allah, exalté soit-Il, le poids d’une aile de moustique et qu’elle ne mérite pas qu'on entre en concurrence pour en jouir, car elle est éphémère. Il vaut mieux donc œuvrer pour l’au-delà qui est éternel en faisant le bien et en évitant les désobéissances. Al-Fudayl partit par la suite à La Mecque et s'y installa jusqu'à sa mort.
Lorsqu'il sortait pour suivre un cortège funèbre avec les gens, il en profiter pour les exhorter tout en leur rappelant l'au-delà et quand ils atteignaient le cimetière, il s'asseyait, terriblement affligé, en pleurant sans cesse. Le calife Harûn Ar-Rachîd l'interrogea un jour : "Quelles sont les caractéristiques du croyant, ô ascète ?". Al-Fudayl lui dit : "Les caractéristiques du croyant sont les suivantes : beaucoup de patience, la récompense dont il jouira dans l'au-delà pour cette patience, la pondération et le regret constant pour ses péchés passés".
Al-Fudayl Ibn 'Iyâd passa près d'un groupe de gens riches et il les trouva en train de jouer, boire et se distraire. Il leur dit alors en élevant la voix : "La clé de tous les bienfaits est le détachement des plaisirs de ce bas monde". Un d'eux lui demanda : "Et en quoi consiste le détachement des plaisirs de ce bas monde ?". Al-Fudayl lui répondit : "Il consiste en la sobriété et à se contenter de qu’on a, et c’est dans ces deux choses que réside la véritable richesse. Car la richesse ne réside pas dans le grand nombre de biens et d’enfants, mais dans la frugalité de l’âme et le contentement dans ce bas monde, pour triompher dans l’au-delà. Puis il se dirigea vers Allah, exalté soit-Il, en L'invoquant : "Ô Allah, fais que nous soyons détachés des plaisirs de ce bas monde, car c’est ainsi qu’est possible la réforme de nos cœurs et de nos œuvres ainsi que la réalisation de toutes nos demandes et le succès de nos requêtes".
Harûn Ar-Rachîd accomplit une fois le pèlerinage et demanda à un de ses compagnons de lui indiquer un homme pour lui poser une question et celui-là lui désigna al-Fudayl. Ils se rendirent tous les deux chez al-Fudayl qui les accueillit et leur dit : "Lorsque 'Umar Ibn Abd 'Azîz fut nommé calife, il appela des gens vertueux et leur dit : 'J'ai été éprouvé par cette épreuve (il désignait par là le pouvoir), conseillez-moi donc.' 'Umar a donc considéré le califat comme une épreuve alors que vous le considérez, vous et vos compagnons, comme un bienfait. Ar-Rachîd pleura alors. Son compagnon dit à al-Fudayl : "Soit doux envers le prince des croyants !". Al-Fudayl riposta : "Toi et tes compagnons, vous le tuez (en ne le conseillant pas) et moi, je dois être doux envers lui ! ". Ar-Rachîd lui dit alors : "Conseille-moi encore plus qu'Allah t'accorde Sa miséricorde !". Al-Fudayl se mit alors à le sermonner et à le conseiller. Puis il dit à Harûn Ar-Rachîd : "Ô toi qui as un beau visage, Allah t'interrogera sur ces créatures le Jour de la Résurrection. Donc si tu peux épargner à ton visage le feu, fais-le. Prends garde à avoir dans ton cœur, matin ou soir, la moindre intention de duper tes sujets, car le Messager () a dit : " Tout gouverneur qui a un pouvoir sur ses sujets musulmans et meurt alors qu'il les dupe, se verra interdire l’entrée au Paradis " (Boukhari et Mouslim). Harûn pleura alors et lui dit : "Es-tu endetté pour que je rembourse tes dettes ?".
- "Oui, je suis endetté à l’égard de mon Seigneur qui ne m'a pas encore demandé de comptes sur cette dette. Et malheur à moi s'Il me juge. Malheur à moi si l'on ne m'inspire pas un argument à avancer lors du jugement", dit al-Fudayl.
- "Je désignais tes dettes envers les serviteurs d'Allah, exalté soit-Il", lui répondit Harûn.
- "Allah ne m'a pas ordonné de faire cela. Il m'a ordonné plutôt de croire à Sa promesse et d'obéir à Ses ordres", dit Al-Fudayl.
- "Prends ces mille dinars. Dépense-les pour tes enfants et fortifie-toi grâce à eux pour pouvoir adorer ton Seigneur", dit Harûn.
- "Gloire et pureté à Allah ! je t'indique le chemin du salut et tu me récompenses en me donnant une chose pareille. Qu'Allah te garde et t'accorde le succès !", dit al-Fudayl puis il se tut et ne leur parla pas. Ar-Rachîd et son compagnon sortirent alors de chez lui ; al-Fudayl était très modeste et avait l’impression en permanence qu'il était négligent quant à ses obligations envers Allah, exalté soit-Il, en dépit de ses prières et de ses nombreux actes d'adoration.
- Al-Fudayl tomba un jour malade et on l'entendit alors dire : "Fais-moi miséricorde pour mon amour pour Toi ! Rien ne m'est plus aimé que Toi". Al-Fudayl Ibn ‘Iyâd, l'adorateur d’Allah détaché des plaisirs de ce bas monde, s'installa à La Mecque jusqu'à sa mort en 187 de l'hégire. Et on l’appela là-bas Cheikh al-Haram al-Makkî (le cheikh de la Mosquée sacrée de La Mecque).


- (Source: Encyclopédie de la Famille Musulmane)

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