La gravité des innovations en matière de religion (bida’)

La gravité des innovations en matière de religion (bida’)
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Allah, exalté soit-Il, dit (sens des versets) : « Prenez ce que le Messager vous donne ; et ce qu'il vous interdit, abstenez-vous-en ; et craignez Allah, car Allah est dur en punition ». (Coran : 59/7)
« Celui qui rompt avec le Messager [d’Allah] après avoir vu clairement la voie du salut, et qui suit un chemin autre que celui des croyants, Nous l’abandonnerons au triste sort qu’il a choisi, puis Nous le jetterons dans la Géhenne, quel mauvais destin ! » (Coran : 4/115).
D’après al-Mouttalib Ibn Hâtîb (qu’Allah soit satisfait de lui), le Prophète () a dit : « Je n’ai laissé aucune chose qui vous rapproche d’Allah sans vous enjoindre de l’accomplir, et je n’ai laissé aucune chose qui vous éloigne de lui et qui vous rapproche du Feu, sans vous interdire de la faire » (al-Hakim et al-Bayhaqi).
D’après Jabir Ibn Abdallah (qu’Allah soit satisfait de lui), le Prophète () a dit : « Prenez garde aux choses nouvellement inventées, car chaque chose nouvellement inventée est une innovation, et toute innovation est un égarement ». (Rapporté par Mouslim). Dans une version de ce hadith rapportée par l’Imam Ahmed dans son Mousnad : « Prenez garde aux innovations, car toute innovation est un égarement ».
D’après Aisha (qu’Allah soit satisfait d’elle), le Prophète () a dit : « Quiconque innove dans notre religion-ci une chose qui n’en fait pas partie verra son innovation rejetée » (Rapporté par Boukhari et Mouslim).
D’après Anas (qu’Allah soit satisfait de lui), le Prophète () a dit : « […] Et celui qui fait revivre ma Sunna m'aime. Et celui qui m'aime sera avec moi dans le Paradis » (at-Tabarâni).
A la base des versets et hadiths susmentionnés les Oulémas ont établi que quiconque accomplit un acte d’adoration qui n’a pas été prescrit par le Messager d’Allah () verbalement, qu’il n’a pas accompli lui-même ou qu’il n’a pas approuvé, ne fait que s’éloigner de la Sunna du Prophète () et de la voie suivie par ses compagnons (qu’Allah soit satisfait d’eux) aux dépens de la voie de la perdition et de l’égarement.
En effet, pour les oulémas suivre la Sunna du Prophète () consiste à:
- accomplir les actes qu'il () a faits, ordonnés de faire ou approuvés
- délaisser les actes qu’il () a délaissés. En effet, délaisser ce que le Prophète () a délaissé parmi les actes d’adoration fait partie de sa Sunna. Il n’est pas autorisé, par exemple, d’adorer Allah en faisant l’appel pour la prière de l’Aïd ou la prière mortuaire (Salat al-djanaza), bien que ce soit une formule de rappel et une forme de vénération d’Allah – exalté soit-Il – tout simplement parce que le Prophète () ne l’a pas fait et que suivre sa Sunna consiste à ne pas le faire.
Les Compagnons (qu’Allah soit satisfait d’eux) l’ont compris ainsi et n’ont cessé de mettre les gens en garde contre toute sorte d’innovation dans la religion, à l’instar de Houdhayfa Ibn al-Yaman et Abdallah Ibn Mas’oud (qu’Allah soit satisfait d’eux).
Le premier avait l’habitude de dire : « Tout acte d’adoration que les Compagnons du Messager d’Allah () n’ont pas fait, alors ne le faites pas ».
Quant au second, il disait souvent à ses disciples : « Suivez [ceux qui vous ont précédés] et n’innovez pas, car ce que vous avez [reçu comme révélations] vous suffit, alors tenez-vous-en à l’ancien commandement [c’est-à-dire le Coran, la Sunna et les faits des Compagnons] ».
Les innovations en matière de religion n’ont pas toutes le même degré de gravité : certaines sont des actes de mécréance pure (kufr), d’autre d’associationnisme (shirk) et d’autres sont d’un degré de gravité moindre. Cependant, la moindre innovation que la personne puisse commettre dans la religion – aussi petite soit-elle - est interdite à partir du moment où il est devenu clair que c’est une innovation. Donc, il ne faut pas croire – comme certains le pensent – que certaines innovations font partie des choses détestables (makrouh) seulement. Comment en serait-il ainsi alors que le Prophète () a dit : « Toute innovation est égarement et tout égarement mène en Enfer », c’est-à-dire qu’il mène celui qui le commet à l’Enfer. L’adjectif indéfini « toute » marque l’idée d’intégralité [et englobe donc toutes les innovations sans exception].
L’imam Ash-Shatiby a démontré cela de la meilleure manière dans son excellent ouvrage Al-I’tissam. L’innovation est donc une chose extrêmement grave et la plupart des gens n’en sont pas toujours conscients ; seul un groupe parmi les savants sait cela. Il suffit comme preuve à cela la parole du Prophète () : « Allah a suspendu le repentir de tout innovateur, jusqu’à ce qu’il délaisse son innovation » (Rapporté par at-Tabarani et adh-Dhiya al-Maqdisi et qualifié d’authentique par al-Albânî).
L’Imam al-Hassan ibn ‘Aly al-Barbahary (qu’Allah lui fasse miséricorde) qui faisait partie des plus grands savants musulmans des premières générations, (mort en l’an 329 de l’hégire) nous laissa le conseil suivant :
« Méfiez-vous des petites innovations, car les petites innovations se répètent jusqu’à ce qu’elles deviennent grandes. Et chaque innovation qui a été commise dans la communauté [des musulmans] était au début, petite et elle ressemblait à la vérité. Puis, celui qui s’est mis à la pratiquer fut trompé au point où il ne parvînt plus à s’en défaire, et l’innovation s’agrandit. Puis, les gens la considérèrent comme une religion qu’il faut pratiquer. Examinez soigneusement – qu’Allah vous fasse miséricorde - tout ce que vous entendez dire des gens de votre époque en particulier, et n’acceptez rien d’eux avant de vous posez la question : est-ce que l’un des Compagnons du Prophète () ou un savant en a parlé ? Si vous en trouvez trace [chez les Compagnons ou les savants], alors prenez ce que vous avez entendu, et tenez-vous-en sans le dépasser ou le délaisser pour rien d’autre, car en procédant ainsi vous vous préservez de l’égarement qui conduit à l’Enfer. Sachez - qu’Allah vous fasse miséricorde – que l’Islam du musulman n’est complet que s’il suit [les textes révélés], y croit et s’y soumet. Celui qui prétend qu’il reste des choses de l’Islam que les Compagnons de l’Envoyé d’Allah () ne nous ont pas montré de manière suffisante, les a traités de menteurs. Ce point suffit comme division [qu’il a créée entre eux et lui] et comme insultes [qu’il a proférées envers eux], et c’est un innovateur, un égaré, qui égare et appelle les gens à l’égarement et qui a inventé dans l’Islam une chose qui n’en fait pas partie ».
Qu’Allah fasse miséricorde à l’imam Mâlik, qui a dit : « Le succès des dernières générations ne s’obtiendra qu’à travers ce qui a fait le succès de la première génération de cette communauté. Ce qui ne faisait pas partie de la religion à cette époque-là n’en fait pas non plus partie aujourd’hui ».

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