Les nouveaux orientalistes

Les nouveaux orientalistes
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Il y a quelques dizaines d’années les écrits de certains orientalistes spécialistes du Coran, comme l’allemand Horowitz et le hongrois Bernat Hiller, ou spécialistes des hadiths prophétiques, comme Gold Tashir ou Joseph Chart entre autres, ont eu beaucoup de crédit auprès de certains individus égarés de notre communauté. Lesquels ont ensuite instillé des doutes (chubuhât) dans l’esprit des gens à propos du Noble Coran, de la Sunna prophétique ou encore de l’histoire et l’héritage scientifiques et culturels de la Oumma. Certains d’entre eux justifiaient ce déversement de mensonges en prétextant que leurs pseudo-travaux étaient des recherches sérieuses, ce fut le cas par exemple de Muhammad Ahmad Khalafallah dans son essai sur l’art de la narration dans le Coran ou d'Abû Rabba dans ses écrits sur la Sunna prophétique.
Il est essentiel de noter que certains partisans des partis gauchistes ou des mouvements athéistes ont rapidement adhéré à ces chubuhât, puis ils les ont diffusées dans les médias et dans leurs clubs et cercles culturels et de réflexion afin de mettre à bas l’opposabilité de la Charia et de combattre tout simplement et tout bonnement l’Islam. C’est lors de cette période que les oulémas de l’Islam ont commencé à s’opposer aux coups de boutoir orientalistes, ils mirent ainsi en évidence la fausseté et l’aspect erroné de ces projets prétendument considérés par leurs auteurs comme étant des recherches menées avec une neutralité rigoureuse et pour lesquelles auraient été employés les outils de savoir modernes pour ce qu’il s’agit de la critique et de l’analyse.
C’est au début de cette période qu’a été lancée une nouvelle offensive dont le but était clairement de réveiller et de dynamiser ces chubuhât orientalistes, et ce, avec un style parfois agressif, âpre et provocateur, comme l’ont fait notamment Nasr Hâmid Abû Zayd ou Muhammad Arkûn, ou bien avec un style parfois rusé et vicieux, comme l’a fait le docteur Muhammad ‘Âbid al-Djâbirî, lequel prétextait également qu’il accomplissait là un authentique travail de chercheur et il prétendait en outre qu’il faisait une critique de l’héritage islamique en utilisant des outils de savoir inhérent à cet héritage.
Le rôle de la plupart de ces pseudo-chercheurs se résume à ruminer ces chubuhât, à les répéter et à les reformuler encore et encore, mais le résultat final de leurs travaux est toujours le même. Si Muhammad Khalafallah, Arkûn ainsi que ‘Azîz al-‘Udhma prétendent que les histoires coraniques sont des légendes sans fondement aucun, de son côté al-Djâbirî prétend que le contexte de ces récits coraniques n’ont aucune valeur historique ; en fait, pour al-Djâbirî ces histoires ne seraient que des allégories porteuses d’enseignements et de leçons, comme c’est le cas selon lui de l’histoire imprécise des deux hommes et des deux jardins ou bien encore du dialogue entre les gens du Paradis et ceux de l’Enfer alors que le Jour du Jugement n’a pas encore eu lieu. Al-Djâbirî use de cette même interprétation erronée pour toutes les histoires des prophètes qu’il évoque, pour lui leur seule vocation est d’être un rappel (c’est-à-dire un avertissement ou une leçon à méditer). Toujours selon lui, « nous n’avons pas à nous interroger sur l’authenticité d’une histoire derrière laquelle il y a des exemples montrant à ceux qui les lisent quels attitude ou comportement adopter ; en fait, le but de l’exemple n’est pas de savoir si les personnages qui en sont les acteurs ont existé, mais il est de communiquer un enseignement, telle est notre vision des histoires coraniques. La vérité dans ce domaine – que cela concerne l’exemple ou l’histoire – n’est pas dans le fait de chercher à savoir si les personnages mis en scène dans les histoires et les exemples correspondent à une réalité historique, mais la vérité dépend de l’imaginaire et de la réalité de celui qui les écoute ».
Si la plupart des orientalistes professent des propos clairement mensongers sur la mise en ordre du Coran, al-Djâbirî quant à lui loue les grands efforts qui ont été consentis pour rassembler et mettre en ordre le Coran, mais selon lui : « Il n’y a aucune preuve évidente que des choses aient été rajoutées ou enlevées dans le Coran que tout le monde lit depuis qu’il a été rassemblé et mis en ordre à l’époque du Calife ‘Uthmân ibn ‘Affân ; cependant, avant cela le Coran était éparpillé sur des feuilles et dans les poitrines des Compagnons, il est donc certain que les parties du Coran que détenait tel ou tel Compagnon, soit sous forme de feuillets ou soit dans sa tête, différaient en terme de quantité et de mise en ordre de ce que possédait d’autres Compagnons ». Puis al-Djâbirî a prétendu qu’ : « Il est fort possible que des erreurs aient été commises avant et pendant le rassemblement et la mise en ordre du Coran à l’époque de ‘Uthmân », son argument pour étayer cette allégation est simple : « Ceux qui se sont chargés de cette mission n’étaient pas des êtres infaillibles ! ».
Cette nouvelle vague d’égarement, de déviance et de tromperie a poussé de nombreuses personnes suivant leurs passions ou encore des intellectuels et hommes de culture à se rebeller contre la sacralité de la Charia ou encore à critiquer durement et avec excès tout ce qui a trait à l’héritage islamique. Ce phénomène s’est encore accélérer et agrandi grâce à l’internet ; ainsi, certains forums de discussions et autres sites séduisent des naïfs aveuglés par l’éclat illusoire de la liberté, mais aussi certains groupes de personnes cultivées qui sont trompées par les enseignements de quelques pseudo-érudits. Ainsi, la mentalité défaitiste, conséquence du mensonge de ces chubuhât, s’est transformée en une mentalité rigide qui prétend faire preuve de courage et d’audace lorsqu’elle remet en cause les fondements de la Oumma.
Il est important de réfléchir sur le fait que le docteur Mustafâ al-Subâ’î, qu’Allah lui fasse miséricorde, à attester que Rabba est parmi les Mu’tazila, les Chiites ou les orientalistes d’hier et d’aujourd’hui celui qui a critiqué Abû Hurayra (Radhia Allahou Anhou) de la manière la plus mauvaise et la plus grossière. Al-Subâ’î, qu’Allah lui fasse miséricorde, a certes dit la vérité sur la réalité des propos de ce Rabba. Beaucoup de ces égarés ont fait montre d’un comportement fort exécrable et d’une pensée déviante au point qu’ils ont dépassé dans ces domaines leurs maîtres orientalistes, et ceci est particulièrement flagrant lorsque nous observons leurs sites internet où certains d’entre eux d’ailleurs se cachent derrière un pseudonyme.
Si les orientalistes les plus renommés « faisaient preuve d’une grande subjectivité dans leurs écrits sur l’Islam », comme l’avait très justement fait remarquer l’auteur juif autrichien converti à l’Islam Muhammad Asad, leurs élèves parmi les nouveaux orientalistes quant à eux ont ajouté à cette absence d’objectivité une grande ignorance des fondements et de l’héritage de l’Islam, ainsi qu’une haine tenace contre les oulémas de cette religion et l’histoire de cette dernière en tant que civilisation.
Par conséquent, nous sommes face à un phénomène contre lequel nous devons lutter. La vitesse du changement social et idéologique dans nos sociétés s’accélère d’une manière stupéfiante. Notre discours religieux et notre da’wa évoluent également et gagnent en maturité, mais hélas cela se fait lentement et donc nous avons parfois du mal à suivre la réalité. Nous sommes face à un grand danger qui nécessite qu’on repense le travail des oulémas et des prédicateurs et qu’on trace une stratégie à laquelle il nous faut nous conformer :
1- Il faut éduquer la Oumma à respecter les textes de la Charia et à s’y soumettre totalement sans chercher à les remettre en question ou à les critiquer. Il est clair que la plupart des penchants et bouleversements intellectuels qui poussent les jeunes vers l’aliénation et la soumission à un système erroné a pour cause principale le fait qu’ils délaissent les textes de notre religion et même qu’ils s’y opposent.
2- Il faut fortifier les jeunes des deux sexes en leur inculquant la science profitable, celle qui permet d’installer la certitude (al-yaqîn) dans les cœurs et de déchirer l’enveloppe des chubuhât et de faire cesser le déchaînement des passions. Ce processus nécessite que nous prenions soin du discours religieux qui est le vecteur de diffusion de la science et de la connaissance, discours qui se fonde en outre sur des arguments et des preuves solides.
3- Il faut utiliser les outils de savoir et les techniques modernes pour s’adresser aux jeunes dans une langue qu’ils comprennent et avec laquelle ils peuvent interagir. Cela demande une grande capacité de compréhension de leurs problèmes et des défis qu’ils doivent relever. En somme, il faut s’adapter à eux afin d’éliminer les obstacles psychologiques et intergénérationnels qui séparent les oulémas et les prédicateurs des jeunes.
4- Cette calamité nécessite par ailleurs la formation d’une équipe de spécialistes qui maîtrisent les outils intellectuels et la dialectique afin d’être efficaces dans les débats, ces derniers doivent également pouvoir affronter les suppositions pseudo-scientifiques de ces orientalistes avec science et justesse. Il est fort possible que notre incapacité jusqu’à maintenant à créer cette équipe de spécialistes est l’une des causes de la propagation de ces mensonges et de leur grande influence sur un nombre grandissant de jeunes.
5- Il faut tout faire pour enraciner dans le cœur et l’esprit des jeunes les mérites de la piété, de l’adoration et de la crainte d’Allah. La dure réalité, dont nous percevons certains aspects, est qu’une faible pratique de la religion et une crainte d’Allah, exalté soit-Il, quasi-inexistante font de la raison de l’individu un terrain propice aux angoisses existentielles et mènent à s’éloigner du droit chemin, par ailleurs ces deux choses fort néfastes font dire à la langue de cette individu des choses inconvenables, lequel perd son temps dans une vaine compétition pour les honneurs et la reconnaissance mondaine. A ce propos, Allah, exalté soit-Il, dit : « Et quiconque s’écarte du rappel du Tout Miséricordieux, Nous lui désignons un diable qui devient son compagnon inséparable, Ils [les diables] détournent certes [les hommes] du droit chemin, tandis que ceux-ci s’estiment être bien guidés ». (Coran 43/36)

Si nous, musulmans, nous retroussons les manches et mettons sérieusement en œuvre ce programme ambitieux mais nécessaire alors peut-être qu’avec l’aide d’Allah, exalté soit-il, nous sortirons de la crise grave que nous connaissons depuis des décennies, voire des siècles, et qui ne cesse de s’aggraver. Cette crise est extrêmement dangereuse, car elle concerne en premier lieu ce qui est la quintessence d’une nation, d’un peuple, d’une communauté ou d’une civilisation, c’est-à-dire son âme authentique et son identité profonde, et pour nous musulmans, ces deux éléments sont indissociables de notre foi et nos préceptes fondamentaux. Ainsi, quand nos ennemis, orientalistes d’hier ou d’aujourd’hui, attaquent les principes fondamentaux de notre religion leur but est clairement de nous détruire, et de détruire en nous tout ce qui résiste au système démoniaque qu’ils servent aveuglément. Un système basé sur l’adoration de l’argent, l’usure, la poursuite des désirs charnels et vains, un individualisme forcené ou encore un consumérisme aliénant, en somme, tout ce que refuse l’Islam authentique. Par conséquent, en attaquant les bases de l’Islam, ils veulent éliminer un modèle d’organisation concurrent et intégrer les masses musulmanes à leur système corrompu. Allons-nous prendre massivement conscience des dangers qui nous guettent ? Puis allons-nous trouver en nous-mêmes l’énergie et la force de défendre ce que nous avons de plus précieux, notre religion, seul moyen pour nous d’accéder à la dignité et au respect sur cette terre et au Paradis et à la félicité éternelle dans l’au-delà ? Les enjeux sont donc bien lourds, soyons-en conscients !

 

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