Le mouton de Facebook

Le mouton de Facebook
  • Date de publication:21/10/2012
  • Catégories:Médias
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Le phénomène Facebook me rappelle l’histoire populaire selon laquelle un mouton adopté par une famille de paysan à la campagne se mit à pleurer le jour de l’Aïd al-Adha. Le cadet des enfants, attendri par la situation, lui demanda : mais pourquoi pleures-tu ? Et le mouton de lui répondre : toutes les familles ont un mouton pour fêter l'Aïd sauf notre famille ! Ne riez pas de la naïveté de ce ruminant, Facebook nous a transformés, bon gré mal gré, consciemment ou en toute ignorance, en mouton de l’Aïd et son entrée en bourse de l’entreprise en mai dernier avec une valorisation de près de 100 milliards de dollars, soit cinq fois celle de Google en 2004, elle le doit à un produit disponible, solide et bon marché : Vous ! Merci donc à Mark Zuckerberg d’avoir fait de nous, tout du moins de nos informations, un produit valorisé en bourse ! Tel ce mouton naïf, nous n'avons pas les clés de compréhension nous permettant de saisir que des personnes qui en apparence veulent notre bien, en l'occurrence ici les maîtres internationaux et cosmopolites des nouvelles technologies, n'ont qu'une idée en tête : nous sacrifier, nous dépecer et rentabiliser chaque parcelle de notre personne !
Expliquons-nous. Le modèle économique de Facebook est basé à ce jour à près de 90 % sur la publicité. C’est-à-dire que l’entreprise collecte et croise les informations des usagers pour ensuite leur proposer des publicités ciblées censées répondre à leurs besoins d’achats du moment. Ne soyez-donc pas étonné de voir apparaitre des publicités de grandes marques automobiles si vous avez évoqué la chose sur le réseau social avec vos amis, si ces dernières semaines vous avez posté des photos de voitures, etc.
Mais ce n’est pas tout, la rentabilité de ce type de société ne se résume pas à ce schéma unique d’une publicité agressive qu’à force d’habitude nous ne voyons plus. Non, elle se trouve sans doute dans le pari qu’à terme nous allons de plus en plus accepter de faire des concessions concernant nos données privées. Vous vous en étonnez ? Auriez-vous accepté il y a quelques années de donner à une entreprise votre carnet d’adresse, l’accès à votre courrier personnel, l’accès au solde de votre compte, l’âge de vos enfants, le prénom de votre compagne, où étiez-vous il y a trois jours à 14h30 au centimètre près ? Bien sûr que non, mais désormais vous l’avez accepté lors de votre acceptation des conditions d’utilisation de Facebook, Google +, de nombre d’applications de Smartphone, etc. Toutes ces entreprises savent donc tout cela et même un peu plus. Un peu plus, car grâce au réseau qu’elles ont tissé, elles ont la possibilité de recouper les informations, d’établir des statistiques : le réseau dispose de tant d’informations qu’il pourrait à terme cartographier humainement une région et connaître l’emploi du temps, les goûts, les activités, les dépenses, les opinions politiques de chacun, qui travaille avec qui, qui connaît qui, etc. ; et matérialiser tout cela par des statistiques qui, vous l’imaginez, seraient un trésor de renseignements pour les Etats, les politiques, les entreprises commerciales, votre employeur, etc.
Bien entendu tout cela est légal et fait avec votre consentement : vous souvenez-vous du rapide clic acceptant les conditions d’utilisations de réseau social ? Oui, sans aucun doute. Mais je doute que vous vous souveniez avoir cédé à la future entreprise cotée en bourse les droits de propriété sur vos textes, vos photos et vos vidéos publiés sur le site. C’est pourtant bien le cas et cela devrait valoir 100 milliards en mai. Maintenant vous le savez et vous allez continuer à utiliser le réseau, mais, s’il vous plaît, de dites plus que cela est gratuit. C’est payant et vous n’êtes, ni l’acheteur, ni le vendeur, mais le produit !
Récemment Facebook a annoncé son soutien au projet de loi Cyber Intelligence Sharing and Protection Act (CISPA) bien que dans un entretien accordé, mardi 24 avril au Guardian, Alec Ross, conseiller à la Maison Blanche, ait déclaré que l'administration Obama était opposée au projet de (CISPA). Ce projet de loi prévoit d'intensifier la collaboration entre le secteur privé et le secteur public pour améliorer la lutte contre les attaques informatiques. Si le texte est adopté, les agences fédérales et les entreprises pourront plus facilement échanger des informations. La proposition de loi a reçu le soutien de plusieurs grands groupes, dont Facebook et Microsoft. Détenir l’information, c’est détenir le pouvoir, avoir le futur entre les mains.
Ne désespérons pas. Il nous reste une solution pour nous préserver : payer pour garder nos informations confidentielles. L’idée fait son chemin. Dans son rapport 2012, l’Agence européenne chargée de la sécurité des réseaux et de l'information (ENISA) préconise un modèle où les utilisateurs auraient le choix entre payer une somme forfaitaire ou accepter de partager certaines informations privées. Dans tous les cas, il ne nous reste qu’à faire confiance aux maîtres d’internet et du monde numérique.
 

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