L’histoire des musulmans d’al-Andalus (I)

L’histoire des musulmans d’al-Andalus (I)
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La chute de Grenade marqua la fin de la présence musulmane en al-Andalous, car en effet Grenade emporta dans sa chute l’Etat islamique qui régnait de longue date sur cette contrée, cette défaite décisive mit donc fin à huit siècles complets de domination musulmane sur ce vaste pays, ce qui est le règne le plus long de toute l’histoire des Etats et royaumes islamiques.
Les musulmans, commandés par Mûsâ ibn Nasîr et Târiq ibn Ziyâd, firent la conquête d’al-Andalous en l’an 92 de l’Hégire, laquelle se trouvait alors sous la domination des Goths. A partir du moment où les musulmans prirent pieds sur ce territoire, ils y développèrent une civilisation florissante et un Etat puissant, ce qui fit d’al-Andalous un phare culturel, scientifique et spirituel au cœur de l’Europe. La domination islamique sur al-Andalous passa par plusieurs stades, mais chaque stade avait ses propres spécificités, lesquelles mettaient en évidence ses forces et ses faiblesses ; voici donc ces différents stades :

I – La période des gouverneurs (92 - 138 H)

Cette période s’étend de la conquête du pays par les musulmans jusqu’à la chute de l’Etat omeyyade. Durant cette phase, al-Andalous était une principauté dépendant politiquement du califat omeyyade ; il faut souligner qu’entre 92 et 138 de l’Hégire se sont succédés à la tête de cette principauté pas moins de 23 gouverneurs, ce qui revient grosso modo à un gouverneur différent tous les deux ans, beaucoup d’entre eux trouvèrent la mort lors d’expéditions à visées expansionnistes menées par les musulmans dans les confins de l’Europe. Cette période est caractérisée par différents points dont les plus importants sont :
1 – La discorde (fitna), les tensions ethniques et les oppositions tribales entre d’un côté les combattants arabes et berbères ayant participé à la conquête et d’un autre côté les tribus d’origine yéménite. Cette discorde a provoqué de violents combats durant lesquels beaucoup de sang a coulé, ces luttes intestines furent à l’origine de la perte de plusieurs régions septentrionales de la Péninsule, on peut affirmer en outre que cette fitna fut l’une des plus grandes causes de la chute de l’Etat islamique d’al-Andalous. Ces luttes internes peuvent être comparées à une maladie incurable et chronique dont l’Etat islamique a souffert jusqu’à ce qu’elle finisse par le tuer.
2 – La diffusion de l’idéologie des Kharijites qui avaient fui de l’Orient musulman vers le Maghreb et al-Andalous à cause des coups durs que leur porta le califat omeyyade, il est à noter que de nombreux Berbères adoptèrent cette pensée déviante.
3 – Les tentatives répétées des musulmans andalous visant à conquérir la France et à pénétrer le cœur de l’Occident chrétien, ces tentatives donnèrent lieu à plusieurs batailles, la plus importante de cette période fut sans conteste la bataille de Balât al-Chuhada` en 114 de l’Hégire autrement connue sous le nom de la Bataille de Poitiers (732 de l’ère chrétienne).

II – La première période de l’Etat omeyyade (138 – 238 H)

Cette période débute avec l’arrivée à al-Andalous de ‘Abd al-Rahmân Ier l’Omeyyade, surnommé le Conquérant ou le Faucon de Quraych, et sa prise en main des rênes du pouvoir après la période de troubles et de conflits traversée par l’Etat islamique et qui s’acheva par sa victoire le jour d’al-Masâra en 138 de l’Hégire. Durant cette période, qui dura exactement un siècle (de 138 à 238 de l’Hégire), al-Andalous connut quatre dirigeants différents : ‘Abd al-Rahmân Ier, son fils Hichâm Ier, puis son petit-fils al-Hakam Ier, puis le fils de ce dernier ‘Abd al-Rahmân II. Cette période, qui est connue comme ayant initié le premier essor d’al-Andalous, se caractérisa par plusieurs choses :
1 – Les diverses révoltes et insurrections menées par les chefs des tribus arabes qui refusaient de se soumettre au pouvoir central de Cordoue, on trouve parmi ces tribus insoumises aussi bien des tribus d’al-Madariyya, dans lesquelles ‘Abd al-Rahmân Ier puise ses racines, que des tribus d’origine yéménite ; toutefois, ‘Abd al-Rahmân Ier écrasa ces révoltes avec détermination et rudesse.
2 – Les tentatives du califat Abbaside, qui s’est élevé sur les ruines du califat omeyyade, de détruire le pouvoir omeyyade d’al-Andalous, mais ces dernières se soldèrent toutes par un échec.
3 – Le réveil des royaumes chrétiens du nord de la Péninsule et l’apparition du royaume de Léon et Aragon dans l’extrême nord du pays, puis la tentative de ces royaumes d’agresser les musulmans dans le but de récupérer leurs anciens territoires maintenant sous domination musulmane, cependant, ce mouvement de « contre-conquête » était faible et encore à ses prémices.
4 – La stabilisation de l’Etat islamique et son essor après que ‘Abd al-Rahmân Ier l’eut organisé et consolidé, c’est ainsi que ce dernier laissa à ses descendants directs un pouvoir stable et fort, le fondateur de cette dynastie fonda en outre la première vraie flotte d’al-Andalous ainsi que des casernements militaires puissants et bien organisés.
5 – La diffusion, vers la fin de cette période, de l’opulence et de la prospérité, un développement de l’urbanisme et de la construction des palais luxueux et des jardins magnifiques ou encore l’apparition d’assemblées où les gens jouissaient de multiples divertissements, certaines étaient de véritables lieux de débauche où des femmes de petites vertus chantaient pour des hommes riches et où le vin coulait à flot.
6 – Les révoltes violentes des populations indigènes arabisées vers la fin de cette période, ce qui fut la cause de grandes difficultés par la suite.

III – La deuxième période de l’Etat omeyyade (238 – 300 H)

Cette période est connue comme ayant vu le premier effondrement d’al-Andalous, durant cette dernière le pouvoir fut tenu par trois hommes, tous de la lignée des Omeyyades, de même que de violentes révoltes semèrent le chaos dans une bonne partie du pays et nuisirent grandement à la stabilité de l’Etat islamique ; les points et faits marquants de cette période sont le suivants :
1 – De nombreuses principautés du nord et du sud devinrent indépendantes et s’affranchirent du contrôle politique exercé sur elles par le pouvoir central de Cordoue.
2 – Résurgence des tensions ethniques et tribales et notamment entre les Arabes et les Berbères, et ce, après qu’elles aient diminué durant la période de ‘Abd al-Rahmân Ier et de ses successeurs, les Berbères choisirent de se retirer dans des grandes villes du sud d’al-Andalous.
3 – L’embrasement des révoltes menées par les indigènes arabisés, ces derniers, qui sont des gens du cru d’origine goth, connurent de profonds changements dans leur culture après l’apparition de l’Islam dans la Péninsule, de plus la langue arabe devint leur langue principale et maternelle et ils se mélangèrent ethniquement avec les Arabes et les Berbères, ces bouleversements ethnico-culturels donnèrent donc le jour à une nouvelle génération ayant le même sang et les mêmes origines, ces locaux arabisés et islamisés sont appelés « Muladies » (de l’arabe muwallad) ; en revanche, les indigènes qui furent arabisés et adoptèrent la langue et les us et coutumes arabes tout en restant chrétiens ou juifs, eux, sont appelés « Mozarabes », ces derniers poignardèrent souvent les musulmans d’al-Andalous dans le dos, c’est ainsi qu’ils furent à travers les siècles considérés comme une cinquième colonne travaillant pour les intérêts des ennemis de l’Etat islamique

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