L’histoire de la présence de l’Islam aux Etats-Unis II

L’histoire de la présence de l’Islam aux Etats-Unis II
7023 1960

Nous poursuivons donc ici la présentation de notre brève histoire de l’Islam aux Etats-Unis que nous avions laissée dans l’article précédent à l’époque de la découverte de l’Amérique par Colomb. Nous allons ainsi continuer cette chronologie en évoquant les vestiges des Mauresques, la mise en esclavage des Africains musulmans et les premières émigrations arabes aux Etats-Unis. 

Les vestiges des Mauresques :

Dans le contexte de la persécution des musulmans d’Andalousie par la Sainte Inquisition catholique, ces derniers fuirent en grand nombre vers le Maghreb où ils purent s’installer, mais ils furent également nombreux à traverser l’Océan Atlantique pour s’établir en Amérique. Il est notable que l’on trouve jusqu’à aujourd’hui les traces de la langue de ces derniers, c’est-à-dire la langue arabe, dans certaines langues parlées par les Indiens, qui sont les premiers habitants de ce continent. Ce fait assez étonnant a été démontré de manière catégorique par un ancien professeur de l’Université de Harvard dont le nom est Léo Weiner, ce dernier était reconnu pour sa maîtrise de la science des langues et sa connaissance de plus de douze langues.
Colomb a également évoqué le fait qu’il a vu des gens qui ressemblaient aux habitants d’Andalousie, il s’étonna en outre de la grande diffusion du port d’un voile chez les femmes de ce peuple. Un autre découvreur, espagnol celui-là, qui n’est autre qu’Hernando Cortès, dit que ces femmes portaient le même type de voile que celui dont se couvraient les femmes d’Andalousie. Un autre découvreur espagnol, Fernando Columbus, dit au sujet de ces femmes qu’elles portaient des vêtements semblables à ceux des femmes de Grenade et que leurs enfants portaient également des vêtements typiques de cette région d’Espagne.
Hélas, ces réfugiés andalous à l’autre bout du monde, partis avec leur foi et tous leurs biens, ne purent trouver sur ces terres lointaines un avenir radieux, car en effet ils furent exposés aux vagues conquérantes de leurs ennemis espagnols qui envahirent le nouveau monde, lesquels en finirent rapidement avec ces musulmans exilés, ces terribles événements arrivèrent avant que commence réellement le massacre des peuples indigènes qui les avaient accueillis fraternellement. Et parmi ces Andalous d’Amérique qui furent persécutés, il y en eut qui furent contraints de renier leur religion ce qu’ils firent en embrassant le catholicisme, en tout cas en apparence, d’autres furent tout bonnement mis au bûcher ou d’autres encore furent renvoyés en Espagne pour y être jugés par les tribunaux de l’Inquisition. Comme l’indiquent certains documents, l’objectif était qu’ « il ne fallait laisser aucune possibilité à la religion mahométane de se diffuser » grâce à eux en Amérique. Et comme le dit Louis Cardiac : « Le bureau d’enquête inquisiteur ne s’est pas seulement chargé des affaires en rapport avec les musulmans, mais il a également cherché à déceler la moindre trace d’Islam qui pouvait subsister chez des individus chrétiens » vivant dans le nouveau monde ; le but était évidemment d’éradiquer totalement l’influence des musulmans sur la foi des chrétiens américains, quand bien même cette influence était très lointaine.

La mise en esclavage des Africains musulmans :

Après la stabilisation de la situation des émigrés européens en Amérique, ces derniers y firent venir via le commerce de bois d’ébène des millions d’Africains, puis ils firent tout pour effacer chez eux leur foi musulmane ainsi que leur pratique de la langue arabe, car en effet plus de la moitié de ces esclaves noirs étaient des musulmans qui avaient été enlevés dans les royaumes islamiques de l’Afrique de l’Ouest qui étaient des contrées très peuplées à cette époque. Il est important de dire que la plupart des individus de la première génération d’esclaves ont résisté au processus de désislamisation et se sont donc accrochés à leur religion d’origine ; toutefois, les esclavagistes et leurs règles humiliantes et iniques ont dispersé les familles de ses hommes et fait exploser leur unité, puis ils ont ébranlé considérablement l’appartenance des générations suivantes à l’Islam, et ce, au point que ce sentiment d’appartenance chez ces descendants des premiers esclaves avait totalement disparu au début du vingtième siècle. Quelques documents nous rapportent des témoignage écrits d’époque très émouvants et rédigés en langue arabe par des individus de la première génération d’Africains musulmans qui avaient été emmenés de force en Amérique et avaient néanmoins conservé leur foi, et d’autres documents nous ont rapporté les histoires de l’abandon de l’Islam par leurs descendants. Notons pour finir que l’on trouve chez les Noirs américains contemporains, dont la plupart ne sont pas musulmans, de nombreux noms de famille arabes, ce qui indique clairement leur ancienne origine arabo-musulmane oubliée.

Les premières émigrations arabes aux Etats-Unis :

A la fin du XIXe siècle et au début du XXe siècle les premières vagues d’émigrations arabes arrivèrent aux Etats-Unis, elles étaient essentiellement constituées de personnes issues de l’ancienne Syrie (ce qui correspond aujourd’hui au territoire qui englobe le Liban, la Syrie, la Palestine et la Jordanie), ces dernières étaient nombreuses à fuir l’oppression du régime turc et donc, en fuyant, elles espéraient avoir une vie meilleure. La plupart de ces émigrés étaient quasiment illettrés et peu éduqués, c’est ainsi que la majorité d’entre eux se retrouvèrent à accomplir des petits emplois ou du commerce de détails. Notons qu’ils furent nombreux à se marier avec des femmes du cru avec lesquelles ils eurent des enfants qui se retrouvèrent sans des référents culturels arabo-musulmans suffisants pour résister à l’assimilationnisme de la société américaine, en outre les mères eurent sur cette deuxième génération plus d’ascendant que les pères, c’est ainsi que la grande majorité de ces Arabes ne purent conserver l’héritage de leurs pères.
Certains écrits qui analysèrent la situation de cette génération d’Arabes montrent que la plupart des individus qui la constituaient ne s’intéressaient pas du tout aux rites religieux musulmans, et même pas pour exprimer un attachement à la tradition et aux coutumes. Si on considère comme certains analystes sociologues et anthropologues que l’accomplissement de la prière du vendredi et le jeûne du Ramadan constituent le niveau minimum de la pratique religieuse, il faut savoir qu’extrêmement peu d’individus de cette génération pratiquaient ce minimum, c’est donc ainsi que cette dernière s’assimila complètement.
Certains de ceux qui ont étudié cette période nous expliquent que les enfants des musulmans ont très vite perdu la maîtrise de la langue arabe, qu’on leur donna des prénoms chrétiens afin d’échapper à la discrimination et qu’ils se marièrent avec des non-musulmanes ; par ailleurs, ces spécialistes nous disent également que lorsque ces enfants d’origine arabe quittaient la maison parentale, ils oubliaient tout à fait tout ce qui avait un rapport avec l’arabité et l’Islam. L’une des conséquences de cette triste réalité fut que les quelques mosquées que la première génération avait construites furent désertées, et ce, à telle enseigne que plus personne ne les fréquentait à la fin des années quarante.
Le professeur Nabîl Ibrâhâm, qui vit depuis son enfance à Détroit, rappelle que les mosquées de cette ville laissèrent la place à des lieux d’amusements et de plaisirs, les grandes superficies de ces mosquées servirent donc à accueillir ce type d’activités.
L’auteur de ces lignes a eu l’occasion en 1989 de visiter deux anciennes mosquées dans le Nord de l’Amérique, l’une d’entre elles fut vendue et transformée en partie en discothèque et l’autre a vu l’une de ses pièces devenir également un lieu de débauche où les deux sexes se mélangeaient pour danser. Mais, grâce à Allah, les musulmans purent récupérer la seconde mosquée, la purifier et donc la dédier à la prière ; il leur restait donc à récupérer la première mosquée en la rachetant après que les petits-fils d’un émigrés albanais l’eurent vendue pour s’en débarrasser, ces Albanais avaient délaissé la prière et suivi leurs viles passions.
Il faut savoir que les mouvements évangélistes profitèrent de cette situation d’abandon des mosquées comme le rappellent certains de ceux qui ont étudié l’histoire de cette période. C’est ainsi que des membres de ces mouvements pénétrèrent des mosquées afin de convertir des musulmans ; ainsi, le fait que les musulmans soient poursuivis par ses individus jusque dans leurs propres mosquées et qu’ils soient poussés à se fondre intégralement dans le creuset américain fut une grande calamité.

(À suivre).
 

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