L’histoire de la présence de l’Islam aux Etats-Unis III

L’histoire de la présence de l’Islam aux Etats-Unis III
5708 1780

Nous avions achevé l’article précédent en traitant de l’émigration arabo-musulmane aux Etats-Unis, nous allons ici plus spécifiquement traiter dans ce troisième et dernier article des différentes formes de la prédication islamique sur le territoire américain. Il s’agira donc notamment d’étudier ici le phénomène de la Nation of Islam, le cas d’un prédicateur blanc et enfin la fondation et l’implantation de la prédication islamique aux Etats-Unis. 

La Nation of Islam :

A l’époque où survint l’assimilation quasi-totale des Arabes musulmans émigrés et de leurs enfants, vit le jour un mouvement islamique du cru né au sein de la minorité noire américaine qui avait longtemps vécu dans l’humiliation de la condition d’esclave. Ainsi, au fil du temps, de nombreux mouvements furent fondés dans le but de propager l’Islam parmi cette minorité noire, l’un des plus importants d’entre eux était le Mouvement des musulmans mauresques, lequel fut fondé à New-York en 1913, et c’est un certain Nobel Wudrow Ali qui le dirigeait, ce dernier avait été l’auteur d’une traduction du Coran erronée qui trahissait le sens des versets, en outre ce personnage prétendit qu’il était un prophète envoyé par Dieu aux Noirs comme le Prophète () avait été envoyé quant à lui aux blancs !

D’autres mouvements islamiques agissant au sein de la communauté noire adoptaient également ce genre d’idéologie improbable, et notamment un mouvement qui portait plusieurs noms dont le plus connu est Nation of Islam. Ce mouvement vit le jour à Detroit en 1930 et très tôt c’est le charismatique Elijah Muhammad qui en deviendra le leader incontesté dès 1934 ; la création de ce mouvement est une réponse à la discrimination raciale que subissaient les Noirs américains à cette époque par un racisme contraire, c’est ainsi que ses membres considèrent que les Noirs sont supérieurs aux Blancs, de plus ils considèrent que le message de l’Islam ne s’adresse qu’aux Noirs exclusivement et donc que les Blancs ne peuvent se convertir à cette religion, de même qu’ils ne peuvent entrer dans les temples de cette secte étranges qui se dirigea peu à peu vers des méthodes violentes et séditieuses ainsi que vers la formation d’une microsociété refusant de se mélanger avec la société américaine blanche. Ces déviances néfastes de la secte déstabilisaient les gens qui adhéraient ou voulaient adhérer au message islamique ainsi que le futur de l’appel à ce dernier ; c’est ainsi qu’au vu des agissements de cette secte de nombreux Américains considérèrent que l’Islam était une religion raciste réservée aux seuls Noirs. Certains leaders extrémistes de ce mouvement firent donc tout pour faire fuir les Blancs de l’Islam et notamment en déclarant que l’Islam des Blancs n’est pas accepté par Dieu, car ils appartiennent à une race maudite qui fut punie en se voyant donner cette couleur blanche après avoir été noire au moment de sa création.

Un prédicateur musulman blanc :

Certains prédicateurs musulmans courageux parmi les Blancs essayèrent de diffuser l’Islam aux Etats-Unis, le premier d’entre eux fut le prédicateur Muhammad Alexander Russell Webb (1847-1916), hélas jusqu’à présent personne n’a étudié les contributions historiques de ce pionnier. Ce dernier naquit à New-York en 1847 d’un père travaillant dans l’édition de journaux, et lorsque celui-ci devint plus riche, il envoya son fils, Alexander, dans une école d’un très bon niveau éducatif où l’enfant développa une sensibilité littéraire et fut pris de la passion de la lecture et de l’écriture d’ouvrages de littérature ou traitant du domaine de la pensée et des idées. Notons qu’Alexander rédigea et édita un grand nombre d’articles, de recherches et d’histoires courtes, et c’est donc naturellement qu’il exerça le même métier que son père dans le journalisme. Alexander alla même jusqu’à racheter le journal The Missouri Republican qui était à ce moment-là celui qui tirait le plus d’exemplaires aux Etats-Unis, il y travailla durant trois années, puis il dirigea la rédaction de plusieurs journaux dans les villes de Saint-Louis et de Chicago. En 1886, le Président des Etats-Unis Grover Cleveland nomma Alexander consul aux Philippines ; là-bas, il ne fut pas surchargé par le travail diplomatique, cet esprit curieux et insatiable put se consacrer à autre chose et notamment à l’étude des religions orientales qu’il avait commencé à découvrir aux Philippines. Ainsi, il fut particulièrement frappé par les croyances de l’Islam, il lui consacra donc encore plus de temps d’études, puis peu après il décida de se convertir à l’Islam, rien ne l’empêcha de faire ce choix, ni son poste diplomatique important ni la crainte et l’étonnement des gens de son peuple. Il fit un autre pas en décidant de démissionner de son poste diplomatique afin de se consacrer pleinement à la propagation de la foi islamique aux Etats-Unis.
Afin de mener à bien cette mission, Alexander se prépara très bien intellectuellement en augmentant ses connaissances sur le sujet. Il organisa une conférence via le téléphone qui rassembla des penseurs musulmans indiens comme le cheikh Bad al-Dîn ‘Abdallah Khayr ainsi que des prédicateurs de la Péninsule arabe comme le cheikh al-Hajj ‘Abdallah ‘Arab, lequel était un commerçant de Médine qui donna un tiers de sa fortune afin de financer la prédication de l’Islam en Amérique. Notons qu’après son retour dans son pays, Alexander, qui se faisait désormais appelé Muhammad, fonda une organisation caritative et ayant pour mission la diffusion de l’Islam qu’il appela : The American Islamic Propaganda ; de plus, il écrivit un petit livre d’environ soixante-dix pages intitulé Islam in America dans lequel il s’attacha à faire connaître l’Islam aux Américains et à dissiper les idées reçues que ces derniers avaient au sujet de cette religion et de ses règles.
Cependant, malgré la grande force intellectuelle de Muhammad, son grand talent d’homme de presse, son aisance financière et sa place privilégiée dans la société américaine, il est à noter que sa prédication islamique eut peu d’effets sur cette même société, de plus il ne put fonder un mouvement islamique sur lequel s’appuyer ou bien construire une mosquée ou une association à but éducatif stable ; par ailleurs, Muhammad ne laissa pas derrière lui des successeurs solides pouvant continuer son travail, ce qui restera de lui c’est son livre qui a une grande valeur historique ainsi que son rôle de pionnier dans sa tentative de propager l’Islam parmi les Blancs de son pays.

Fondation et implantation :

Jusqu’aux années soixante du siècle dernier, la prédication islamique n’avait connu aux Etats-Unis qu’un succès modeste ; cependant, à partir de cette époque l’émigration musulmane dans ce pays se modifia dans le bon sens, c’est-à-dire que la majorité des émigrés musulmans qui arrivaient sur le territoire américain étaient bien mieux éduqués que leurs prédécesseurs et ils se plaçaient même au-dessus du niveau éducatif moyen américain. Nombreux furent ces nouveaux arrivants éduqués à obtenir des postes intéressants et à responsabilité ainsi qu’à jouir d’un très bon statut socio-économique. Il faut savoir que c’est durant cette période qu’a surgi et s’est formée la renaissance islamique au Moyen-Orient, par conséquent, beaucoup des émigrés de cette région faisaient partie de ces musulmans très bien formés et possédant un très haut niveau d’éducation islamique et profane. C’est donc ces élites musulmanes qui commencèrent à fonder sérieusement et à implanter le travail islamique sur le sol américain, c’est ainsi que la présence de cette religion s’enracina suite aux efforts de nombreuses associations islamiques puissantes comme The Muslim Students Association of The United States and Canada, The Islamic Circle of North America, The American Muslim Social Scientists ou encore The Islamic Medical Association. Par ailleurs, des écoles islamiques furent fondées, leur cursus est complet, car il va de la maternelle au doctorat.
Il y a aujourd’hui aux quatre coins des Etats-Unis environ 300 écoles islamiques prodiguant un enseignement général, de même qu’il y a des instituts consacrés aux études universitaires comme l’Université américaine libre, l’Université islamique mondiale, l’Université d’internet, l’Université islamique de Chicago, l’Ecole des hautes études sociales et islamiques ; par ailleurs, des centres de recherches spécialisées dans la pensée islamique ont été ouverts, le plus important d’entre eux est l’Institut mondial de la pensée islamique en Virginie. Enfin, il est important de noter que le nombre des mosquées et des centres islamiques s’est multiplié, ainsi nous trouvons à ce jour aux Etats-Unis environ deux mille mosquées et centres islamiques.

(fin).
 

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