La Crimée : une histoire d’épreuves

La Crimée : une histoire d’épreuves
5718 1852

Nous ouvrons aujourd’hui la plaie des musulmans oubliés de Crimée, car, en effet, au moment où les forces russes sont sur le sentier de la guerre, nous devons nous poser diverses questions essentielles : pourquoi la Crimée ? Et y a-t-il vraiment une lutte entre les Russes et les Américains ? Ou bien les intérêts de ces deux camps convergent dans le génocide des musulmans aux quatre coins de la terre ?

La péninsule de Crimée :

La péninsule de Crimée se situe au sud de l’Ukraine, au sud et à l’ouest sa frontière est délimitée par la mer Noire et au nord par la mer d’Azov ; par le passé, avant que les soviétiques ne s’en emparent, cette péninsule avait pour nom « Aq Masdjid », c’est-à-dire « la Mosquée Blanche ». La superficie de la péninsule est de 27 000 km2, quant à la superficie de la région qu’elle dominait par le passé, elle représentait le double de cette dernière, cette vaste région était occupée par les Tatars, puis ce fut au tour des Cosaques de s’y installer, et ce, jusqu’à ce que l’Ukraine s’y établisse, puis au fil du temps le territoire de la Crimée se réduisit peu à peu, jusqu’à ne plus être que la péninsule que nous connaissons aujourd’hui.

L’Islam dans la péninsule de Crimée :

L’Islam a pénétré la Crimée par le truchement des Tatars à l’époque de la Horde d’or, ces derniers puisent leurs origines chez le plus grand fils de Gengis Khan, Djötchi, mais quand celui-ci mourut, peu de temps avant son père, Gengis Khan confia à un autre de ses fils les territoires qui englobaient la Russie, Khiva, le Caucase et la Bulgarie, puis il donna à ses troupes le nom de « Horde d’or » ou « Mongols du Nord ». Cette Horde d’or fut la première tribu mongole qui embrassa l’Islam, et un certain Barakat Khan est considéré comme le premier des princes mongols à s’être converti à l’Islam, cela se passa en 650 de l’Hégire alors que ce dernier revenait de la ville de Karakorum qui était la capitale du grand Empire mongol. Puis Barakat Khan fit allégeance au calife abbasside al-Musta’sim billah à Bagdad et il fit construire la ville de Saraï (qui se trouve aujourd’hui en Russie et porte le nom de Saratov) qui devint la capitale des Mongols du Nord, il y fit bâtir en outre des mosquées, il est notable que Barakat Khan fit de cette ville l’une des plus grandes du monde à son époque.
L’Etat mongol islamique de Crimée et de ce qui l’entourait entretenait d’excellentes relations avec l’Etat des Mamelouks d’Egypte et du Châm, les deux Etats musulmans menèrent le djihad ensemble contre les Byzantins afin de contrer leurs diverses offensives.
Toutefois, l’Etat des Tatars musulmans commença à s’affaiblir peu à peu après avoir connu une période de puissance qui se prolongea environ 120 ans, cet affaiblissement était notamment dû à des luttes intestines entre les fils de la famille régnante ainsi qu’à une propagation de l’injustice. C’est ainsi que Hadj Charkis fit sécession et s’installa à Astrakhan (ville de Russie) et Mamaï fit de même mais lui s’installa en Crimée. Et la situation de faiblesse des Tatars musulmans s’accentua encore lorsque Timur Lang (Tamerlan) décida d’envahir la ville de Saraï au début du IXe siècle de l’Hégire, cela eut pour conséquence de faire exploser un Etat unifié en cinq petits Etats : la Crimée, Astrakhan, Khiva, Kazan et la Sibérie occidentale. Tout cela encouragea les Russes à s’opposer aux Tatars qui apparaissaient maintenant très affaiblis aux yeux de tous.

Le conflit entre les Tatars de Crimée et les Russes :

Les Russes passèrent donc à l’offensive contre les Tatars ; cependant, il est à noter que le prince des Tatars, Tokhtamytch (762-798 de l’Hégire), put repousser leurs assauts et arriva même à pénétrer dans Moscou en 783 de l’Hégire. Mais après cette réussite, Tokhtamytch dut engager le combat avec Tamerlan qui finit par le vaincre en 788 de l’Hégire, le vaincu disparut et on ne sait pas ce qu’il advint de lui. Ainsi, Tamerlan devint le prince de Saraï dans la suite de Tokhtamytch. C’est à cette époque que les Russes reprirent leurs offensives contre les Tatars de Crimée ainsi que contre les territoires qui l’environnaient.

La péninsule de Crimée, une histoire faite de djihad :

La Russie était un ennemi mortel du califat ottoman, et celle-ci aidait tous ceux, qui comme elle, désiraient faire la guerre à l’Etat de l’Islam, et parmi ces derniers on trouve notamment les Safavides d’Iran. Notons que la plupart des musulmans ne savent pas que les Ottomans ont châtié ces Safavides lorsqu’ils levèrent l’étendard du djihad, de même que la Russie avait été contrainte de payer l’impôt foncier (al-djizia) aux musulmans.

La colonisation russe en Crimée :

Lorsque l’Etat ottoman connut un affaiblissement dans ses territoires septentrionaux, les Russes en profitèrent pour envahir et razzier la péninsule de Crimée, et ce, en 1783, lors de cette invasion les Russes tuèrent des dizaines de milliers de musulmans. Les Russes, qu’ils fussent ceux de la période tzariste ou ceux de la période communiste, ont toujours nourri un très grand ressentiment à l’égard de la Crimée, il s’agit donc bel et bien d’une guerre contre l’Islam.
Suite à l’affaiblissement du califat abbasside, la Russie communiste et l’Allemagne nazie dominèrent à tour de rôle la Crimée. Notons que lors de la Première Guerre mondiale les Russes détruisirent la ville de Simferopol, de même qu’ils en finir avec le gouvernement tatar ; toutefois, les allemands prirent la Crimée aux Russes puis ils se retirèrent de ce territoire après un certain temps. Puis ce fut au tour des communistes russes de s’emparer de la Crimée, en conséquence de cela les Tatars proclamèrent le djihad dans le but de défendre leur religion ; les communistes durent faire face à une résistance solide et déterminée, ils décidèrent donc d’affamer leurs adversaires en subtilisant et confisquant la nourritures et les provisions du pays, le but était évidemment que les musulmans meurent de faim et cessent le combat, le nombre de morts parmi les musulmans était de plusieurs centaines par jour. Mais à ce moment-là les combattants musulmans préférèrent mourir plutôt que de voir les gens de leur peuple subirent cette terrible épreuve à cause de la résistance sans faille qu’ils opposaient.
Et en 1928, Joseph Staline, alors à la tête de l’Union soviétique, décida d’installer en Crimée un foyer juif, la conséquence de cette décision fut que les musulmans tatars, avec à leur tête les imams des mosquées et les intellectuels, se révoltèrent contre Staline, lequel fit condamner à mort 3500 d’entre eux, ainsi que tous les membres du gouvernement local et notamment le président de la République de Crimée Wali Ibrahim. En 1929, Staline fit exiler plus de 40 000 Tatars vers la Sibérie ; par ailleurs, en 1931, la famine tua environ 60 000 personnes en Crimée.
Le nombre des Tatars passa de neuf millions de personnes en 1883 à environ 850 000 personnes en 1941, cette catastrophe démographique fut principalement due à la politique d’expulsion menée par les Russes, tzaristes puis bolcheviques, ainsi que par les massacres qu’ils perpétrèrent contre ce peuple. Notons en outre que durant cette année 1941 Staline enrégimenta 60 000 Tatars afin qu’ils combattent contre l’Allemagne nazie.
Ainsi, durant la Seconde Guerre mondiale, la guerre entre les Russes et les Allemands s’enflamma aux portes de la Crimée. Les Tatars pensèrent alors que les Allemands seraient plus magnanimes à leur égard que les Russes qui s’étaient comportaient avec eux comme des criminels, par conséquent ils choisirent de se soumettre aux Allemands par vengeance contre les Russes, mais il ne leur vint pas alors à l’esprit que la mécréance forme une seule et même communauté et que le chrétien quel qu’il soit ressent de l’hostilité vis-à-vis de l’Islam et des musulmans ; ainsi, dès que les Allemands apprirent que les Tatars musulmans se soumettaient à leur occupation, ils leur enlevèrent leurs armes et les obligèrent à accomplir pieds nus et le ventre vide une distance de 150 km, les musulmans commencèrent donc à mourir de faim, puis ils sortirent les survivants de prisons et les exécutèrent par balles sans aucune autre forme de procès.
Puis l’Allemagne finit par perdre cette guerre et donc les anciens occupants communistes revinrent en Crimée, ces derniers accusèrent les Tatars d’avoir collaborer avec les Allemands et c’est ainsi que lors de leur entrée dans l’ancienne capitale des Tatars Bakhtchyssaraï, en guise de représailles, les Russes s’attachèrent à effacer tous les symboles de l’Islam, ils allèrent même jusqu’à détruire des mosquées très anciennes comme la mosquée Khan ou la mosquée Bazara, de même qu’ils rassemblèrent tous les exemplaires du Coran qu’ils trouvèrent et ils les brûlèrent sur les places publiques. Par ailleurs, il semblerait que les Soviétiques aient détruit 1558 mosquées dans toute la péninsule de Crimée, ainsi que de nombreux instituts et écoles, ils établirent ensuite à la place de ces sites musulmans des bars, des enclos à bétails et des lieux de plaisirs.

Les musulmans de Crimée à l’heure actuelle :

Selon les chiffres, en 1770 les Tatars de Crimée représentaient 93 % de la population totale, les 7 % restants étaient constitués d’Arméniens et de Grecs, il n’y avait pas alors un nombre significatif de Russes sur ce territoire ; toutefois, en 1921, on ne comptait déjà plus en Crimée que 26 % de Tatars, alors que les Russes et les Ukrainiens réunis constituaient 51,5 % de la population de la péninsule, le reste se composait de Juifs et d’Allemands ; en 1959, on ne mentionnait plus du tout la présence de musulmans tatars en Crimée, alors que cette dernière comptait 71 % de Russes et 22 % d’Ukrainiens, le reste étant composé de Juifs et d’autres minorités. Mais cette situation dramatique commença à s’améliorer lorsqu’il fut permis aux Tatars de rentrer progressivement sur leurs terres ; néanmoins, les choses se compliquèrent une fois encore, et aujourd’hui les Tatars ne représentent encore que 20 % de la population totale de la péninsule de Crimée. Il est à noter que les Tatars vivant dans les divers lieux où on les a forcés à vivre ne cessent de tout mettre en œuvre afin de pouvoir rentrer dans leur patrie d’origine, ces exilés se trouvent actuellement majoritairement en Russie, en Ouzbékistan ou encore en Ukraine.
Par ailleurs, les musulmans tatars de Crimée ont été inscrits sur la liste des Nations Unies des peuples menacés de disparaître, car en effet l’identité des Tatars est menacée par des attaques faites contre leur culture, par les mariages mixtes, la perte des valeurs traditionnelles ou encore la manipulation des concepts de religion, de coutume et de tradition.
L’Ukraine a annoncé officiellement son indépendance vis-à-vis de l’Union soviétique en décembre 1991, et dans la foulée les autorités ukrainiennes ont en juin 1992 octroyé l’autonomie politique à la péninsule de Crimée, et peu de temps après les Tatars de Crimée ont organisé leur premier congrès dans la ville de Simferopol qui est la capitale de cette province, ils fondèrent en outre le Haut Conseil des Tatars de Crimée qui devait représenter le peuple tatar musulman.

La réalité de ce qui se passe entre les Russes et les Américains en Crimée :

Ce bras de fer entre le président américain Obama et le président russe Poutine n’a sûrement pas pour objet la crainte de ce qu’il pourrait advenir des musulmans de Crimée, mais plutôt la sécurité des chrétiens ukrainiens ainsi que les intérêts particuliers de ces deux puissances dans la région. Ainsi, quand les médias évoquent des atteintes faites à l’encontre de biens appartenant à des Tatars de Crimée ou montrent des slogans russes appelant à s’en prendre à ces derniers, on ne constate aucune réaction d’indignation des Américains face à cette nouvelle persécution des Russes à l’égard des musulmans de Crimée.

Le mot de la fin :

Après avoir exposé cette réalité nous ne pouvons qu’en appeler à chaque musulman : ne t’es-tu jamais un jour posé la question : pourquoi le gouvernement Poutine s’intéresse autant à la péninsule de Crimée ? Il est temps que nous comprenions qu’il ne s’agit pas là d’une guerre entre la Russie et les Etats-Unis, mais il faut plutôt y voir une haine ancienne qui s’exprime aujourd’hui contre l’Islam et les musulmans, ceux-là n’ont pas oublié l’histoire de leurs aïeux, alors que nous, nous l’avons oubliée, mais malgré tout nous reviendrons irrévocablement…
Ô vous les musulmans ! Rappelez à Poutine le jour où Moscou a pleuré et où son Tzar s’en enfuit, le jour où la Russie a payé le tribut au califat ottoman, ce fut un jour où nous étions le peuple le plus puissant…
 

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