L’architecture islamique : une histoire faite de beauté et d’inventivité

L’architecture islamique : une histoire faite de beauté et d’inventivité
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Le mot bref « Iqra` » (Coran 96/1) révélé dans la grotte de Hirâ`, et par lequel a commencé la religion islamique, annonçait que cette dernière, en plus évidemment de son message religieux, contenait une incitation claire à l’apprentissage des sciences terrestres. L’Islam a pu, grâce à ce qu’il possédait en termes de pensée humaine, se répandre très largement sur terre, couvrant ainsi un territoire allant de la Chine à l’est jusqu’à la capitale française à l’ouest. La civilisation islamique a produit un art architectural et ayant trait à la planification des cités parfaitement inédit et complet, lequel art possède en outre des particularités qui font que cette civilisation se distingue clairement des autres civilisations que l’Islam a rencontrées là où il s’est répandu aux quatre coins de la terre. L’art architectural islamique se caractérise par le fait qu’il a assimilé les savoirs utiles de toutes les écoles de ce domaine qui l’ont précédé et qui dominait dans la partie ouest de l’Asie, c’est ainsi que la civilisation islamique a étudié ces écoles, a beaucoup appris d’elles et a fait sienne leur héritage, à telle enseigne que ce sont les musulmans qui devinrent les grands maîtres dans ce domaine, ils arrivèrent à synthétiser et à transformer ce qu’ils avaient pris à ces écoles au point de créer leur propre style. C’est ainsi qu’en un siècle environ s’est créé et formé un art architectural musulman propre et nouveau par lequel se distinguait la civilisation islamique. 

Les écoles architecturales antérieures à celle de la civilisation islamique :

L’Islam a dépassé les frontières de la péninsule Arabique pour se répandre dans des contrées qui étaient jusqu’alors sous la domination des empires byzantin et perse, lesquels empires étaient les porteurs de civilisation extrêmement riches et raffinées. Ainsi, le monde musulman a hérité des traditions architecturales riches de ces deux empires, lesquelles étaient elles-mêmes mélangées aux traditions architecturales des régions et pays qu’ils dominaient ; voici donc les écoles architecturales majeures qui s’imposaient dans ces contrées :
1-L’école byzantine et chrétienne orientale : cette dernière était largement répandue en Asie Mineure (Turquie), en Syrie, en Palestine et à l’est de la Jordanie actuelle ; ces régions ont subi l’influence du style classique pendant environ mille ans, c’est-à-dire depuis l’époque d’Alexandre le Grand jusqu’à celle du début des conquêtes musulmanes, cette école byzantine était évidemment très influencée par l’art architectural hellénistique.
2-L’école perse : celle dernière dominait notamment en Iraq et bien sûr en Perse, cette école a été influencée par les arts architecturaux et ornementaux empruntés à l’école mésopotamienne qui elle-même a dominé durant le troisième et deuxième millénaires avant J.-C.
3-L’école copte : celle-ci était très répandue en Egypte, cette école est l’héritière directe de l’école architecturale de l’Egypte Ancienne dont l’influence avait dépassé les frontières de l’Egypte.

La diversité de l’expression de l’art architectural dans l’école islamique :

Les Arabo-musulmans ont profité des styles et techniques traditionnels dans le domaine de l’édification des constructions qui dominaient dans les pays qu’ils ont conquis, ce processus correspond à la première période de l’école musulmane. Puis il ne s’est pas fallu longtemps avant que ne se constitue une école architecturale aux contours parachevés et porteuse d’une identité homogène partagée par toutes les contrées islamiques ; dès lors, il fut très difficile d’identifier l’origine des divers emprunts, et c’est donc ainsi que cette école islamique se distingua clairement des autres écoles architecturales.
Ce processus, c’est-à-dire celui qui a amené l’école islamique a acquérir une identité propre et originale, est imputable à deux facteurs principaux : d’une part, il y a le facteur religieux, qui est évidemment le facteur le plus important, celui-ci a apposé la patine islamique, qui est l’essence de la pensée et du dogme islamiques, sur les bâtiments religieux et civils, à titre d’exemple nous pouvons évoquer l’édification des mosquées qui se faisait selon un ordre et une planification bien définis répondant à des besoins fonctionnels liés à l’accomplissement des prières. Et, d’autre part, il y a le facteur géographique, c’est-à-dire que le climat était sensiblement le même dans toutes les contrées islamiques, ainsi c’est globalement les climats désertiques et méditerranéen qui dominaient dans ces dernières, lesquels climats contraignirent les musulmans où qu’ils se trouvent à produire des solutions architecturales et en termes de planification du tissu urbain grosso modo assez proches, lequel tissu urbain islamique est connu sous le nom de tissu compact ou spontané ; et dans le domaine architectural, l’architecture islamique s’est caractérisée par une adaptation évidente à ce climat particulièrement chaud, c’est ainsi que les bâtiments étaient tournés vers l’intérieur autour d’une cour à ciel ouvert permettant à l’air et à la pluie de rafraîchir la maison et au propriétaire de faire des cultures de végétaux, eux-mêmes vecteurs de fraîcheurs.

Les particularités de l’architecture islamique :

L’art architecturale islamique s’est distingué par l’extrême richesse de ses détails architecturaux ainsi que par son intérêt pour les agencements favorisant la vie collective, c’est ainsi que les musulmans édifièrent diverses sortes de constructions religieuses collectives comme les mosquées, les écoles coraniques, les zaouïas ou les « monastères » soufis et différentes constructions civiles tout aussi collectives comme les palais, les châteaux, les établissements publics à l’instar des hôpitaux, des hôtels dédiés aux voyageurs, des bains publics ou encore des marchés. De même que dans le domaine de la planification des cités les musulmans manifestèrent un intérêt pour l’édification de jardins et des canaux d’irrigation, ils se concentrèrent en outre sur la construction des bâtiments à usage militaire comme les citadelles, les fortifications en tout genre ou les ribats qui étaient des forteresses défensives installées sur les marches et frontières d’un pays.
La richesse architecturale islamique ne se limite pas à la diversité des constructions et de leurs fonctions, mais il est important de noter que l’architecture de cette sphère civilisationnelle se distingue également par la richesse de ses détails et de ses éléments architecturaux parmi lesquels on trouve notamment les dômes et les coupoles ; les voûtes dans toutes leurs variétés (les arrondies, les angulaires, celles en fer à cheval, celles divisées en lobes, etc.) ; les arches ; les minarets ; les mihrabs ; les portiques ; les éléments se trouvant dans l’intérieur des dômes de formes triangulaires, sphériques ou ayant l’aspect de stalactites ; les petites niches intérieures apparentes ; les éléments aquatiques comme les fontaines, les canaux d’irrigation distribuant l’eau dans les divers quartiers d’une cité ou encore les bassins intérieurs ; les iwans (pièces où l’on s’assoie contenant trois murs et dominant la cour) ; ou encore les divers éléments ornementaux, et à ce sujet l’écriture arabe calligraphique fut un élément important de l’ornementation des différentes constructions islamiques et l’un des grands symboles de la religion, car cette belle langue est celle Noble Coran.

La dimension intellectuelle de l’architecture islamique :

L’art islamique est fondé sur le symbolisme et le dépouillement, lesquels étaient les deux principaux vecteurs de l’expression architecturale. A titre d’exemple les arabesques ornementales sont un mode d’expression servant notamment à donner le point de vue islamique sur la réalité de l’existence et la création du monde, c’est ainsi que l’art des arabesques a pu donner une image de l’homme, dans ses aspects extérieurs et intérieurs, qui renvoie ce dernier à sa réalité qui est celle d’une créature petite et faible se trouvant dans un univers immense et ne comportant pas de limites, ces arabesques étaient en outre influencées par une certaine philosophie soufie qui respectait les principes d’interdiction de la représentation d’êtres vivants en rigueur dans l’Islam.
Même si la civilisation de l’Ancienne Egypte ainsi que les civilisations classiques (grecque et romaine) utilisèrent les ornementations de style géométrique et végétal, il ne fait aucun doute que la civilisation islamique a dans ce domaine créé une école tout à fait originale, possédant son propre style et sa propre philosophie, et d’ailleurs l’art pratiqué par cette école fut désigné par le terme d’ « arabesque ».
Le symbolisme dans l’architecture islamique s’est également manifesté par l’utilisation affirmée des formes carrée et circulaire et par la relation conflictuelle entre ces dernières. Il est possible d’observer cette réalité dans les détails ornementaux de constructions fameuses appartenant à la civilisation islamique. Ainsi, par exemple, dans la philosophie soufie, le carré symbolise les quatre éléments qui composent la nature, c’est-à-dire le feu, l’air, l’eau et la terre. Par ailleurs, et dans un autre domaine, les minarets auraient été conçus pour exprimer l’ascension vers le ciel par le biais de l’appel à la prière.
On retrouve ce symbolisme dans l’organisation des cités et villes islamiques, il s’est notamment manifesté clairement dans la planification urbaine circulaire de Bagdad, en fait la ville est constituée de cercles concentriques avec pour centre la grande mosquée de la ville. Autre exemple, celui qui voit une photo aérienne de la ville Ghardaïa en Algérie a la nette impression d’être devant un agencement urbain évoquant le monothéisme pur, y apparaît la concentralité urbaine qu’on peut observer dans bon nombre de villes musulmanes et qui rappellent les circonvolutions des pèlerins autour de la Ka’ba à La Mecque.
 

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