‘Izz al-Dîn al-Qassâm

‘Izz al-Dîn al-Qassâm
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Nous allons dans ce présent article parler du cheikh combattant et martyr ‘Izz al-Dîn al-Qasâm ; quand nous pensons à lui, nous nous rappelons la Palestine, et quand nous pensons à la Palestine, nous nous rappelons ses héros, et parmi ces derniers il y a indubitablement ‘Izz al-Dîn al-Qassâm, lequel a écrit l’histoire de leur honneur, des recueils de poèmes les immortalisent, ces héros ont mené des batailles durant lesquelles ils ont fait face aux armées des Juifs, assassins des prophètes, et ils les ont vaincues. Al-Qassâm était l’un des grands porte-drapeaux du djihad, son nom est connu et répété dans toute la Palestine.

Son enfance et sa jeunesse :

Le cheikh ‘Izz al-Dîn al-Qassâm est né le 20 novembre 1882 dans la ville de Jablé qui se situe dans la province de Latakieh en Syrie. Dès son enfance ‘Izz al-Dîn al-Qassâm avait un goût prononcé pour la solitude et la réflexion, il étudia au niveau élémentaire dans des écoles traditionnelles de Jablé. Puis à l’adolescence il partit pour l’Egypte où il poursuivit ses études au sein de l’université d’al-Azhar, là-bas il fit partie des élèves du cheikh Muhammad ‘Abduh et du grand savant Muhammad Ahmad al-Tûkhî, de même qu’en Egypte il fut influencé par les chefs du mouvement politique qui résistaient à l’occupation du pays par les Britanniques. En Egypte, ‘Izz al-Dîn al-Qassâm confectionnait des pâtisseries et il les vendait afin de subvenir à ses besoins, il menait cette activité avec son ami ‘Izz al-Dîn al-Tanûkhî, mais ce dernier avait honte et se cachait ; toutefois, al-Qassâm lui disait qu’il devait être fier de cela, et quand le père de ‘Izz al-Dîn al-Tanûkhî vint voir son fils et appris ce que lui avait dit al-Qassâm au sujet de son travail, celui-ci dit à son fils : « Sache que ‘Izz al-Dîn al-Qassâm t’a appris la vie ».
Lors de son séjour en Egypte il rentra une fois à Jablé, et une fois là-bas son père lui demanda de l’accompagner afin qu’ils saluent le chef du lieu, mais le jeune refusa catégoriquement prétextant que c’était au résident de venir saluer celui qui venait de voyage et non l’inverse.

Le retour en Syrie :

Lorsque ‘Izz al-Dîn al-Qassâm revint d’Egypte pour s’installer en Syrie, il travailla comme enseignant au sein de l’université Sultân Ibrâhîm, de même qu’il fonda dans sa ville d’origine Jablé une école pour enseigner le Coran et la langue arabe. Et quand la révolte contre les Français s’embrasa, lesquels occupaient la Syrie depuis 1920, ‘Izz al-Dîn al-Qassâm n’hésita pas à y participer, c’est ainsi que les autorités militaires françaises essayèrent de l’acheter et de l’honorer en faisant de lui un juge, mais ce dernier refusa, ce qu’il paya cher puisque un tribunal français le condamna à la peine de mort par contumace.
Par ailleurs, ‘Izz al-Dîn al-Qassâm mena la première manifestation de soutien aux Libyens, lesquels résistaient de leur côté à l’occupation italienne, il mit sur pied un escadron composé de 250 volontaires, puis il lança avec eux une campagne afin de réunir des fonds pour aider les Libyens, et c’est ainsi qu’il put récolter de l’argent et des armes qu’il fit envoyer aux combattants se trouvant à l’ouest de Tripoli, lesquels faisaient alors face à une offensive des Italiens.

La révolte de Djabal Sahyûn (Mont Sion) :

‘Izz al-Dîn al-Qassâm vendit sa maison, quitta sa ville du littoral et partit s’installer dans le village montagneux d’al-Haffa qui occupait un lieu naturellement fortifié, et ce, afin d’aider ‘Umar al-Baytâr dans sa révolte de Djabal Sahyûn (1919-1920). C’est donc à cette occasion que les autorités françaises occupantes le jugèrent à la peine capitale par contumace ; ainsi, suite à l’échec de cette révolte, ‘Izz al-Dîn al-Qassâm s’enfuit avec certains de ses camarades vers la Palestine en 1921. Là-bas il prit pour quartier général la mosquée de l’Indépendance dans le vieux quartier de Haïfa, il accueillait notamment les paysans pauvres du quartier qui avaient dû quitter leur village, il travailla activement afin d’essayer de les éduquer et de combattre l’illettrisme très répandu parmi eux, il leur donna par exemple des cours du soir et les visita beaucoup ; cette attitude de ‘Izz al-Dîn al-Qassâm envers ces pauvres lui attira la considération des gens et leur soutien.

Le président de l’association des jeunes musulmans :

‘Izz al-Dîn al-Qassâm a rejoint l’école islamique de Haïfa, puis l’association des jeunes musulmans de cette ville et il en devint le président en 1926.
A cette époque al-Qassâm appelait les gens à s’organiser et à se préparer afin de mener le djihad contre l’occupation britannique, il fut en outre très actif dans le domaine de la prédication islamique parmi les groupes de paysans, et ce, dans les mosquées se trouvant dans le nord de la Palestine.

‘Izz al-Dîn al-Qasâm en Palestine :

En Palestine, al-Qassâm s’installa dans le village d’al-Yâdjûr qui se trouve près de Haïfa avec ses compagnons de combat cheikh Muhammad al-Hanafî et cheikh ‘Alî al-Hadj ‘Ubayd. Il faut savoir que jusqu’en 1935 les habitants de Haïfa pensaient que ‘Izz al-Dîn al-Qassâm n’était qu’un simple prédicateur religieux d’origine syrienne et le président de l’association des jeunes musulmans de la ville de Haïfa, il était pour eux un cheikh ayant la réputation d’être pieux, sincère et nationaliste, on peut même dire que toute la région du nord le connaissait comme étant, d’une part, un imam ayant des grandes qualités d’orateur et, d’autre part, un professeur de Charia au sein de la mosquée de l’Indépendance qu’il contribua à fonder.
En 1929, la rumeur selon laquelle les Juifs voulaient détruire la mosquée de l’Indépendance à Haïfa se propagea, en entendant cette nouvelle certains notables de la ville proposèrent de demander l’aide des Anglais, mais le cheikh al-Qassâm refusa cette solution de manière catégorique en disant : « C’est notre sang qui doit défendre les musulmans et leurs mosquées et non le sang des occupants ». Il refusa donc toute discussion avec les Anglais et il dit à ce propos : « Celui qui choisit de s’allier avec eux est sans nul doute un traître » ; notons que certains Arabes s’étaient alliés aux Anglais contre les Ottomans, ils le regrettèrent amèrement, car ils s’aperçurent vite que toutes les promesses des Anglais n’étaient que des mensonges.
En outre, le cheikh demandait aux gens dans ses sermons : « Êtes-vous croyants ?! », et il répondait lui-même que non, puis il leur disait : « Si vous êtes croyants, alors aucun d’entre vous ne doit rester désarmé et se tenir loin du djihad ! ». Dans l’un de ses prêches, alors qu’il dissimulait une arme sous ses vêtement, il la sortit est dit : « Celui qui parmi vous croit en Allah et au Jour dernier, alors il doit en posséder une comme celle-là ! ». Suite à ce coup d’éclat, il fut directement arrêté et mis en prison, en réaction les gens manifestèrent pour sa libération de même qu’ils organisèrent une grève générale, laquelle réussit finalement à contraindre les autorités à le relâcher.
‘Izz al-Dîn al-Qassâm insistait également sur le gaspillage d’argent que représentait les décorations de la Mosquée Sacrée à La Mecque, et à ce sujet-là il disait : « Nous devrions acheter des armes plutôt que des choses luxueuses ». Par ailleurs, par le biais de sa position d’imam-prédicateur et de spécialiste de la Charia, il pouvait accéder à un large public. Il est notable qu’al-Qassâm se distinguait beaucoup des autres cheikhs, car ces derniers ne se préoccupaient que des choses concernant les adorations comme la prière ou le jeûne, alors que pendant ce temps-là les Juifs complotaient, s’organisaient et rachetaient des terres ; ainsi, ‘Izz al-Dîn al-Qassâm, ne considérait pas qu’il faille séparer la religion du fait politique, car, en effet, depuis la Déclaration Balfour (1917), qui inaugurait en Palestine l’établissement d’un foyer national juif, la situation politique était claire. En outre, le cheikh était en conflit avec les jeunes gens de son organisation qui étaient trop pressés et voulaient mener la révolte sans tarder alors que selon lui il fallait se préparer calmement et sûrement afin de frapper au moment le plus opportun ; le cheikh resta ainsi des années à préparer la révolte.

Les relations et contacts de ‘Izz al-Dîn al-Qassâm :

Al-Qassâm entra en relation avec le roi Faysal en Syrie afin de lui demander de soutenir la révolte, ce dernier lui promit qu’il le ferait, mais hélas cette promesse ne fut pas suivie d’effets. Le cheikh décida donc de contacter le grand mufti de Palestine al-Hadj Amîn al-Husayn pour lui demander qu’il prépare la révolte de son côté dans sa région, mais celui-ci lui répondit qu’il pensait que la question palestinienne se réglerait par des moyens pacifiques et grâce à des négociations. Continuant obstinément ses démarches, al-Qassâm entra en contact avec le prince Râchid ibn al-Khuzâ’î al-Farîhât afin de solliciter son aide et pour qu’il organise la révolte contre le mandat britannique et ceux qui le soutenaient dans l’est de la Jordanie, qui était la zone que dominait le prince ; cette demande porta ses fruits puisque al-Khuzâ’î octroya sans hésiter une aide directe et conséquente au cheikh al-Qassâm, aide essentiellement constituée d’armes et d’argent, de plus il prodigua une protection aux rebelles palestiniens se trouvant dans la ville montagneuse et fortifiée de Ajlun an nord de la Jordanie. Cette aide au cheikh mit le prince Râchid et sa tribu, ainsi que la plupart des tribus du nord de la Jordanie, dans une situation où il n’avait d’autre choix que d’affronter le régime jordanien, et notamment le roi ‘Abdallah Ier et les autorités mandataires britanniques. C’est ainsi que ce régime essaya de liquider le prince al-Khuzâ’î en bombardant ses positions, lors de ces opérations de nombreux rebelles jordaniens partisans du prince furent tués. Ces événements contraignirent le prince al-Khuzâ’î à quitter le territoire jordanien pour rejoindre l’Arabie Saoudite en 1937. La révolte des montagnes d’Ajlun se déclencha juste après son départ, et elle se propagea ensuite largement dans toute la partie est de la Jordanie.

Le djihad de ‘Izz al-Dîn al-Qassâm :

Les forces britanniques repérèrent al-Qassâm le 15 novembre 1935, celui-ci se barricada avec quinze membres de son mouvement, les ennemis les trouvèrent le 19 novembre et encerclèrent le bâtiment où ils s’étaient retirés, ils coupèrent notamment toutes les communications entre eux et les villages environnants.
Le peuple apprit pour la première fois que le cheikh ‘Izz al-Dîn al-Qassâm s’était installé avec ses compagnons d’armes dans les environs du village de Ya’bad. Les rebelles étaient armés et ne craignaient ni d’affronter les forces mandataires britanniques ni d’assumer les conséquences de cet affrontement. Cependant, les forces ennemies étaient très nombreuses, leurs effectifs étaient au moins cent fois supérieurs à ceux des rebelles, elles étaient, comme une grande partie de l’armée, bien décidées à en finir avec ‘Izz al-Dîn al-Qassâm et ses partisans. Ainsi, les forces ennemies encerclèrent toute la zone à partir de l’aube du 20 novembre, et des policiers arabes furent placés dans les trois premières lignes offensives, puis les forces britanniques se postèrent derrière ces dernières. Avant le début de l’offensive, l’un des membres de la police arabe appela les insurgés et leur demanda de se rendre, mais voici ce que lui répondit al-Qassâm en criant : « Nous ne nous rendrons pas, nous sommes en train de mener le djihad sur la voie d’Allah ! », puis il se tourna vers ses compagnons et leur dit : « Mourrez en martyrs dans le chemin d’Allah, car cela est bien meilleur pour nous que de nous rendre à ces mécréants scélérats ! ».

La mort de ‘Izz al-Dîn al-Qassâm :

L’affrontement inégal entre les forces d’occupation et les hommes de la résistance dura environ deux heures, durant celui-ci le bruit des tirs était assourdissant, et, de leur côté, les avions ennemis, volant à basse altitude, indiquaient aux assaillants la position des insurgés et les forces dont ils disposaient. Et c’est donc après deux heures d’affrontement qu’al-Qassâm et trois de ses compagnons trouvèrent la mort, il s’agit de Yûsuf ‘Abdallah al-Zaybârî, Sa’îd ‘Atiyya al-Masrî et Muhammad Abû Qâsim Khalf, quant au reste des insurgés, dont la plupart étaient blessés, ils furent arrêtés par les forces adverses.
A la fin de la bataille, les forces armées découvrirent le cheikh à la barbe blanche étendu sur le sol dans ses habits religieux et avec à ses côtés l’exemplaire d’un Coran, quatorze guinées (monnaie) ainsi qu’un gros revolver. Le cheikh Namir al-Sa’dî, qui fut blessé lors de l’attaque mais qui y survécut, put rapporter à un journaliste arabe les détails de ce qu’avait été la réalité peu connue du groupe d’al-Qassâm, on sut notamment que cette affrontement armé était pour tous ces combattants le signal de départ de la révolte généralisée. D’ailleurs, après la mort du cheikh, en novembre, une grève générale est lancée pour obtenir l'arrêt de l'immigration juive et la vente des terres aux Juifs. Elle se prolongera jusqu'en octobre 1936. Parallèlement, les actions de guérilla contre les installations britanniques se multiplièrent. Evoquant cet affrontement, les journaux titrèrent par : « Une grande bataille entre un groupe d’insurgés et la police » ou encore : « Un événement terrible qui a fait trembler toute la Palestine ». Notons que suite à cet événement de nombreuses révoltes soutenant la résistance palestinienne se déclenchèrent dans le monde arabe, et notamment celle d’Ajlun en Jordanie en 1937.
Pour conclure, il est important de dire que ‘Izz al-Dîn al-Qassâm est resté à travers le temps l’un des plus grands symboles de la résistance palestinienne contre l’ennemi sioniste, et ce n’est donc pas un hasard si aujourd’hui la branche armée du Hamas s’est choisie comme nom : les Brigades ‘Izz al-Dîn al-Qassâm.
 

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