Les rues et souks dans l’architecture islamique

Les rues et souks dans l’architecture islamique
5165 2006

La nature et l’histoire des souks :

Les souks des villes islamiques étaient considérés par le passé comme jouissant d’une architecture bien spécifique, ils se distinguaient notamment par leurs dômes et piliers massifs et monumentaux ; notons que jusqu’à aujourd’hui certaines villes islamiques ont préservé le cachet historique ancien de leur magnifiques souks, c’est le cas entre autres du Caire, de Damas, de Tunis, de Médine, de La Mecque ou encore de villes du Koweït, des Emirats ou du Maroc.
Il est à noter que par le passé une proportion importante des habitants des villes arabes travaillait dans le domaine du commerce étant donné l’augmentation constante des activités économiques dans cette partie du monde. C’est ainsi que ce dynamisme commerciale influa directement sur l’organisation urbanistique de ces anciennes villes arabes, par exemple des parties particulières de ces cités furent dédiés à la fondation de souks ; par ailleurs, les activités commerciales se répandirent le long de certains rues dans d’autres parties de ces villes. Il est important ici de faire le distinguo entre les souks, qui connaissaient une activité économique saisonnière et ambulante, et les rues commerçantes, dont l’activité économique était permanente et prenait place dans des boutiques fixes. Notons que chacun de ces souks prenait le nom de la marchandise principale qui s’y vendait.
Les rues commerçantes et les souks faisaient parties des éléments urbains auxquels étaient très attachés les habitants des villes islamiques, c’est ainsi que l’architecture de ces œuvres collectives ne fut pas très marquée par l’empreinte personnelle laissée par les divers dirigeants qui se succédèrent à la tête de ces cités à travers les différentes époques. Par conséquent on peut dire que ces rues commerçantes et ces souks étaient des éléments essentiels de l’héritage culturel des anciennes villes islamiques, et ce, tant qu’ils connaissaient une activité et se développaient.

Les souks généraux dans les villes égyptiennes :

Ces souks généraux se trouvaient à la croisée des routes terrestres et des canaux fluviaux, comme c’était le cas par exemple de la ville de Fustât qui vit fleurir une multitude de magasins sur les rives du Nil ; par ailleurs, ‘Abd al-‘Azîz ibn Marwân fit construire des zones commerciales à l’intérieur de cette même ville, il y avait dans ces dernières des rues et souks portant le nom de la marchandise qui s’y commerçait comme qaysâriyya al-‘asal (la rue du miel), qaysâriyya al-bazz (la rue de la toile à tisser) ou encore le souk des lampes.
Durant cette période de l’histoire s’est développé le commerce issu de la mer Méditerranée et de la mer Rouge, et c’est ainsi que ces souks généraux continuèrent à fonctionner jusqu’à l’édification des deux villes d’al-‘Askar et d’al-Qatâ`i’ avec lesquelles ces souks entrèrent en relation commerciale.
C’est ainsi que des souks de même modèle virent le jour dans la ville d’al-‘Askar puis dans celle d’al-Qatâ`i’ où les souks prirent des noms particuliers comme le souk des « roublards », où travaillaient les vendeurs de parfums et d’étoffes, ou le souk des épiciers, où on trouvait tous les bouchers et les marchands de légumes. Ce modèle de souk se répandirent à l’époque des Fatimides et des Ayyoubides, et ce, jusqu’à ce que se développe le mouvement commercial venu d’Orient et qui traversait l’Egypte et le Châm dans sa route jusqu’à l’Europe à l’époque de la dynastie mamelouke, ce développement conséquent des activités commerciales entraîna la construction d’une multitude d’auberges, d’hôtels et de marchés. Ces auberges et hôtels accueillaient des commerçants venant du Châm avec leurs montures et leurs marchandises, ils entreposaient leurs bagages dans des lieux prévus à cet effet, de même qu’ils pouvaient bénéficier de services bancaires. Cette période s’est distinguée par la construction d’un grand nombre d’auberges et d’hôtels comme l’auberge « heureuse » ou encore l’auberge al-Khalîlî qui fut détruite par le sultan al-Ghûrî qui y construisit à la place un ensemble de magasins, de logements et d’hôtels qui furent à leur tour détruits pour voir reconstruite à leur place l’auberge al-Khalîlî une nouvelle fois.

Les souks du vieux Caire :

Le modèle dominant des souks du vieux Caire se répandit également dans les rues commerçantes spécialisées dont les souks furent nommés en fonction des marchandises qui s’y vendaient. Et parmi les souks les plus importants on trouve le souk d’al-Qasba qui prend place le long de la rue al-Qasba qui était la colonne vertébrale du Caire, cette rue va de Bâb al-futûh jusqu’à Bâb al-zuwayla passant ainsi entre les deux palais, ces différents parties furent désignées par le nom des marchandises qui s’y échangeaient, de plus il est à noter que des rues secondaires abritant des souks plus petits aux commerces spécialisés partaient de cette artère commerçante principale, on trouvait par exemple les souks des tisserands, des vendeurs de bougies, des vendeurs de poulet, des armes, des cages, des drapiers, des sucreries, des savons, des coffres ou encore de la soie. On peut encore voir aujourd’hui les vestiges de ces rues commerçantes et souks dans différents quartiers du vieux Caire, et le plus important e ces souks et sans conteste le souk al-Ghawî qui se trouve dans un tronçon de la rue al-Mu’izz lidînillah, c’est-à-dire, à la place où se trouvait la rue appelée al-Qasba.

Les souks à Damas et à Bagdad :

Dans le Damas des Omeyyades s’est répandu un modèle de souks dont on trouve encore aujourd’hui un exemple édifiant avec les rues commerçantes du souk d’al-Hamadiyya. Puis ce même modèle s’est diffusé dans la vieille ville de Bagdad, et ce, même si en réalité le premier souk de Bagdad prit place dans un petit village à l’extérieur de cette grande cité, puis ce dernier fut abrité dans un grand bâtiment au cœur de la capitale abbaside. On peut voir jusqu’à aujourd’hui les traces des rues commerçantes de cette époque à Bagdad dans le souk d’al-Chardja, ce dernier est divisé est donc divisé en diverses rues dont chacune a sa propre spécialité.

Les souks de la ville d’al-Quds à l’époque ottomane :

Ce modèle de souks constitués de rues ayant chacune sa spécialité en termes de marchandises vendues se propagea également dans la ville d’al-Quds à l’époque ottomane ; c’est ainsi qu’apparurent dans cette cité des marchés couverts et pavés de dallages, c’est le cas notamment des souks d’al-Tawîl, des cardeurs, des fruits et légumes, de la soie, des drapiers, des parfumeurs ou des bijoux. On retrouva également cette organisation spécifique dans les vieux marchés des villes du Maroc comme par exemple Marrakech et Fès ou dans des villes d’Iran comme Ispahan et Chiraz.

Les rues commerçantes :

C’est ainsi que la rue commerçante était l’un des éléments urbanistiques publics les plus importants des anciennes villes musulmanes, tant occidentales qu’orientales, cette dernière ne fit qu’un avec les habitants de ces nombreuses cités ; ainsi, la rue commerçante est considérée comme l’une des bases essentielles de la planification urbaine des zones marchandes ainsi que l’un des éléments des villes islamiques actuelles rappelant leur longue histoire civilisationnelle.

Les souks du Caire à l’époque des Fatimides :

Le Caire de l’époque fatimide, qui est très singulier, se distingue des autres villes du monde islamique qui lui étaient contemporaines par quelques spécificités, parmi lesquelles, comme cela à déjà été rappelé précédemment, la longue rue principale, connue sous le nom d’al-Qasba, la partie de cette rue dédiée au passage des gens était d’une largeur de huit mètres, elle était traversée par les ruelles qui composaient les souks qui s’étendaient dans le rues et les places. La rue d’al-Qasba était entourée par les bâtisses monumentales des palais des califes fatimides, de même qu’on trouvait dans cette rue des mosquées, des écoles ou les cimetières des sultans mamlouks ; enfin, la rue d’al-Qasba était divisé en zones dans chacune avait sa spécialité comme les tentes, le cuivre, les parfums, etc.

Les comptoirs commerciaux dans l’architecture islamique :

Le comptoir commercial est un hôtel d’une sorte particulière, il est composé d’un rez-de-chaussée où on trouve une grande cour intérieure ouverte comprenant des réserves indépendantes ; quant aux étages supérieures, ils sont dédiés à l’accueil des personnes, ces derniers donnent sur la cour intérieure. Ces comptoirs ou hôtels commerciaux étaient destinés à accueillir les marchands accompagnés de leur famille qui venaient des quatre coins du pays lors de la saison des échanges commerciaux, ces derniers entreposaient leur marchandise dans les entrepôts et réserves de l’hôtel jusqu’à ce qu’elle soit épuisée et alors ils pouvaient repartir chez eux.
Il est étonnant de constater que les résidents de ces hôtels commerciaux ne logeaient pas dans de simples chambres, mais plutôt dans ce qu’on peut qualifier de petits appartements indépendants et composés de deux ou trois étages, lesquels étages communiquaient grâce à un escalier privatif. Il est à noter que les Occidentaux se sont attribués cette idée de logement originellement islamique et lui ont donné le nom de « duplex » ou de « triplex ».

Al-Rub’ dans l’architecture islamique :

Al-Rub’ s’inspire du modèle de l’hôtel commercial, mais en le simplifiant. Ce type de logement était à l’origine réservé aux artisans et aux ouvriers, il est composé d’un rez-de-chaussée comprenant des boutiques et un atelier, ainsi que de deux étages supérieurs où on trouve de petits appartements indépendants constitués d’une ou deux chambre, d’un salon, d’une cuisine et d’une salle d’eau ; ces appartements accueillaient les familles des artisans et ouvriers ainsi que les gérants des boutiques .
Pour ce qu’il s’agit des souks traditionnels encore actifs, on trouve le souk d’al-Khalîlî au Caire, al-Hamadiyya à Damas, les marchés de l’or et des dattes au Koweït ou encore le marché des denrées alimentaires à Châriqa.
 

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