Histoire et civilisation de la ville de Boukhara

 Histoire et civilisation de la ville de Boukhara
6287 1892

Boukhara est l’une des villes de la région géographique qui se trouve au-delà du Fleuve, région que l’on désigne aujourd’hui sous le nom d’Asie centrale, et cette ville se trouve plus exactement au sein d’un pays appelé la République d’Ouzbékistan, elle est considérée d’ailleurs comme l’un des plus grands centres économiques de ce pays, de plus elle est un grand centre culturel, religieux et d’études. Par ailleurs, il faut rappeler que la région de Boukhara occupe environ 32 % de la superficie totale de la République d’Ouzbékistan, et 8,2 % de la population ouzbèke y vit.

Fondation et histoire de la ville de Boukhara :

On pense que le fondateur de la ville de Boukhara est un chef militaire iranien du nom de Siyâwach ibn al-Malik Kîkâwas après avoir abandonné son père qui était alors en colère contre lui, il alla donc se réfugier auprès du roi des Turcs Afrâsiyâb, lequel l’accueillit fort bien et alla même jusqu’à lui donner l’une de ses filles en mariage mais également à lui octroyer un territoire qu’on connaît aujourd’hui sous le nom de Boukhara. C’est ainsi que Siyâwach y bâtit une ville, mais il se trouve que son bienfaiteur turc, influencé par le travail de sape acharné de quelques calomniateurs, se retourna contre lui et le fit exécuter. On y écrivit alors sur son compte des panégyriques que l’on peut encore réciter jusqu’à nos jours à Boukhara.
Il est à noter que Boukhara est l’une des cités les plus importantes du Khorasan ; par ailleurs, al-Nurchakhî (mort en 959), l’auteur d’un Histoire de Boukhara, rappelle que la terre sur laquelle fut édifiée la ville de Boukhara était connue pour être plein de gibiers, laquelle terre se forma suite à diverses sorties du lit du fleuve Syr-Daria qui grossit avec les eaux des glaces fondues émanant des sommets montagneux du pays, ses alluvions rendent la terre fertile. Les gens vinrent dans cette région pour son charme particulier et son air pur, puis ils y construisirent leurs maisons et ils se donnèrent un prince qui les dirigea.
Depuis le Ve siècle, les Chinois donnent à Boukhara le nom de « Noumi », on dit en outre que le terme de « Boukhara » est une déformation du mot « Bakhara » qui serait lui-même une déformation en turc du mot « Vîhâra » qui vient de la langue sanskrite et qui veut dire « monastère » ou « couvent », il semblerait en fait qu’avant l’Islam la région abritait un monastère bouddhiste.
Quant aux sources arabes, elles donnèrent aux habitants d’origine de la ville de Boukhara le nom de Bukhâr khadâ ou Bukhâra khadâh. Il faut constater hélas que les sources concernant l’histoire de Boukhara avant l’Islam sont peu nombreuses ; en fait, l’histoire majestueuse et riche en événements de cette cité prendra indubitablement une autre dimension après que l’Islam en fit la conquête.

La conquête islamique de la ville de Boukhara :

Avant la venue de l’Islam les habitants de Boukhara étaient des idolâtres, et à ce propos il faut rappeler qu’une fois par an se tenait dans la ville une foire, appelée Mâkh, durant laquelle se vendaient des statuts et autres idoles. La plupart des récits s’accordent pour dire que le premier des musulmans à avoir franchi le fleuve qui mène à la montagne de Boukhara est un certain ‘Ubayd Allah ibn Ziyâd qui fut nommé gouverneur du Khorasan par le calife Mu’âwiyya ibn Abî Sufiyân (661-680) en 674, lequel ‘Ubayd Allah n’avait alors que 25 ans ; ainsi, le jeune gouverneur traversa donc le fleuve avec plus de 24 000 hommes. Il faut savoir qu’à ce moment le trône de Boukhara était occupé par la veuve de son prince défunt que la plupart des sources nomment « Khâtûn » qui est un terme turc signifiant « la Dame ». Cette dernière demanda l’assistance des Turcs, mais les musulmans défirent malgré tout son armée, Khâtûn voulut donc passer un accord de paix avec ‘Ubayd Allah ibn Ziyâd qui accepta cette proposition mais contre le versement d’un million de dirhams. Le jeune chef musulman pénétra donc dans la ville de Boukhara en vainqueur, puis il conquit les cités de Zâmîn et de Baykand, puis il retourna à Bosra en Syrie avec près de deux milles jeunes combattants de Boukhara qui étaient tous d’excellents archers, il imposa que leur soit versé une solde.
Puis, en 675, le calife Mu’âwiyya ibn Abî Sufiyân nomma Sa’îd ibn ‘Uthmân ibn ‘Affân gouverneur du Khorasan, celui-ci traversa le fleuve et conquis Samarkand, Khâtûn lui versa un tribut et lui envoya comme soutien des troupes de Boukhara.

La conquête de Boukhara par Qutayba ibn Muslim :

Le pouvoir arabe sur Boukhara ne se consolida vraiment que sous le califat d’al-Walîd ibn ‘Abd al-Malik (705-715), et plus exactement au moment où le gouverneur de l’Iraq, al-Hadjâdj ibn Yûsuf, plaça à la tête de la province du Khorasan Qutayba ibn Muslim al-Bâhilî de 705 à 715, le premier ordonna au second de procéder à la conquête des contrées se trouvant au-delà du fleuve. C’est ainsi que Qutayba s’empara de Boukhara en 710 qui était alors dirigé par un certain Wardân Khadâh qui pour se défendre s’appuya sur le fleuve Syr-Daria et demanda le soutien des Turcs qui coururent à son secours ; toutefois, Qutayba les défit après un combat acharné et violent durant lequel le roi des Turcs et son fils furent blessés, puis il établit son autorité sur l’héritier du trône de Boukhara Tougchada après avoir banni ses adversaires de la cité ; notons que Tougchada trouva la mort en 739 dans le campement militaire du gouverneur du Khorasan de l’époque de Nasir ibn Sayyâr.
Qutayba fit bâtir une mosquée à l’intérieur des fortifications de Boukhara en 712 sur un lieu où se trouvait anciennement un temple abritant des idoles, mais étant donné que l’Islam gagna vite du terrain dans cette région, cette seule mosquée ne suffit donc plus pour accueillir les fidèles, et c’est pour cette raison qu’à l’époque du calife abbasside Hârûn al-Rachîd une deuxième mosquée fut construite entre les remparts et la ville.
La ville de Boukhara jouissait d’immenses richesses ainsi que d’un commerce et d’une industrie florissants, cela se manifestait concrètement par les grands bénéfices que les musulmans arrivaient à y faire, et il faut savoir qu’une partie de l’argent gagné par ces derniers grâce aux activités ou aux impôts était envoyé sous forme de tissus précieux au siège du califat.

Vestiges et monuments de la ville de Boukhara :

Il existe aujourd’hui plus de 140 vestiges architecturaux historiques encore visibles à Boukhara dont les plus importants sont :
-Le dôme des Samanites : lequel a été bâti par Ismâ’îl al-Sâmânî en 892, l’édifice est en fait de forme carrée et est surplombé d’un dôme.
-Les grandes portes sud de l’une des mosquées de Boukhara, lesquelles portes furent édifiées dans les premières années de l’ère de l’Hégire, elles concentrent en quelque sorte tous les arts décoratifs typiques de Boukhara.
-La mosquée de Namazkah qui fut construite dans la première décennie de l’Hégire.
-Le minaret de Kâliyân édifié par Arslân Khân en 1127, lequel est décoré de bas en haut par un parement de briques réalisé avec un grand savoir-faire.
-La mosquée de Baland qui fut bâtie en l’an 16 de l’Hégire, elle se caractérise par un porche extérieur possédant des piliers e bois soutenant un toit également fait de bois.
- Le bassin de « l’eau de Labb », l’ordre de sa construction fut donné par l’un des notables de Boukhara, il est ornementé de roches de calcaire et il est entouré par des jardins luxuriants.

Les savants et oulémas de Boukhara :

Parmi les savants les plus importants de Boukhara il y a l’imam Ishâq ibn Râhawîh et bien sûr l’imam al-Bukhârî, qui est cet immense savant qui fit connaître la ville de Boukhara partout car il est notamment l’auteur du livre le plus authentique après le Noble Coran, c’est-à-dire le Sahîh.
Parmi les autres grandes personnalités issues de Boukhara on trouve également le philosophe et médecin Abû ‘Alî al-Husayn ibn ‘Abdallah ibn Sînâ, plus connu sous le nom d’Ibn Sînâ ou d’Avicenne dans sa version latinisée, il décéda en 1036 parmi ses ouvrages les plus connus il y a le Livre des directives et des remarques en philosophie ou en le Canon en médecine.
Enfin, voici quelques paroles dites au sujet de Boukhara ; ainsi, Yâqût al-Hamawî a dit : « Il n’y aucun pays au-delà du fleuve et dans le Khorasan où les habitants maîtrisent aussi bien l’architecture, et ce à leurs frais, que Boukhara où l’on trouve en outre le plus grand nombre d’individus capables de déterminer le cadastre […] ». Par ailleurs, ce même Yâqût rapporta de l’auteur du Livre des images les propos suivants : « Lors d’une excursion dans les contrées qui se trouvent au-delà du fleuve, il m’est apparu que de ma vie je n’avais jamais vu ni entendu qu’il existait dans l’empire musulman une campagne aussi belle et agréable que celle qui environne la cité de Boukhara, car, en effet, si tu montes l’une de ses imminences et que tu regardes de tous les côtés, tu verras partout de la verdure luxuriante se confondant avec la verdure du ciel […] ».

C’est ainsi que nous avons voulu en quelques lignes présenter ici l’histoire et la haute valeur civilisationnelle de la cité de Boukhara qui est l’un des joyaux de notre civilisation islamique.

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