La formation de la personnalité créative en Islam II

La formation de la personnalité créative en Islam II
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Voici donc la suite et la fin de notre article dédié à la formation de la personnalité créative en Islam :

3- Le renforcement de la fierté personnelle et la non-aliénation :

La fierté personnelle est un sentiment intérieur exprimant ce que ressent l’individu en termes de gloire et de prétention, ce sentiment amène à la confiance en soi du sujet, laquelle permet en dernière instance la formation d’une personnalité innovatrice. Ainsi, l’Islam encourage l’individu musulman à être fier de lui, à s’écarter de l’avilissement et de l’humiliation, à éviter l’aliénation et à se forger une personnalité indépendante et singulière, de plus l’Islam appelle le musulman à se différencier des gens du Livre et des adeptes des autres religions et sectes dans de nombreuses choses comme par exemple : l’orientation vers la Qibla, la prière en étant chaussé, l’incitation à prendre le repas de l’aube, la précipitation dans la rupture du jeûne, la teinte des cheveux et poils blancs, l’interdiction d’accomplir la prière au moment où le soleil se lève au-dessus de l’horizon et au moment où il se couche, etc. Et à ce propos le Prophète () a dit : « Ne soyez pas des imitateurs aveugles qui disent quand les gens font le bien nous les imitons et quand ils font le mal nous les imitons aussi. Mais exercez-vous à faire le bien quand ils le font et à vous écarter du mal quand ils en font devise » (al-Tirmidhî).
Les marques de la fierté personnelle apparaissent également dans le fait que l’individu prenne soin de son image extérieure dans le but d’être accepté socialement, mais sans fatuité, orgueil et excès. Parmi les caractéristiques de la fierté personnelle on trouve le fait que l’individu qui en est pourvu ne reviens jamais sur une décision prise, et ce, tant qu’il ne lui est pas apparu clairement qu’il s’est trompé. Par ailleurs, on trouve parmi les divers aspects de la fierté personnelle que la Sunna favorise, le développement de l’esprit de compétition entre les gens pour l’acquisition de vertus ; ainsi, le Prophète () savait valoriser l’individu et remonter son moral de telle manière qu’il le poussait ainsi à parfaire le travail qu’il devait accomplir et à persévérer afin de faire toujours plus. A ce propos on trouve cette parole rapportée par Abû Hurayra qui dit : « On a dit : Ô Messager d’Aller : qui seront les premiers que tu désigneras lors de ton intercession le Jour du Jugement ? Le Prophète () répondit donc : ô Abû Hurayra, je pensais que tu serais le premier à me poser cette question vu l'importance que tu donnes aux hadiths, eh bien les premiers que je désignerai lors de mon intercession le Jour du Jugement seront ceux qui disent qu’il n’y a pas d’autre divinité qu’Allah avec un cœur et une âme sincères » (Boukhari).
La Sunna a suscité l’esprit de compétition en permettant aux énergies intellectuelles et innovatrices de se déployer et en ne les jugulant pas, de plus la Sunna fait tout pour que soient révélés les joyaux des trésors qu’elles recèlent. La preuve concrète de ce fait est que les Compagnons, qu’Allah les agrée tous, avaient l’habitude de donner leur avis dans toutes les situations alors que se trouvait parmi eux un chef recevant une révélation divine, c’est ainsi que leurs esprits accouchèrent de nombreuses idées innovantes. Par exemple, le jour de la Bataille de Badr al-Habbâb ibn al-Mundhir indiqua au Prophète () que l’endroit où avait pris place l’armée musulmane n’était pas une bonne position et que l’endroit le plus adéquat était proche du puits de Badr, c’est ainsi que le Prophète () adopta ce point de vue ; dans le même genre on trouve les approbations de ‘Umar (Radhia Allahou Anhou), le conseil de Salmân al-Fârisî (Radhia Allahou Anhou) de creuser le fossé, etc.
Les recherches internationales montrent aujourd’hui que le sentiment chez un individu de ne pas être important et de pas accomplir en général des actions ayant de la valeur est un frein à l’esprit d’innovation stoppant tout enthousiasme et éteignant le tison de la flamme de la créativité dans les esprits.

4- La réalisation de la liberté dans son sens authentique :

Il existe un lien d’interdépendance et de complémentarité entre la liberté et la créativité, c’est ainsi qu’il ne peut y avoir de créativité sans liberté, car la liberté est la seule chose qui permette de pouvoir accéder à une créativité réelle s’approchant de la réalité avec ses diverses données. Et en même temps, il faut prendre en compte les paramètres sur lesquels s’appuie la société et auxquels elle tient, cela est source d’un essor créatif. En fait, la liberté fait partie des valeurs fondamentales qui servent de cadre de référence organisant et stimulant la conduite des créatifs. Ainsi, l’avènement de l’Islam a ouvert de nouveaux horizons à la liberté, laquelle a contribué à la formation d’un environnement fertile pour la créativité, de plus l’Islam a apporté l’unicité divine (al-Tawhîd) qui incarne le plus haut niveau de la liberté, car en effet l’adoration a de multiples aspects et formes et on trouve dans les indications prophétiques la mise en évidence de la distance qui sépare l’adoration d’Allah l’Unique aux autres adorations :
Ainsi, le Prophète () a bien montré qu’il fallait s’écarter de toutes les sortes d’adorations qui ne sont pas vouées à Allah en commençant par les idoles à forme humaine, en poursuivant par les bétyles et en terminant par les attachements insidieux comme l’amour fou, les passions, l’argent ou les femmes. C’est ainsi que le Prophète (Salla Allahou Alaihia wa Sallam) a consacré treize années de sa prédication à affermir et enraciner l’idée de l’unicité divine dans les âmes des musulmans, le Prophète () a dit : « Malheur à celui qui adore les dinars, celui qui adore les dirhams, celui qui adore les vêtements et les tapis de luxe, quand on lui en donne, il est satisfait et quand on ne lui en donne pas, il ne tient pas ses engagements » (Boukhari).
Les genres d’adorations vouées à un autre qu’Allah que l’on vient de citer sont une aliénation de la liberté de penser et un enfouissement de l’énergie créatrice, à cause d’elles l’individu qui s’y adonne se retrouve sous l’emprise des plaisirs immédiats et de l’instant présent. La libération de ces adorations vouées à un autre qu’Allah passe par une prédication ouverte visant l’adhésion du plus grand nombre, et ce, afin de redonner à la Oumma sa spécificité et sa capacité à jouer un rôle majeur. Il ne fait en sus aucun doute que la transformation radicale de la pensée de l’Ignorance et sa refonte complète ne pourra se faire que grâce à l’unicité divine.

En conclusion nous pouvons dire que c’est grâce à ces piliers et ses poutres que l’Islam a pu construire une personnalité créative originale jouissant d’une certaine stabilité intérieure et ne souffrant pas des confusions, troubles et abattements que connaissent certains esprits dans les autres cultures enfiévrés par l’ardent désir de créer. C’est ainsi qu’apparut la personnalité créative musulmane se distinguant par son esprit innovant en adéquation avec sa société d’origine, cette personnalité ne connaît pas de schizophrénie dans sa vision des choses ni de dédoublement dans ses critères et normes de base ; en fait, elle travaille, produit et crée tout en oubliant pas la part due à l’au-delà, nous touchons donc là à l’essence fondamentale qui distingue la civilisation islamique des autres civilisations.

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