Les Qarmates I

Les Qarmates I
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Nous allons dans deux articles tenter de comprendre qui étaient les Qarmates, pour ce faire nous évoquerons le fondateur et les origines de cette secte batinite ainsi que la structure, l’idéologie et les croyances de cette dernière. 

La secte des Qarmates est un mouvement batinite funeste qui trouve son origine chez un individu du nom de Hamdân ibn al-Ach’ath, ce dernier était surnommé « al-qarmat », terme qui faisait référence à sa petite taille et au fait que ses jambes étaient courtes. Cet individu était originaire du Khorasan dans la région de l’Ahwaz en Iraq, puis il quitta son pays pour s’installer dans la ville de Koufa.
Ce mouvement se base sur une organisation secrète et militaire, et si en apparence ses membres semblaient exagérément attachés aux Gens de la maison prophétique et prétendaient marcher dans les pas de Muhammad ibn Ismâ’îl ibn Dja’far al-Sâdiq, en réalité ils étaient des athées, des débauchés et des dépravés, de plus ils contribuèrent largement à l’effondrement de l’Etat islamique.

La fondation de la secte des Qarmates et ses personnalités les plus notables :

Le développement de la secte nous apparaît clairement grâce à l’analyse de ses principaux leaders et grandes personnalités qui tous se montraient comme de bons musulmans mais en réalité étaient d’authentiques mazdéens, ces individus ont marqués leur mouvement et ils ont été tels des jalons dans la longue histoire de ce dernier :
- Ainsi, un certain ‘Abdallah ibn Maymûn al-Qaddâh, qui fut la tête des serpents qarmates, a commencé par diffuser les principes de bases de l’ismaïlisme dans le sud de la Perse en 260 de l’Hégire.
- Puis, ce dernier avait à son service un prédicateur qui sévissait en Iraq et dont le nom était al-Faradj ibn ‘Uthmân al-Qâchânî, plus connu sous le nom de « Dhakrawayh », celui-ci commença à répandre son message de manière secrète.
- Et en 278 de l’Hégire Hamdân Qarmat ibn al-Ach’ath commença à diffuser ouvertement le message qarmate près de la ville de Koufa en Iraq. Puis il fonda une maison qu’il appela « la Maison de l’émigration » dans laquelle il instaura l’obligation d’accomplir cinquante prières dans la journée.
- Un peu plus tard Dhakrawayh s’enfuit de là où il sévissait en tant que prédicateur et se cacha pendant près de vingt ans, mais il prit le soin d’envoyer ses enfants aux quatre coins du pays afin qu’ils appellent les gens à adhérer au mouvement qarmate.
- Ce Dhakawayh désigna un certain Ahmad ibn al-Qâsim pour le remplacer durant son absence, puis il se mit à attaquer les caravanes commerçantes ainsi que celles des pèlerins se rendant ou revenant de La Mecque ; toutefois, il fut vaincu à Homs en Syrie et fait prisonnier par les armées califales en 294 de l’Hégire, mais ce dernier mourut lors du chemin le ramenant à Bagdad.
- Notons en outre que qu’une partie des Qarmates se rendirent au Bahreïn pour se rallier avec al-Hasan ibn Bahrâm plus connu sous le nom d’Abû Sa’îd al-Djannâbî qui se rendit dans la ville de Bassora en 283 où il fut vaincu. Celui-ci fut remplacé par son fils Sulaymân ibn Bahrâm plus connu sous le nom d’Abû Tâhir, ce dernier s’empara de nombreux territoires dans la péninsule Arabique, il maintint son pouvoir pendant trente années. Il est considéré comme étant le fondateur du premier vrai Etat qarmate ainsi que comme le grand organisateur et législateur de son fonctionnement politique et social, il fut à un moment si puissant que le pouvoir central abbasside de Bagdad fut contraint de lui verser un tribut, nous pouvons en sus citer parmi ses actions sanglantes et coups d’éclat les faits suivants : lui et ses hommes s’en prirent à des pèlerins de retour de La Mecque, ils les pillèrent et les dépossédèrent de tout ce qu’ils avaient au point que ces derniers périrent de leur indigence ; il s’empara de la ville de Koufa à l’époque du règne du califat abbasside al-Muqtadir (entre 295 et 320 de l’Hégire), et ce, durant six jours ; il s’attaqua à La Mecque en 319 de l’Hégire et s’attaqua aux pèlerins qui s’y trouvaient, il détruisit la source de Zamzam, il sema la mort au sein même de la Mosquée, de même qu’il enleva le tissu noir couvrant la Ka’ba (al-Kaswa), la mettant ainsi à nu, il détacha de son socle la Pierre noire qu’il emmena avec lui jusqu’al-Ahsâ` (centre politique et décisionnel des Qarmates), laquelle resta en ce lieu durant vingt ans c’est-à-dire jusqu’en 339 de l’Hégire.
Mais ce turbulent Sulaymân finit par mourir, et c’est donc son frère al-Hasan al-A’sam qui prit sa suite, celui-ci renforça encore les positions des Qarmates et il s’empara de la ville de Damas en 360 de l’Hégire, puis il se dirigea vers l’Egypte où il engagea des batailles contre l’Etat fatimide, mais son armée fut finalement vaincue et dut revenir à al-Ahsâ`. Les Qarmates démirent al-Hasan de ses fonctions, il fut donc remplacé par deux hommes : Dja’far et Ishâq, lesquels augmentèrent l’influence des Qarmates ; toutefois, ils finirent par se disputer, puis ils furent combattus par un certain al-Asfar al-Taghlibî qui s’empara du Bahreïn et d’al-Hasâ` ce qui mit fin à leur Etat.

Les différentes castes ou classes de la société qarmate :

La société qarmate possédait des caractéristiques très particulières, c’est ainsi qu’elle était notamment composée de quatre classes sociales distinctes :
-La première classe : dans le livre Les frères de la pureté (Ikhwân al-safâ) les membres de cette classe sont appelés « les frères innocents et miséricordieux », cette dernière est donc composée d’individus jeunes ayant entre quinze et trente ans, ils se préparent à recevoir les enseignements et la foi qarmates afin de s’en imprégner complètement.
- La deuxième classe : dans le livre cité ci-dessus, les membres de cette classe sont nommés « les bons et honnêtes frères », cette classe est donc composée d’individus ayant entre trente et quarante ans, c’est la classe des leaders politiques, il sont en outre chargés de veiller sur tous les autres « frères », ils sont également tenus de respecter leurs engagements à leur égard, de même qu’ils doivent faire preuve à leur endroit de bienveillance et les aider.
- La troisième classe : cette dernière rassemble les individus qui ont entre quarante et cinquante ans, ceux-ci connaissent la loi divine selon la compréhension qu’en ont les Qarmates, ils ont le pouvoir d’ordonner et d’interdire, de même qu’ils sont chargés de prêcher le message qarmate et de répondre aux adversaires de la secte ; enfin, il faut noter que ce sont eux qui ont composé les épîtres religieux qarmates et qui les ont diffusés un peu partout.
- La quatrième classe : les membres de cette classe sont surnommés « les aspirants », puis « les enseignants », puis « les rapprochés de Dieu », celle-ci rassemble les individus qui ont dépassé l’âge de cinquante ans, c’est la classe la plus haute de la secte, celui qui accède à cette dernière est considéré par la secte comme un « confident de Dieu », quelqu’un qui voit clair au-delà de notre monde, c’est ainsi qu’il est capable de voir ce qui se passera le Jour du Jugement, c’est-à-dire qu’il verra la résurrection et le règlement des comptes.

L’idéologie et les croyances des Qarmates :

- Lorsque les Qarmates ont commencé à développer leur mouvement, ils ont mis en avant des idées et des opinions pour lesquelles ils prétendaient être prêts à se battre, c’est ainsi qu’ils disaient qu’ils se battaient pour les gens de la Maison prophétique, et ce, même si les gens en question ne furent pas à l’abri de leurs épées.
- Puis il semblerait, selon certains chercheurs, que l’Etat qu’ils fondèrent était régi par une sorte de proto-communisme, c’est-à-dire qu’ils prônaient un partage équitable des richesses de tous et réfuter le concept de propriété individuelle.
- De même que selon leur doctrine, ils instaurèrent la possibilité pour plusieurs de partager la même femme, et ce, dans le but d’éviter les causes de rancœur et d’animosité entre eux, c’est ainsi par exemple qu’il était formellement interdit aux membres de la secte de cacher aux autres leur femme à leurs « frères », ils prétendaient que cette manière de faire augmentait l’affection et l’amour entre eux.
- Les Qarmates avaient en outre décidé d’abroger les principes fondamentaux de l’Islam comme le jeûne, la prière ainsi que les autres obligations cultuelles.
- Ils instaurèrent également comme principe de leur mouvement l’utilisation de la violence comme moyen de réalisation de leurs objectifs.

Source : le site Internet Sayd al-Fawâ`id, Dr Mâni’ ibn Hamâd al-Djahnî, traduction Islamweb.

(A suivre).
 

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