La foi et les actions I

La foi et les actions I
6029 1882

Nous étudierons dans deux articles le thème essentiel du lien entre la foi et les actions, et notamment via une analyse de ce qu’est la pensée de l’Irdjâ`.

Il y a une question que tout musulman honnête et conscient devrait se poser : comment le monde musulman est devenu ce qu’il est ? C’est-à-dire comment sommes-nous passés d’une civilisation qui dans le passé était fière, forte, organisée et dominante à une civilisation qui est aujourd’hui malade, moribonde, brisée et humiliée ? Comment ce passé glorieux a abouti à notre amère réalité ?

Il ne fait aucun doute que cet effondrement et ce basculement ne se sont pas faits en un jour, bien au contraire cela a pris beaucoup de temps, c’est-à-dire environ treize siècles. De même qu’il est indéniable que cela ne s’est pas produit à partir de rien, il y a évidemment des causes et des facteurs qui ont généré cet état de fait, parmi ceux-ci il y a les maladies internes qui se sont développées dans le corps de la Oumma jusqu’à l’épuiser, mais il y a aussi les attaques subies par cette dernière de la part des ennemis extérieurs, lesquels se sont acharnés sur ce corps déjà affaibli jusqu’à le terrasser ; ainsi, ces deux grandes causes, celle intérieure et celle extérieure, se sont combinées jusqu’à finir par produire le résultat que nous avons aujourd’hui sous les yeux.

Une pensée pervertie et une compréhension incorrecte :

Toutefois, parmi les maladies dont est sujette la Oumma il y en a des plus dangereuses dont notamment la modification de la compréhension de la foi, du sens de ce qu’est l’Islam et de la signification de la profession de foi musulmane ainsi que la dénaturation de ces concepts fondamentaux et leur détournement de leurs vrais buts.
Ce phénomène semble avoir commencé avec l’apparition de ce qu’on appelle la pensée de l’Irdjâ`, laquelle consiste à séparer les actions de la foi qui n’est, selon cette doctrine, que dans le cœur et n’a aucun lien avec les premières. Pour les partisans de ce courant, il est possible qu’un individu jouisse d’une foi complète, et ce, même s’il n’a jamais accompli aucun bien de toute sa vie, d’ailleurs l’un des adeptes de cette doctrine aurait dit la phrase suivante : « Un péché ne lèse la foi en aucune manière, au même titre qu’une adoration ne profite nullement à la mécréance ». C’est ainsi que ceux-ci ont détourné les gens de l’accomplissement des adorations et des bonnes actions ainsi que du labeur et de l’effort, ils les ont plutôt poussés à commettre de mauvaises actions et à tomber dans de graves erreurs, mais cela n’est pas très grave car selon ces individus égarés les péchés n’ont aucune influence sur la foi !
En réalité cette manière de concevoir la religion est une innovation blâmable (bid’a), c’est là à n’en pas douter une forme de laxisme extrémiste, qui est en fait une contre-réaction à une autre innovation blâmable qui l’a précédée c’est-à-dire le rigorisme religieux extrémiste dont les initiateurs et tenants furent les Khawâridj, lesquels disaient, par exemple, du musulman qui commettait un grand péché qu’il était un mécréant et qu’il serait voué à rester en Enfer éternellement s’il ne se repentait pas avant de mourir. Il est évident que ces deux groupes extrémistes, chacun dans un sens opposé, sont égarés, leurs paroles sont totalement erronées et leur compréhension de la religion est proprement incorrecte.
A l’inverse, les adeptes de la Sunna sont des gens qui apprennent la science, vont à la source de la religion, sont éduqués en termes de règles jurisprudentielles et font montre de sagesse, ils sont en outre les gens du juste milieu et de la modération se plaçant à équidistance entre les deux groupes précédemment cités, ils marchent sur la voie droite entre ces deux égarements et s’attachent à la vérité se trouvant entre ces deux erreurs. Les gens de la Sunna disent notamment que la foi c’est des paroles et des actes de même que celle-ci baisse et augmente, la foi s’exprime donc par la langue, elle est confirmée par le cœur et les membres agissent en accord avec cette foi, ainsi cette dernière augmente avec les adorations et baissent avec les actes de désobéissance. Ces paroles émanent du consensus des gens de la Sunna, et à ce propos voici ce qu’a dit le maître des gens du Hadith, l’imam Boukhari, qu’Allah lui fasse miséricorde : « J’ai rencontré plus de milles savants, tous sans exception disaient que la foi c’est des paroles et des actes, et que celle-ci augmente et baisse ». Ces imminents oulémas ne disaient donc pas que les désobéissances n’avaient aucune influence sur la foi, bien au contraire ces dernières l’affaiblissent, de plus elles rendent le cœur malade et il est même possible qu’à terme elles le tuent, et d’ailleurs Allah, exalté soit-Il, dit : « Pas du tout, mais ce qu’ils ont accompli couvre leurs cœurs » (Coran 83/14).
En réalité, le musulman commettant un grand péché est un musulman désobéissant, s’il se repent avant sa mort, alors Allah, exalté soit-Il, lui pardonnera, mais s’il meurt dans cette situation de grand pécheur, alors son sort est entre les mains d’Allah, s’Il le veut, Il peut le châtier selon le ou les péchés commis par lui, puis le faire entrer au Paradis ; ou bien Allah, exalté soit-Il, peut lui pardonner tout de suite, c’est ainsi qu’Allah, exalté soit-Il, dit : « Certes, Allah ne pardonne pas qu’on Lui donne des associés. A part cela, Il pardonne à qui Il veut » (Coran 4/116).

Une chose qui ne vient pas à l’esprit :

Il ne me semble pas qu’au moment où les initiateurs de la pensée de l’Irdjâ` étaient en train d’élaborer celle-ci qu’ils pouvaient imaginer avoir une telle influence destructrice sur la Oumma. Je ne pense pas qu’il soit venu à l’esprit d’aucun de ces initiateurs qu’il viendrait un jour où des gens se revendiquant de l’Islam laisseraient la prière, le jeûne ou les autres adorations, tombant dans les désobéissances et les péchés, et useraient comme argument contre celui qui les inciterait à prier et à laisser leurs péchés la chose suivante : « Laisse-moi tranquille avec ça, le plus important c’est ce qu’il y a dans le cœur, tant que celui-ci est pur alors tout va bien ! ».
Je ne pense pas non plus qu’il soit venu à l’esprit d’aucun des initiateurs de cette innovation qu’il viendrait un jour où on verrait des gens se revendiquant de l’Islam qui n’ont pas accompli une seule rak’a pour Allah, exalté soit-Il, pendant cinquante ans tout en étant certains qu’Allah, exalté soit-Il, les ferait rentrer au Paradis sans les châtier durement. Pourquoi ces gens affirment cela ? Est-ce que c’est parce qu’ils se sont repentis et ont retrouvé le chemin de la prière ? Non, ils ne l’ont pas fait et ils ne le feront pas parce qu’ils sont persuadés qu’Allah, exalté soit-Il, leur offrira le Paradis malgré leur situation de grands pécheurs, car Allah, exalté soit-Il, est Pardonneur et Miséricordieux, voilà donc comment pensent ces insouciants !
Les exemples de ce type d’individus sont hélas très nombreux, ces personnes commettent des péchés gravissimes et malgré tout ils sont des plus sereins car sûrs qu’ils feront partie des gens du Paradis et que l’Enfer leur sera évité. En son temps al-Hasan a décrit ce type d’individus en disant en substance la chose suivante : « Il existe des gens commettant de mauvaises actions en pensant qu’Allah les aime, mais ils mentent, s’ils pensent qu’Allah les aime alors ils doivent faire de bonnes actions pour lui plaire ».

Le plus grand des crimes :

Le fait de couper le lien qui lie la foi et les actions est l’un des pires crimes que l’on puisse commettre contre notre religion, car dans ce cas là il n’apparaît plus sur le musulman aucun signe de la foi qu’il est censé porter en son for intérieur.
Ainsi, lorsque nous présentons aux gens une religion sans actions ni pratiques, c’est comme si nous leur présentions en réalité une religion théorique n’ayant aucune influence sur le comportement ou la vie concrète de celui qui y adhère. Cette manière de faire et de voir entre totalement en contradiction avec le vrai sens et le but réel de la profession de foi ; en effet, la religion, au lieu d’être un chemin de vie complet apportant du bonheur à celui qui la pratique, ne devient qu’une suite de mots sans effet prononcés par la langue ou bien une chose fichée dans le cœur mais n’ayant aucune conséquence réelle et pratique dans la vie de tous les jours. C’est là incontestablement une grave défaillance dans la compréhension de notre dogme islamique magnifique.
Chaque arriération ou défaillance qui a atteint la Oumma avait pour cause le délaissement des actions et de la pratique ainsi que la minimisation de leur importance dans cette religion.
La défaillance morale et civilisationnelle : cette réalité est imputable à l’abandon des mises en pratique des morales émanant de la profession de foi, c’est-à-dire qu’en l’occurrence un musulman désobéissant est convaincu qu’il n’est pas obligé de mettre en œuvre ces morales et que ces dernières n’ont pas vraiment de conséquence sur la foi ; par conséquent, ce musulman, fort de cette conviction, ne verra aucun problème à mentir, à tromper, à trahir la confiance, à se montrer hypocrite, à calomnier, à voler, à accepter des pots-de-vin, à négliger son travail, etc. Et c’est ainsi qu’un tel individu perd peu à peu la morale islamique ainsi que les valeurs humaines qui sont la quintessence de la civilisation.
La défaillance économique : ainsi cette compréhension fallacieuse de la religion a également était la cause d’une défaillance économique ; en effet, la base de l’économie c’est le travail, la production ainsi que les efforts tendant à parfaire les produits de le but d’en améliorer l’utilisation et d’en faciliter l’exportation afin de relever le niveau de l’économie. A l’inverse, une volonté faible et imparfaite de travailler, la négligence de celui-ci ou encore le fait de l’accomplir sans désir de bien faire annihilent toutes les tentatives qui visent à améliorer la situation économique ou sa compétitivité par rapport à des concurrents.
La défaillance culturelle et intellectuelle : cette dernière provient de la mise en veille de l’intelligence et d’une absence de créativité ; en effet, il arrive que les intelligences, à l’instar des membres du corps, s’arrêtent de travailler, et d’ailleurs, dans la logique de la secte qui nous intéresse ici, pourquoi les faire fonctionner puisque leur mise en sommeil n’influe aucunement sur a foi ?!
La défaillance dans le domaine militaire : il est indéniable que cette dernière défaillance est la conséquence logique des autres défaillances ; c’est ainsi que nos ennemis nous surclassent largement dans le domaine militaire par la qualité et le niveau technique de leurs forces armées, et c’est notamment grâce à cette supériorité incontestable qu’ils nous dominent et qu’ils mettent sous leurs bottes un à un chaque pays musulman, lesquels se retrouvent contrôlés par des ennemis sionistes, athées ou encore mâdjûs. Et nous devons cette réalité très dure et funeste à cette pensée pervertie et à cette compréhension erronée de la religion.

(A suivre).
 

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