L’histoire de l’Islam au Darfour

 L’histoire de l’Islam au Darfour
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L’Islam est entré au Darfour depuis un certain temps, peut-être au 12è ou 13è siècle de l’ère chrétienne, soit à l’époque du sultanat de Dajû et le sultanat de Tanjar. L’Islam y fleurit au cours du sultanat de Al-Fûr Al-Kîrâ et celui du sultan Shâû Dûrshîd, le dernier des sultans des Tanjar. Ce dernier était musulman, comme le rapporte des gens dignes de confiance. Il maria sa fille Khayra à Ahmad Sufian connu sous le nom de Ahmad Al-Ma’qûr. Ceci dit, le sultan Shâû Dûrshîd ne se convertit pas à l’Islam grâce à Ahmad Al-Ma’qûr comme le soutiennent certains historiens. L’Islam était arrivé dans ces trois sultanats d’Afrique du Nord, du Nord-Ouest de l’Afrique et plus récemment des savants qui venaient du Soudan et de la vallée du Nil.

Une des preuves les plus évidentes de la présence de l’Islam au Darfour depuis des temps anciens, la présence de biens de mainmorte du Tanjar dans la ville de Médine qui datent de l’époque du sultanat de Ahmad Rifâ’a Al-Tanjarâwî. Ce qui prouve bien que le sultanat de Tanjar était musulman. De même, on a retrouvé des décombres de mosquées dans la ville de Ûrâ dans le sultanat de Tanjar qui se trouve actuellement au Nord du Darfour, proche de la ville antique nommée Ain Farah, considérée comme un pôle géographique particulier et un des registres de la civilisation Islamique au Darfour.

Les faits qui ont conduit à la diffusion de l’Islam :

Plusieurs facteurs avaient depuis longtemps contribué à la diffusion de l’Islam au Darfour avant l’avènement du sultanat de Darfour Islamique qui eut lieu peu avant la moitié du 15è siècle de l’ère chrétienne. Ces facteurs avaient donné leurs fruits depuis que l’Islam s’était diffusé en Afrique de l’Ouest et du centre, cette dernière région étant connu sous le nom du Soudan de l’Ouest et du centre depuis le 11è siècle. Les pèlerins de ces pays y passaient pour se rendre dans les terres saintes. Ajouté à cela les activités commerçantes des arabes et d’autres peuples musulmans dans ces régions. Les habitants accueillaient les commerçants chaleureusement ce qui aida à la diffusion de l’Islam et à la pratique de la langue arabe, la langue du Coran. Et ce dans tous les domaines, culturels, sociaux, politiques, économiques.

Quand le sultan Salûnaq établit le sultanat Islamique de Al-Fûr en 848 H., soit en 1445 J.C. il s’est préoccupé de construire des mosquées, ouvrir des écoles, peupler les contrées inhabitées dans les zones rurales. Son petit-fils, le sultan Ahmad Bakr, poursuivit son œuvre dans la même voie de 1726 à 1746. Il incita les savants à venir s’installer au Darfour pour y diffuser l’Islam de façon scientifique et l’y installer. Il envoya des émissaires dans les pays voisins et de nombreuses délégations de savants très nobles répondirent favorablement à son invitation et arrivèrent de Tombouctou d’Afrique de l’Ouest, de Shinqît, en Mauritanie, du sultanat de Burnû, du sultanat de Baqarmî, du Maghreb Islamique, d’Egypte, de Tunisie, de Fazzân, du Hijâz, du Soudan et de la vallée du Nil.

Ces savants sont arrivés au Darfour à des époques successives et s’y sont installés pour y mener leur noble tâche. Ils y trouvèrent des sultans bienveillants auprès desquels ils reçurent respect, considération et honneur. Ils leur accordèrent des terres, des biens en abondance et des servants pour qu’ils puissent y être à l’aise et s’installer dans de bonnes conditions. Ceci à titre de reconnaissance pour le message qu’il s’apprêtait à transmettre. Ces savants s’installèrent donc dans leur nouveau pays que fut le Darfour. Leurs écoles étaient actives et la science fleurit à tous les coins du pays. L’Islam devient plus fort et les gens faisaient ainsi l’acquisition de connaissances approfondies dans la religion.

L’émigration des savants au Darfour :

D’autres tribus non arabes arrivèrent au Darfour et ont eu un rôle impactant dans la diffusion de l’Islam. Citons la tribu Al-Fulânî qui venait de l’Ouest de Jâlûn au 18è siècle. Parmi eux, la savant Malik Ali Al-Fûtâwî, le petit-fils du savant ‘Uthman Dân Fûdîû. Et du savant AltMirû, du Nord-Ouest de l’Afrique. Le savant abu Salâma et le juriste Sirâj.

Citons les savants venus du sultanat de Burnû : Shaykh Tâhir ibn Jâmûsî qui se maria avec la sœur du sultan Tîrâb. Des savants très respectables vinrent du sultanat de Barqamî. Quant à ceux venus de Al-Mîmâ, ils jouèrent un grand rôle dans la diffusion de l’Islam surtout à l’époque du règne du sultanat de Tanjar au Nord du Darfour.

Ces savants ont joué un grand rôle dans la diffusion de la culture Islamique et un mérite pas moindre de la diffusion de l’école juridique de l’imam Malik. De même pour l’écriture du Coran selon la lecture de Warsh avant que l’écriture que ne soit en vigueur l’écriture de ‘Omari. Les habitants du Darfour ont pu profiter d’autres écoles comme celles d’Egypte, de Tunisie, du Hijâz, du Soudan et de la vallée du Nil. Ceci dit, à cette époque, ils étaient largement influencés par la culture Islamique de l’Afrique de l’Ouest et du Maghreb arabe.

L’enseignement du Coran et des sciences religieuses :

Les habitants du Darfour considèrent que l’apprentissage du Coran, de la lecture et de l’écriture est une obligation qui incombe à chacun, homme ou femme, surtout pour les enfants. C’est pourquoi certains élèves se rendaient dans des zones rurales assez lointaines ce qui fait que l’émigration à l’intérieur du pays était un des aspects de la société au Darfour. Certains reconnaissent que la tribu de Al-Fûr mit en place des institutions qui se suffisaient à elles-mêmes. Ayant son propre mode de fonctionnement, ses règles, sa conception de choses, ses principes, le tout lui étant lié …

Il est amusant de constater que dans certaines de ces régions, des élèves assez âgés n’avaient pas mémorisé le Coran entièrement durant leur jeunesse. Et, furent convaincus par la suite qu’il n’y a pas d’âge pour apprendre et qu’il est obligatoire d’acquérir le savoir. A cette époque, tout étudiant qui apprenait le Coran était très respecté des habitants. Après avoir appris le Coran, on sacrifiait des bêtes pour l’occasion et on lui proposait de se marier avec une ou deux femmes voir plus car il était devenu quelqu’un d’important dans la société. Une des particularités le concernant est qu’on ne lui réclamait pas de dot pour se marier en signe de vénération suite à sa mémorisation du Coran.

La mémorisation du Coran et la méthode des cordes à Al-Fûr

Les savants de Al-Fûr ont une méthode particulière pour mémoriser le Coran. Elle est connue sous le nom de la méthode des cordes. C’est une science tout à fait spéciale et un art distingué dont la méthode d’enseignement n’est connue que chez eux et on ne la retrouve chez aucune autre tribu au Darfour. Chez les Al-Fûr, on ne se satisfait pas d’enseigner le Coran à un étudiant uniquement s’il est versé dans cette méthode. Celle-ci est un moyen pratique de mémoriser les versets qui sont répétés à plusieurs reprises dans le Coran. L’élève doit ensuite s’aider de cordes pour apprendre des versets qui sont similaires ou se ressemblent. Il doit par exemple réciter tous les versets dans lesquels il y a un mot en particulier ceci en s’aidant des cordes également. Par exemple, la corde dite Fablâû qui doit indiquer tous les versets dans lesquels est mentionné le mot Egypte. Les lettres mentionnées sont celles qui suivent le mot Egypte. L’étudiant doit donc connaitre le nombre de lettres dans le Coran.

Un étudiant n’est véritablement considéré que s’il connait cet art des cordes et des lettres. C’est pour cette tribu, le summum de la connaissance. La science de la psalmodie du Coran Al-Tajwîd, fait également partie des sciences que l’étudiant se doit d’apprendre. Il existe deux types de concours pour obtenir un grand diplôme d’apprentissage du Coran …

Le premier : Le Qûnî : plusieurs savants se regroupent et l’étudiant doit se présenter devant eux. Il doit lire ce qu’il a mémorisé sans regarder sa copie du Coran. Ensuite il doit le réciter avec les règles du Tajwîd. On peut exiger qu’il le répète à trois reprises ou plus, à l’écrit, à l’oral, avant qu’il ne reçoive son diplôme qui porte le nom de Qûnî.

Le deuxième : Il est extrêmement difficile car il a lieu sous la supervision des plus grands shaykhs, ceux qui sont connus depuis des années pour être des maitres de l’art de la méthode des cordes. A ce niveau avancé, on ne demande pas à l’élève de réciter le Coran qu’il a mémorisé. L’examen porte uniquement sur la méthode des cordes. S’il réussit, il est diplômé et est autorisé à ouvrir un nouveau centre d’étude. De plus, est donnée une grande fête en son honneur qui peut durer jusqu’à une semaine. Les étudiants, les savants et les diplômés de l’examen du Qûnî y assistent. Telles sont les règles et les usages en cours spécifiques à l’enseignement dans la société des Al-Fûr.

Les centres de savoir au Darfour :

Citons l’un des plus grands centres de savoir au Darfour, celui mis en place par Malik Al-Fûtâwî et sa famille. Il y a aussi le centre Kûbî du savant Abd Al-Rahmân Kâkûm. Le centre Jadîd Al-Sayl dans lequel ont étudié les savants de Al-Jawâmi’a. Le centre Habîla du savant Abd (Rabb) Al-Nabiyy Sâjâ. Le centre Shûba au Nord de la montagne de Marra. Le centre Al-Dâmira au Nord de Katam, fondé par le shaykh Abd Al-Bâqî Al-Masîrî Al-Falîtî. Et le centre Kûnû au Nord de Zâlanjî.

Chaque village avait sa mosquée où le Coran y était appris. Chaque savant disposait de sa mosquée dans laquelle il faisait ses cinq prières. Dans son entourage se trouvaient ceux qui avaient émigré dans la région. Certains d’entre eux pouvaient se rendre au Caire, à Al-Azhar puisque leur émigration avait débuté vers 1850. Un espace dans les arcades de la mosquée leur était même consacré. Il est appelé Riwaq Darfour. Il existe toujours sous ce nom jusqu’aujourd’hui. Certains habitants du Darfour partirent également en Tunisie et en Afrique de l’Ouest pour étudier.

Les plus grands savants à l’époque des sultanats de Al-Fur

Un certain nombre de savants ont gagné une notoriété dans le sultanat Islamique du Darfour. Parmi eux, le savant Abd Al-Rahmân Kâkûm qui venait du Soudan et de la vallée du Nil. Il compte parmi les plus importants qui ont diffusé l’Islam au Darfour. Il vécut à l’époque du sultan Mohammed Tîrân qui régna sur le sultanat du Darfour entre 1768 et 1787.

Par la suite, il quitta le Darfour pour Al-Azhar. Durant trente ans, il y étudia tout ce qui touche aux sciences religieuses. Il jeûnait tout le temps jusqu’à ce qu’il soit surnommé Al-Duwaymir, qui signifie celui qui jeûne tout le temps. Il revint au Darfour en tant que savant à l’époque du sultân Abd Al-Rahmân Al-Rashîd qui régna sur le Darfour de 1787 à 1806. Il l’accueillit d’ailleurs en grande pompe. Notre savant s’installa dans la ville de Kûbî et y construit sa mosquée qui fit office de centre d’études. Ce dernier y attira un grand nombre d’élèves qui venaient même du sultanat de Waddây qui était voisin du Darfour …

Des hommes de confiance ont dit que l’imam kâkûm est celui qui suggéra au sultan âbd Al-Rahman Al-Rashid d’établir Al-Fâshir comme capitale du Darfour. La descendance de ce savant a poursuivi cette tradition du savoir, de l’enseignement et d’imam jusqu’au règne du sultan Ali Dinar qui fut tué en novembre 1916.

Un autre savant connu à cette époque est le juriste Wâd ‘Umârî, né dans la ville de Tawila. Il fait partie de la tribu des ‘Arîfât. Husayn Wâd ‘Umârî avait voyagé en direction d’Al-Azhar avec une caravane de commerçants. Il y demeura 25 ans et y étudia les sciences Islamiques. Il revient ensuite au Soudan et sur sa route, il visita les régions de Danqla, Shindî, Umm Darmân, Kûstî et Al-Abyad. Dans toutes ces régions, il y dispensa des cours. Il arriva à Al-Fâshir à l’époque du règne du sultan Mohammed Al-Fadl. Le sultan l’honora et le rapprocha de lui. Il le désigna comme précepteur de ses enfants. Puis, président du bureau du sultan.

Aussi, un autre grand savant, notre bien aimé, Fakhr Al-Dîn ibn Al-Faqih Mohammed Sâlim shaykh Al-Shagha. Le juriste Sâlim shaykh Al-‘Azîma. L’imam Al-Daw ibn Al-Imâm Al-Misrî, l’imam du sultan. Le savant ‘Izz Al-Dîn de Al-Jawâmi’a qui venait de Kardafân. Notre bien aimé, le cadi Ahmad Taha de la ville de Kûbî. Le savant dénommé Sa’d des habitants de Khaybar. Le savant Salâma ibn Al-Faqîh Malik shaykh Al-Muwatta. Le savant shaykh Al-Dardiri de Kardafan.

Les liens entre les savants et les sultans :

Ces liens étaient forts et chaleureux. Les gouverneurs étaient très préoccupés par la diffusion de l’Islam et son expansion. Les savants jouaient un grand rôle dans les relations du Darfour avec les autres pays, l’Egypte, le Tunisie, le Maghreb, le Hijâz. Les sultans prenaient donc conseil auprès des savants pour tout ce qui concerne l’Islam et son enseignement …

Il y avait donc une forte entraide entre les deux parties puisque les gouverneurs assuraient aux savants une vie aisée, stable et en toute sécurité. De leurs côtés, les savants invoquaient en leur faveur et leur prodiguaient conseils et directives. Tout allait pour le mieux dans le pays. On s’assurait que rien ne repose sur autre chose que l’Islam car les sultans étaient entourés de pays musulmans. Les savants jouaient aussi un grand rôle dans l’unification des tribus du Darfour. Le mérite en revient à l’enseignement au sein de cette société et à la politique de l’état à l’époque.

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