À moins qu'Allah ne me couvre de Sa miséricorde

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À moins qu'Allah ne me couvre de Sa miséricorde

Ravaler sa fierté et faire preuve d’humilité est un noble comportement, une attitude captivante qui séduit le cœur des gens et suscite l’admiration et le respect.

C’est un comportement intermédiaire entre deux autres qui se situent en des points diamétralement opposés. Un juste milieu entre deux comportements excessifs. L’humilité est louable quand on en fait preuve avec pondération puisque se montrer trop humble conduit son homme à une certaine bassesse et avilissement. A l’opposé, ne pas faire preuve d’humilité nous pousse à être orgueilleux et imbu de notre propre personne.

Certains ont expliqué le sens de l’humilité ainsi : il s’agit de respecter les gens selon leurs valeurs et ne pas se considérer supérieur à eux.

On demanda à Al-Hasan Al-Basrî : Qu’est-ce que l’humilité ? Il dit : Un homme sort de chez lui et ne croise pas un musulman sans considérer qu’il est meilleur que lui.

C’est ce que faisait Matraf ibn Al-Shakhir : ‘ Par Allah, je n’ai jamais vu un musulman sans penser qu’il était meilleur que moi. S’il est plus âgé que moi je me dis qu’il a adoré Allah avant moi et bien plus que moi. Et s’il est plus jeune que moi, je me dis que j’ai désobéi à Allah plus que lui.

Selon ibn ‘Âbiss ibn Rabi’a, Omar ibn Al-Khattab, qu’Allah soit satisfait de lui, se trouvait sur la chaire de la mosquée et dit : ‘ Ô les gens, faites preuve d’humilité car j’ai entendu le Prophète () dire : « Qui fait preuve d'humilité pour Allah Il l'élève en degrés. » (Musnad Al-Shihâb).

Selon Abou Horayra, qu’Allah soit satisfait de lui, le Prophète () a dit : « Donner l'aumône n'a jamais diminué les biens du donateur ; et Allah ne fait qu'augmenter l'honneur de celui qui pardonne aux autres ; et personne ne fait preuve d'humilité pour Allah sans qu'Il ne l'élève en degrés. » (Mouslim).

Dans le livre Ighâthat Al-Lahfân Min Masaâyid Al-Shaytân de l’imam Ibn Al-Qayyim, qu’Allah lui fasse miséricorde, l’auteur y explique que le fondement sur lequel repose cette notion d’humilité consiste à contrôler son âme et lui demander des comptes. Et aussi, à prendre connaissance de ses défauts car celui qui agi ainsi saura la blâmer en raison de ses manquements par rapport aux droits d’Allah.

Abu Darda, qu’Allah soit satisfait de lui, a dit : ‘ Un homme ne pourra véritablement atteindre le savoir en religion tant qu’il n’éprouvera pas de l’aversion en raison des manquements envers les préceptes religieux dont les gens font preuve et ensuite s’être retourné sur sa propre personne et ressentir pour elle encore plus d’aversion.

Matraf ibn Abdillah a dit : ‘ Si je ne savais pas ce que moi-même je commets comme forfait, j’aurais détesté les gens.’

Bakr ibn Abdillah Al-Muzani a dit : ‘ En regardant les pèlerins sur le mont ‘Arafat, j’aurais pu penser qu’Allah leur avait déjà pardonné si je ne me trouvais pas parmi eux.’

Ayyoub Al-Sikhtiânî a dit : ‘ Quand on évoque les pieux, je me sens bien loin de leur niveau de piété.’

Lorsque Sufian Al-Thawri fut sur le point d’agoniser, Abu Al-Ashhab et Hammâd ibn Salama lui rendirent visite et Hammad lui dit : ‘ Ô Abu Abdillah, ne te sens-tu pas à l’abri de ce que tu craignais, et t’apprêtes à rencontrer Celui que tu espérais et qui est le plus Miséricordieux des miséricordieux ?’ Il dit : ‘ Ô Abu Salama, espères-tu que quelqu’un comme moi échappe à l’enfer ?’ Il dit : ‘ Bien sûr, par Allah, j’espère que tu en échapperas.’

On rapporte que Ja’far ibn Zayd surveillait Silat ibn Ashim une nuit. Il pria la nuit et au matin il s’asseyait et loua le seigneur en des termes dont on n’avait point entendu de semblables et dit : ‘ Ô Allah, Je Te demande de me préserver du feu de l’enfer car un homme comme moi est trop insignifiant pour oser Te demander le Paradis.’

Mohammed ibn Wâsi’ a dit : ‘ Si les péchés avaient une odeur personne ne pourrait s’assoir à mes cotés.’

Un jour, des gens disaient du bien de Daoud Al-Tâ’î qui dit : ‘ Si les gens savaient ce que nous faisons aucune langue ne se serait rabaissé à dire du bien de nous.’

Abu Hafs a dit : ‘ Qui ne soupçonne pas constamment son âme de dévier, et n’agit pas à l’opposé de ce qu’elle aspire, et ne la force pas constamment à faire ce qu’elle répugne, alors il est dupe … et quiconque voit d’un bon œil une chose que peut faire son âme l’a menée à sa perte.’

Tout ce que nous venons de mentionner de ces hommes, qu’Allah soit satisfait d’eux, n’est du qu’à leur humilité et leur aptitude à ravaler leur fierté. Ils ont appris cela de leurs prédécesseurs, les compagnons du Prophète (). Ils étaient les hommes les meilleurs et les plus humbles envers leur seigneur.

Dans le livre Kanz Al-‘Ummâl, (numéro 35704), selon Al’Asma’î : ‘ Quand Abu Bakr louait son seigneur il disait : ‘ Ô Allah Tu me connais mieux que moi-même, et je me connais mieux que les gens, ô Allah, fais que je sois meilleur que ce qu’ils pensent de moi, pardonne moi les péchés que j’ai commis et dont ils n’ont pas connaissance, et ne me tiens pas rigueur pour ce qu’ils disent à mon sujet.’

Dans l’exégèse d’ibn abi Hâtim, selon ‘Uqba ibn Sahbân Al-Hanâ’î : je demandai à ‘Âïcha, qu’Allah soit satisfait d’elle, au sujet du verset suivant :

« Ensuite, Nous fîmes héritiers du Livre ceux de Nos serviteurs que Nous avons choisis. Il en est parmi eux qui font du tort à eux-mêmes, d'autres qui se tiennent sur une voie moyenne, et d'autres avec la permission d'Allah devancent tous les autres par leurs bonnes actions; telle est la grâce infinie. » (Coran 35 ; 32).

Elle m’expliqua : ‘ Mon fils, ceux-là sont au Paradis, ceux qui devancent tous les autres par leurs bonnes actions sont ceux qui ont vécu à l’époque du Prophète () et pour lesquels il a attesté qu’ils entreraient au Paradis. Ceux qui se tiennent sur une voie moyenne, sont ceux qui ont agi conformément aux pratiques des compagnons jusqu’à les rejoindre. Quant à ceux qui se causent du tort à eux-mêmes, ce sont des gens comme moi et toi.’ … Elle a donc considéré sa propre personne au même niveau que nous, par humilité, qu’Allah soit satisfait d’elle et qu’Il la satisfasse.

Ahmad ibn Masrûq a dit : ‘ Abd Al-Rahman ibn ‘Awf se présenta chez Umm Salama, qu’Allah soit satisfait d’elle, et lui dit : « J’ai entendu le Prophète () dire : « Certains de mes compagnons ne me verront plus jamais après ma mort. » (Tabarani et Ahmad). Effrayé, Abd Al-Rahman se rendit alors chez Omar ibn Al-Khattab et lui dit : ‘ Ecoute ce que dit ta mère. Omar se leva et se rendit chez elle lui demander : Je t’en conjure, fais-je parti des gens cités dans le hadith ? Elle dit : Non, mais je ne disculperai plus jamais personne après toi.’

Shaykh Al-Islam ibn Taymiyya a dit : ‘ Elle n’a pas voulu ouvrir la porte aux questions incessantes de chacun après lui. Mais elle ne voulait pas dire que c’était le seul à être disculpé à l’exclusion des autres compagnons.’

L’humilité est un des comportements des véridiques

Blâmer son âme est une attitude digne des véridiques. On peut par ce biais se rapprocher d’Allah bien plus que par des actions.

L’imam Ahmad rapporte de Muhammad ibn Al-Hasan ibn Anas qui le rapporte de Mundhir, selon Wahb : ‘ Un homme a jeûné durant soixante dix ans. Un jour, il se mit à considérer qu’en fait il n’avait que peu œuvrer. Il s’en plaint à Allah et reconnu ses péchés. Quelqu’un vient alors lui dire de la par d’Allah : ‘ Ce que tu viens de faire dans cette assise est plus aimé d’Allah que les œuvres que tu as pu faire durant toute ta vie.’

Dans le livre Al-Zuhd, selon Qatad : ‘ Jésus, , a dit : ‘ Demandez-moi car j’ai le cœur doux et je pense être insignifiant. »

Il y est mentionné également : ‘ Daoud, , regardait ceux qui parmi les enfants d’Israël étaient les plus humbles et s’asseyait avec eux. Il dit ensuite : ‘ Ô seigneur, un pauvre assis entre les pauvres.’

 Ces hommes pieux et véridiques ont pris en considération le droit d’Allah sur leurs personnes. Ils l’ont vénéré et estimé à sa juste valeur. Suite à cela, ils ont regardé ce que recelaient leurs âmes et ont su quelles étaient leurs défauts, leurs faiblesses et leur incapacité à accomplir ce qui relève du droit d’Allah sur leurs personnes. Ceci les a conduits à ressentir un sentiment de blâme de leurs âmes et à la déprécier. Ils se sont alors défaits de tout sentiment de satisfaction de leurs œuvres. Ils ont alors fait preuve d’humilité, de dévotion et de recueillement devant leur seigneur. Ils ont su qu’ils n’obtiendraient le salut que par l’indulgence, le pardon et la miséricorde divine. Car il fait parti du droit d’Allah de Lui obéir et ne pas Lui désobéir, de L’évoquer et ne pas l’oublier, d’être reconnaissant envers Lui et ne pas faire preuve d’ingratitude.

Toute personne qui se penchera sur les droits qu’Allah a sur sa personne saura avec certitude qu’il ne les Lui restitue pas comme il convient. Et qu’en fait, il a besoin de bénéficier de l’indulgence et du pardon divin. Et que si on devait le juger uniquement en fonction de ses œuvres il irait à sa perte … C’est ce point sur lequel doivent focaliser ceux qui aspirent à la connaissance d’Allah et de leurs âmes. C’est pour cela que le fidèle ne doit pas espérer être sauvé par ses œuvres mais devrait plutôt accrocher tous ses espoirs à l’indulgence et à la miséricorde divine. D’ailleurs, l’homme le plus humble par excellence, sur lui les prières les meilleures et les salutations les plus pures, a dit : « Personne ne sera sauvé uniquement par ses bonnes actions. On demanda: Pas même toi, ô Messager d'Allah? Il répondit: Pas même moi, à moins qu'Allah ne me couvre de Sa miséricorde et de Sa grâce. » (Mouslim).

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