L'utilisation du langage corporel dans le hadith prophétique
Le langage corporel (Body Langage) désigne les gestes et les signaux qu'une personne effectue lorsqu'elle parle, ainsi que les expressions et les moindres détails qui apparaissent sur son visage. Il représente 93 % des moyens de communication avec autrui, tandis que la parole n'en représente que 7 %. En effet, le langage du corps pendant la parole fournit des indications explicatives et affirmatives quant au sens que l'on souhaite transmettre. C'est une compétence d'importance pour renforcer le discours et se faire comprendre par l'interlocuteur. Déduire les états intérieurs à partir des manifestations extérieures du corps était connu chez les savants musulmans des premières générations sous le nom de science de la physiognomonie (Al-Firâssa). Des ouvrages ont été écrits à ce sujet par Ibn Sînâ (Avicenne), Ibn Rushd (Averroès), Al-Shâfi'i et Al-Râzî dans son livre : "La physiognomonie est ton guide pour connaître les caractères des gens, comme s'ils étaient un livre ouvert".
Dans la Sunna prophétique, on trouve de nombreux témoignages et applications abondantes relevant de ce thème, que ce soit dans les gestes de la main, les expressions du visage – comme la colère, la joie, la tristesse, la crainte, l'étonnement –, ce qui relève du langage des yeux, les différentes postures corporelles. Nous allons en présenter quelques-uns.
L'indication par la main :
Le Prophète (
) utilisait souvent des gestes de la main pour clarifier et confirmer les significations. C'est un moyen pédagogique efficace pour l'esprit de l'apprenant. Ainsi, dans le Sahîh de Mouslim, d'après Safwân ibn Salîm, il lui est parvenu que le Prophète (
) a dit : « Moi et le tuteur de l'orphelin, que ce soit le sien ou celui d'autrui, serons au Paradis comme ces deux-là, s'il craint (Allah) », et il fit un geste avec son majeur et l'index.
Les commentateurs se sont penchés sur la signification de ce geste prophétique avec ses deux doigts. Ibn Al-Hammâm a dit dans Fayd Al-Qadîr : « C'est-à-dire que le tuteur sera au Paradis avec le Prophète (
), sauf que son degré ne l'atteindra pas mais en sera proche. Le geste indique qu'entre son degré et celui du tuteur, il y a une différence proportionnelle à l'écart entre les deux doigts. » Fin de citation. Ils ont probablement déduit cela de l'écart explicitement mentionné dans certaines versions.
Parmi ces exemples, il y a ce qui est rapporté dans le Sahîh d'Al-Boukhârî, d'après Abû Dharr (qu'Allah soit satisfait de lui) qui a dit : « J'étais avec le Prophète (
) et lorsqu'il aperçut le mont Uhud, il dit : "Je n'aimerais pas qu'il se change en or pour moi et qu'il reste chez moi ne serait-ce qu'un dinar au-delà de trois jours, sauf un dinar que je réserverais pour une dette." Puis il dit : "Les plus nombreux [en biens] sont les plus petits [en récompense], sauf celui qui dit de ses biens : "Ainsi, ainsi, et ainsi" – et Abû Shihâb fit un geste de la main devant lui, à sa droite et à sa gauche – et ils sont peu nombreux." »
Al-Hâfiz Ibn Hajar a dit dans Al-Fath : « Il a spécifié la droite et la gauche car le don émane généralement des deux mains. »
Dans le Sahîh de Mouslim, d'après Abû Hurayra, le Messager d'Allah (
) a évoqué le jour du Vendredi et a dit : « Il y a un moment [ce jour-là] durant lequel aucun serviteur musulman qui est debout en train de prier demande une chose à Allah sans qu'Il ne la lui donne. » Qutayba a ajouté dans sa version : « Et il fit un geste de la main pour indiquer que ce moment est très court. »
Zayn Al-Dîn Al-'Irâqî a dit dans Tarih Al-Tathrîb : « Ceci montre l'usage de l'indication gestuelle et qu'elle tient lieu de parole si l'intention en est comprise. Al-Boukhârî l'a cité dans le chapitre de l'indication gestuelle dans le divorce et autres affaires, et il a dit : "Ils ont compris de ce geste que ce moment est très court." Certains l'ont mentionné pour d'autres. Dans une version d'Al-Boukhârî, via Salama ibn 'Alqama, après sa parole : "Il dit avec sa main, et plaça son ongle sur le ventre du majeur et de l'auriculaire, nous avons dit : il indiquait que cette heure est très brève." Il est évident qu'il s'agit de l'ongle du pouce. On pourrait dire : comment l'a-t-il placé sur le ventre du majeur et de l'auriculaire alors qu'entre ces deux doigts il y a un autre doigt, l'annulaire ? Il est possible qu'il ait placé le pouce transversalement sur ces doigts et ait omis de mentionner l'annulaire ; car si le pouce est placé transversalement sur le majeur et l'auriculaire, il se trouve nécessairement aussi sur l'annulaire. Il l'a donc omis car compris à partir de ce qui a été mentionné. Quant au fait que le pouce soit placé droit, il ne peut pas être placé sur le majeur et l'auriculaire en une seule position. Et Allah sait mieux. »
Quant à ce que ce geste indique, il dit : « Cela indique la brièveté de sa durée et qu'elle ne s'étend pas sur toute la période entre l'installation de l'imam sur le minbar et la fin de la prière, ni entre le 'Asr et le Maghrib. Mais l'intention, selon ces deux opinions et toutes les autres, est que cette heure ne sort pas de ce temps, et qu'il s'agit d'un moment très court. Al-Qâdî 'Iyâd l'a signalé, et Al-Nawawî a dit dans Sharh Al-Muhadhdhab après l'avoir cité : "Ce qu'il a dit est correct." »
Dans le Musnad de l'Imam Ahmad, d'après Al-Mustawrid, un frère de Banû Fihr, qui a dit : Le Messager d'Allah (
) a dit : « Le monde ici-bas comparé à l'au-delà n'est que comme ce que l'un de vous trempe son doigt dans la mer. Qu'il regarde ce qu'il en rapporte. » Et il fit un geste avec l'index.
Cette indication métaphorique a une valeur approximative du sens. Comme le dit Ibn Al-Hammâm dans Fayd Al-Qadîr : « Il fit un geste avec l'index ; on a dit aussi avec le pouce. Il est possible qu'il ait fait un geste avec chacun d'eux à des moments différents. ("Dans la mer") c'est-à-dire l'océan. ("Qu'il regarde") un regard de considération et de réflexion. ("Ce qu'il en rapporte") Il a mis cela à la place de "il n'en rapporte rien", pour évoquer cet état en faisant en sorte que l'auditeur s'imagine la scène, puis il lui ordonne de considérer et de réfléchir : est-ce qu'il en rapporte quelque chose ou non ? C'est une métaphore approximative, sinon quelle est la pertinence entre le fini et l'infini ? L'intention est que les délices de ce monde par rapport aux délices de l'au-delà sont dans cette proportion. Ou bien : ce monde, dans la brièveté de sa durée et l'anéantissement de ses plaisirs, par rapport à l'au-delà dans la permanence de ses délices, n'est que comme le rapport de l'eau qui s'accroche aux doigts par rapport au reste de la mer. »
Dans les Sunan d'Al-Bayhaqî, d'après Ibn 'Umar (qu'Allah les agrée lui et son père) qui a dit : « Lorsque le Messager d'Allah (
) s'asseyait pour le Tashahhud, il posait sa main droite sur sa cuisse droite et sa main gauche sur sa cuisse gauche, et il formait le chiffre cinquante-trois et invoquait. » Mouslim l'a rapporté dans le Sahîh, via 'Abd ibn Humayd, via Yûnus ibn Muhammad, via Hammâd, sauf qu'il a dit : « Et il forma le chiffre cinquante-trois et fit un geste avec l'index. »
Les commentateurs ont indiqué l'interprétation du geste de l'index pendant le Tashahhud. Ibn Raslân a dit : « La sagesse dans le fait de l'indexer est que l'Adoré, Glorifié et Exalté soit-Il, est Un, afin d'unir dans Son unicité la parole, l'acte et la croyance. » Il a été rapporté d'Ibn 'Abbâs concernant le geste de l'index qu'il a dit : « C'est la sincérité envers Allah (Al-Ikhlâs). » Mujâhid a dit : « C'est le marteau pour briser la tête de Satan. » Al-Shawkânî l'a rapporté dans Nayl Al-Awtâr.
Soit dit en passant, il est préférable de l'appeler "Al-Mussabbih" (le doigt de la glorification) plutôt que "Al-Sabbâba" (le doigt de l'injure). Al-'Aynî a dit dans 'Umdat Al-Qârî : « Elle a été nommée "Al-Sabbâba" car les gens pointent avec elle pour injurier. Et elle a été nommée "Al-Mussabbiha" car le prieur pointe avec elle pour indiquer l'unicité et la transcendance d'Allah exempté qu'Il est de tout associé. »
Les expressions des traits du visage :
Les expressions du visage sont parmi les moyens les plus importants pour connaître les émotions et les sentiments de l'âme. C'est pourquoi les Compagnons les observaient dans leurs interactions avec le Prophète (
). Ils reconnaissaient sa colère et son aversion pour une chose à travers les expressions de son noble visage. Ainsi, dans le Sahîh d'Al-Boukhârî, d'après Abû Sa'îd Al-Khudrî qui dit : « Le Messager d'Allah (
) était plus pudique qu'une jeune fille voilée dans son gynécée. Et lorsqu'il détestait quelque chose, nous le reconnaissions sur son visage. »
Dans le Musnad de l'Imam Ahmad, d'après 'Alî (qu'Allah soit satisfait de lui) qui a dit : « On a offert au Messager d'Allah (
) un vêtement de soie brochée. Lorsque l’ai porté j’ai vu la colère sur son visage, alors je l’ai tout de suite enlevé et je l’ai partagé entre mes femmes. »
Le langage du visage a suffi à exprimer l'aversion du Prophète (
) pour le port de ce vêtement de soie par 'Alî, qui s'empressa de le partager entre ses femmes.
Ils lisaient sur son visage les signes de crainte et d'appréhension lorsqu'un changement cosmique survenait dans les phénomènes naturels autour de lui. Al-Tabarânî a rapporté dans Al-Mu'jam Al-Awsat, d'après 'Âisha qui dit : « Lorsqu'il y avait du vent et des nuages, on reconnaissait l’inquiétude sur le visage du Messager d'Allah (
). Il allait et venait. Et lorsqu'il pleuvait, il en était heureux et son inquiétude disparaissait. » Elle dit : « Je l'interrogeai à ce sujet et il dit : "Je crains que ce ne soit un châtiment envoyé sur ma communauté." »
Dans le Musnad de l'Imam Ahmad, d'après 'Âisha qui dit : « Le Messager d'Allah (
) est entré chez moi et j'ai su à son visage qu'il était pressé par quelque chose. Il fit ses ablutions puis sortit sans parler à personne. Je me suis approchée des chambres et je l'ai entendu dire : "Ô gens ! Allah, Puissant et Majestueux, dit : Ordonnez le convenable et interdisez le blâmable avant que vous ne M'invoquiez sans que Je ne vous exauce, que vous ne Me demandiez sans que Je ne vous donne, et que vous ne Me demandiez secours sans que Je ne vous secoure." »
C'est du langage du visage que se manifeste la colère. Cela apparaît dans les situations de réprobation prophétique face à certaines transgressions. Il ne se contentait pas de prononcer des paroles dénuées d'expressions qui donnent aux mots un impact plus grand. Parmi les exemples, ce qu'a rapporté Al-Tabarânî dans Al-Mu'jam Al-Awsat, d'après Anas ibn Mâlik qui dit : « Le Messager d'Allah (
) sortit de la porte de la maison – il voulait se rendre dans la chambre – et il entendit des gens discuter du Destin. L'un d'eux disait : "Allah n'a-t-Il pas dit dans tel verset ceci et cela ?" Et l'autre disait : "Allah n'a-t-Il pas dit dans tel verset ceci et cela ?" Le Messager d'Allah (
) sortit alors de la porte de la chambre, son visage était comme si on y avait écrasé des grains de grenade [de rougeur], et il dit : "Est-ce cela qui vous a été ordonné ? Est-ce pour cela que vous avez été envoyés ? Ceux qui vous ont précédés n'ont été anéantis que par des choses semblables : ils opposaient le Livre d'Allah les uns aux autres. Allah vous a ordonné une chose, acceptez-la. Et Il vous a interdit une chose, abandonnez-la." » Après cela, on n'entendit plus personne parler du Destin jusqu'aux nuits d'Al-Hajjâj. Le premier à parler du Destin fut Ma'bad Al-Juhanî, qu'Al-Hajjâj fit tuer.
Cette manifestation corporelle qui apparut sur le visage du Messager d'Allah (
) était en adéquation avec la situation, car le sujet concernait l'un des piliers de la foi, à savoir la foi au Destin, d'autant plus que le Prophète (
) les avait entendus opposer le Coran les uns aux autres. Nul doute que lorsqu'ils virent ce signe évident de colère, ses paroles eurent un impact profond dans leurs âmes.
Parmi ces exemples, il y a ce qui est rapporté dans les deux Sahîh, d'après 'Âisha (qu'Allah soit satisfait d’elle) qui dit : « Le Prophète (
) entra chez moi alors qu'il y avait dans la maison un rideau (Qirâm) sur lequel il y avait des images. Son visage changea de couleur, puis il saisit le rideau et le déchira. » Et elle dit : « Le Prophète (
) a dit : "Parmi les gens qui recevront le châtiment le plus sévère le Jour de la Résurrection, il y a ceux qui fabriquent ces images." » Et le Qirâm est un rideau fin.
Le Messager d'Allah (
) déduisait aussi ce qu'il voyait comme signes sur les visages et s'empressait de traiter la situation ou de la justifier. Ainsi, dans le Sahîh d'Al-Boukhârî, d'après Al-Sa'b ibn Jaththâma Al-Laythî qui avait offert au Messager d'Allah (
) un âne sauvage alors qu'il était à Al-Abwâ' ou à Waddân. Il le lui rendit. Lorsqu'il vit [l'embarras] sur son visage, il dit : « Nous ne te l'avons rendu que parce que nous sommes en état de sacralisation (Ihrâm). »
Parmi les exemples de la manière dont le Prophète (
) traitait le langage des visages et le comprenait parfaitement, il y a ce qu'a rapporté Al-Boukhârî dans son Sahîh, d'après 'Uqba ibn Al-Hârith (qu'Allah soit satisfait de lui) qui dit : « J'ai prié l'Asr avec le Prophète (
). Lorsqu'il termina la prière, il se leva rapidement et entra chez l'une de ses femmes, puis ressortit. Voyant l'étonnement sur les visages des gens due à sa rapidité, il dit : "Je me suis rappelé, alors que j'étais en prière, un morceau d'or qui se trouvait chez nous. Je n'ai pas aimé qu'il passe la soirée – ou la nuit – chez nous, alors j'ai ordonné qu'il soit distribué." »
Il existe de nombreuses autres situations dans la Sunna prophétique à travers lesquelles on perçoit l'importance du langage corporel, comme le rire, le sourire, le langage des yeux, les postures assises, le fait de fixer longuement du regard, et d'autres signaux physiques, dont on pourrait rassembler les situations qui les contiennent.


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