Les pratiques cultuelles de certains éminents jurisconsultes
Fatwa No: 131997

Question

J'ai appris, de plusieurs sources, y compris votre site, qu'un grand savant comme l'imam Abû Hanîfa, qu’Allah lui fasse miséricorde, accomplissait la prière d'al-Fadjr avec ses ablutions d'Al-'Ichâ', et ce pendant quarante années consécutives. De même, l'imam Ahmad, qu’Allah lui fasse miséricorde, accomplissait trois cent prières surérogatoires par jour, et achevait chaque jour la récitation du Coran en entier. Même chose pour d’autres grandes figures de l'Islam dont les exploits nous ont été rapportés. Or, nous savons que l'Islam est la religion du juste milieu qui rejette toute exagération dans les actes d’adoration comme le prouvent le Coran et la Sunna. De plus, la raison humaine saine n'admet que le juste milieu.Ce qui m'étonne c'est comment de tels éminents jurisconsultes ne se sont pas rendus compte de ce point ? En effet, la manière dont ils pratiquaient la religion reflète clairement un degré d'exagération.Merci de bien vouloir m'éclairer sur ce sujet.

Réponse

Louange à Allah et que la paix et la bénédiction d'Allah soient sur Son Prophète et Messager, Mohammed, ainsi que sur sa famille et ses Compagnons :

Il ne fait aucun doute que la Sunna du Prophète () qui nous a été transmise aussi bien par ses paroles que par ses actes, consiste à suivre la voie du juste milieu. En effet, le Messager d'Allah () est passé un jour auprès d'un homme qui priait sur une roche. Il arriva aux alentours de la Mecque où il demeura longuement puis partit. Sur le chemin du retour, il retrouva l'homme en train de prier dans le même état. Il se leva alors, battit des mains puis proclama: « Ô gens! Suivez la voie du juste milieu (dans l'observance de la religion)! (et le répéta trois fois) Car Allah ne se lasse pas de vous rétribuer avant que vous ne vous lassiez vous-mêmes de les accomplir. » [Ibn Mâdja, Ibn Hibbân et Abû Ya'lâ (al-Albânî: Sahîh)]
Ce qui a été mentionné au sujet de certains de nos pieux prédécesseurs qui, pendant des années ont fait la prière d'al-Fadjr avec leurs ablutions d'al-'Ichâ', ou qui passaient toute la nuit à prier, ou encore jeûnaient tous les jours, est souvent jugé Da'îf et non Sahîh. Le cheikh de l'Islam, Ibn Taymiya, qu'Allah lui fasse miséricorde, dit : « Même chose pour celui à propos de qui on rapporta qu'il passait, en permanence la nuit entière à prier, ou qui accomplissait la prière d'al-Subh avec ses ablutions d'al-'Ichâ', bien que beaucoup de ce qui fut rapporté à cet égard soit jugé faible (Da'îf).
'Abdullah ibn Mas'ûd, Radiya Allahou Anhou, dit à ses compagnons: - ‘‘Vous jeûnez et priez plus que les compagnons de Mohammed, cependant, ces derniers étaient meilleurs que vous’’
- ‘‘Pourquoi, Abû Abdir-Rahmân?
- ‘‘Car ils renonçaient plus que vous à ce bas monde, et désiraient plus que vous l'Au-delà’’ »
Ce qui fut authentiquement rapporté à leur sujet concerne ce qu'ils faisaient occasionnellement et non pas de manière permanente. C'est ce qu'al-Châtibi, qu’Allah lui fasse miséricorde, mentionne dans son ouvrage al-I'tissâm: «Quant aux arguments rapportés à leur sujet concernant le fait qu’ils faisaient la prière d'al-Subh avec les ablutions d'al-'Ichâ', qu’ils passaient la nuit entière à prier, ou encore qu’ils jeûnaient tous les jours ou autres, tout cela est probablement dans les limites de la condition mentionnée, à savoir ne pas s'obliger à observer régulièrement ces pratiques, mais de les faire lorsqu'on a de l'entrain. Et si, à un autre moment, on retrouve cet état d'entrain, on peut accomplir ces pratiques pourvu que cela ne soit pas au détriment des obligations prioritaires. On est donc d'accord sur le fait que cela se fait lorsque la personne a de l'entrain sachant qu'elle a, dans tous les cas, le libre choix d'abandonner ces pratiques, mais elle cherche à saisir ces occasions selon ces états d'entrain »
Il est également probable qu'ils observaient ces pratiques cultuelles pour une autre raison mentionnée par al-Châtibi, qu’Allah lui fasse miséricorde, à savoir : « La difficulté qu’on trouve à observer les obligations religieuses de manière permanente varie d'une personne à l'autre selon la force du corps, la détermination, la force de la foi, etc. Nous estimons donc que les pratiques cultuelles que nos pieux prédécesseurs observaient ne leur étaient pas difficiles à accomplir. Cependant, ce qui est moindre nous est bien difficile» Accomplir certains actes d'adoration comme le fait de passer toute la nuit à prier, de jeûner tous les jours, et d’autres actes semblables observés à certaines périodes de l'année, cela est légitime et n'est pas considéré comme une forme d’exagération en matière de pratiques cultuelles. Selon le cheikh de l'Islam Ibn Taymiya, qu'Allah lui fasse miséricorde: «Quant au fait de jeûner tous les jours à une certaine période de l'année, cela a été pratiqué par le Prophète () : il jeûnait parfois si souvent que l'on en arrivait à dire : ‘‘Par Allah, il jeûne tout le temps’’, et il jeûnait parfois si peu que l'on en arrivait à dire : ‘‘Par Allah, il ne jeûne jamais’’. Cela s'applique de même au fait de consacrer certaines nuits entièrement à la prière, comme c'est le cas des dix dernières nuit de ramadan, ou au fait de consacrer parfois d'autres nuits à la prière, tout ceci relève de la Sunna.»
Dans tous les cas, nous devons trouver des excuses à ceux qui parmi nos pieux prédécesseurs, s'évertuaient à accomplir certains actes d'adoration alors que cela nous paraît contrevenir à la Sunna. En effet, les actes d’adoration de quelqu'un qui a très peur de l'Enfer ne sont aucunement comparables à ceux des fainéants et des indolents comme nous. Sollicitons Allah, exalté soit-Il, pour qu’Il améliore notre situation et nous mette sur le droit chemin.

Et Allah sait mieux.

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