Ne nous préoccupons pas des différends ayant opposé des compagnons
Fatwa No: 367138

Question

Assalam alaykoum,Je voulais avoir un éclaircissement bien clair de votre part sur ce sujet : Pourquoi la majorité des sunnites font l'éloge de Mouawiya ibn Abi soufyan en disant de lui "l'oncle des croyants" alors que selon des hadiths authentiques ce dernier a clairement insulter l'Imam Ali, pourquoi après avoir cité le nom d'Al-Moughîra ibn Chou’ba la majorité des sunnites disent (qu'Allah l'agrée) alors que ce dernier a aussi clairement insulter l'Imam Ali selon un hadith authentique. N'est-ce pas là une exagération et une absurdité ?! Pourquoi simplement ne pas se taire au moins au lieu de faire l'éloge sur des gens qui ont insulté le Maître des croyants Ali au sujet duquel le Prophète (Salla Allahou Alaihi wa Sallam) a dit sur lui : « Celui qui insulte Ali m’aura insulté ». (hadith sahih).

Réponse

Louange à Allah et que la paix et la bénédiction soient sur Son Prophète et Messager, Mohammed, ainsi que sur sa famille et ses Compagnons :

Ahlu-l-Sunna Wa-l-Djamâ'a aiment tous les Compagnons du Prophète () et emploient la formule « qu'Allah soit satisfait de lui » pour chacun d'entre eux. Ils pensent que les différends survenus entre eux ayant entraîné insultes, calomnies et pire encore comme le fait de se combattre, ne sont que le fruit d'efforts d'interprétation et qu'ils en seront donc excusés. En effet, celui d'entre eux qui avait raison aura deux récompenses et celui qui avait tort obtiendra une récompense. Mu'âwiya et al-Mughîra, qu'Allah soit satisfait d'eux, font partie des compagnons dont les vertus ont été confirmées. Allah, exalté soit-Il, dit (sens du verset) : « [...] Et à chacun Allah a promis la meilleure récompense [...] » (Coran 4/95), c'est-à-dire celui qui embrassa l'Islam avant le traité de Hudaybiya et combattit et celui qui embrassa l'Islam après cet événement et combattit. Allah, exalté soit-Il, leur promit à chacun la meilleure des récompenses qu'est le Paradis. Al-Mughîra est l'un des Compagnons qui ont assisté au Serment d'allégeance dit «Bay’at al-Ridwân » ou « Bay’at al Chajara (de l'Arbre) ». Or, il a été authentiquement rapporté que celui qui assista à ce serment d'allégeance n’entrera pas en Enfer. Quant à Mu'âwiyya, il a des vertus que tout le monde connaît et qui sont citées dans les livres de la Sunna. C'est pourquoi les adeptes de la Sunna emploient la formule « qu'Allah soit satisfait de lui » en mentionnant Mu'âwiyya, al-Mughîra et les autres compagnons, et font preuve d'indulgence s’agissant des différends qui sont survenus entre eux en étant convaincus que ceux-ci étaient les fruits de leurs efforts d'interprétation des choses.
Quant à Alî, qu'Allah soit satisfait de lui, il existe de très nombreux hadiths à propos de ses vertus et celui que vous avez cité a été rapporté par Ahmad et d'autres et déclaré authentique (Sahîh). Ce hadith vise celui qui insulte Alî, qu'Allah soit satisfait de lui, sans aucun effort d’interprétation. D'ailleurs, les Compagnons se combattirent, ce qui est bien pire que les insultes en question; mais cela n’empêche pas de les soutenir tous et de ne pas se mêler de leurs différends. Telle est la croyance des gens de la Sunna à propos de ces gens qu'Allah honora par la compagnie du Prophète ().

Le cheikh al-Islâm, qu'Allah lui fasse miséricorde, a dit : « Un des principes fondamentaux d'Ahlu-l-Sunna Wa-l-Djamâ'a est de préserver leur cœur et leur langue de toute rancœur à l’égard des compagnons du Prophète () comme les décrivit Allah, exalté soit-Il, en disant (sens du verset) :

"Et [il appartient également] à ceux qui sont venus après eux en disant : "Seigneur, pardonne-nous, ainsi qu'à nos frères qui nous ont précédés dans la foi ; et ne mets dans notre cœur aucune rancœur à l'égard de ceux qui ont cru. Seigneur, Tu es Compatissant et Très Miséricordieux." (Coran 59/10)

et par obéissance envers le Prophète () qui a dit :

"N'injuriez pas mes compagnons, car par Celui qui détient mon âme dans Sa Main, si l'un de vous dépensait- en aumône - l'équivalent du mont Uhud en or, il n'atteindrait pas (le mérite) de l'un d'eux ayant donné en aumône un Mudd (poids équivalant à ce que peuvent contenir les deux mains) ou même la moitié d'un Mudd."

Ils suivent le Coran, la Sunna et le consensus des savants à propos des vertus et rangs des compagnons. Ils préfèrent ceux qui dépensèrent de leurs biens avant le traité de Hudaybiya et combattirent, à ceux qui dépensèrent de leurs biens après cet événement et combattirent, tout comme ils préfèrent les Emigrés aux Ansârs. Ils croient au fait qu'"Allah dit aux gens ayant participé à la bataille de Badr – qui étaient un peu plus de trois cent dix : 'Faites ce qu'il vous plaît, Je vous ai certes pardonné.'"

Ils croient qu'aucun de ceux qui ont prêté allégeance au Prophète () sous l'Arbre n'entrera en Enfer, comme le stipula le Prophète () ainsi que le fait qu'Allah est satisfait d'eux et qu'eux sont satisfaits d'Allah. Le nombre de ces compagnons dépasse par ailleurs mille quatre cents hommes. Ils renient la croyance des Rawâfid qui haïssent les compagnons et les insultent et la croyance des Nawâsib qui nuisent à la famille du Prophète () en paroles ou en actes. Ils ne se prononcent pas sur les différends qui sont survenus entre les Compagnons et disent que les récits à propos de leurs méfaits contiennent des mensonges, des exagérations et des manques. Quant à ce qui est exact, ils en sont excusés, car ils ont fait un effort d’interprétation et ont pu tomber juste ou se tromper. Les adeptes de la Sunna ne croient toutefois pas que les Compagnons étaient infaillibles et ne pouvaient commettre des péchés mineurs et majeurs. Ils pouvaient commettre des péchés, mais leurs vertus et le nombre de leurs œuvres pies étaient suffisants pour les effacer s'ils en commettaient, ce qui n'est pas le cas de leurs successeurs. Le Prophète () dit à leur propos :

• "Ils sont la meilleure génération."

• "Si l'un de vous dépensait -en aumône- l'équivalent du mont Uhud en or, il n'atteindrait pas (le mérite) de l'un d'eux ayant donné en aumône un Mudd (poids équivalant à ce que peuvent contenir les deux mains) ou même la moitié d'un Mudd."

Par ailleurs, si l'un d'eux a pu commettre un péché, il s'en est certes repenti, l'a effacé par une bonne action, se l'est vu pardonné pour avoir été l'un des premiers à avoir embrassé l'Islam ou par l'intercession de Mohammed () pour lui car les Compagnons sont certes ceux qui méritent le plus son intercession, ou a subi une épreuve dans ce bas monde effaçant son péché. Or, si tout cela concerne les péchés réellement commis, alors que dire des choses à propos desquelles ils ont fait un effort d’interprétation et pour lesquelles ils auront deux récompenses s'ils avaient raison et une récompense s'ils avaient tort, en plus de s'être vu pardonnés leur erreur. Ensuite, les choses pouvant vraiment leur être reprochées sont peu nombreuses et sont occultées par leurs vertus, par leur foi en Allah et en Son Prophète (), par leur combat dans le sentier d'Allah, par leur Emigration, par leur aide, par leur savoir bénéfique et par le grand nombre de leurs œuvres pieuses. »

Et Allah sait mieux.

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