Le passage d'une femme, d'un chien noir et d'un âne invalide-t-il la prière de celui qui n'a pas placé une Sutra devant lui ?
Fatwa No: 89471

Question

J'ai entendu un hadith stipulant que trois choses annulent la prière : le passage d'un chien, d'un âne et d'une femme. Aïcha, qu'Allah soit satisfait d'elle, réfuta ce hadith en se basant sur ce qu'elle observa de la pratique du Prophète (Salla Allahou Alaihi wa Sallam) et parce que celui-ci priait alors qu'elle se trouvait endormie devant lui sur le lit. Le passage de ces choses doit-il avoir lieu devant ou derrière la sutra (pour invalider la prière) ? Le passage d'une femme annule-t-il la prière de la femme ou uniquement la prière de l'homme ? Etant donné qu'Aïcha a réfuté ce hadith en se basant sur ses observations qu'elle jugea solides, pouvons-nous réfuter un hadith en se basant sur sa réfutation par un hadith plus solide encore ou un verset du Coran ? Est-il, par exemple, permis de réfuter le hadith : « Tuez quiconque change de religion (apostasie). », en se basant sur le verset (sens du verset) : « Nulle contrainte en religion ! [...] » (Coran 2/256)

Réponse

Louange à Allah et que la paix et la bénédiction d’Allah soient sur Son Prophète et Messager, Mohammed, ainsi que sur sa famille et ses compagnons :

 

Les savants divergèrent concernant le fait que le passage d'une femme, d'un chien noir et d'un âne invalide la prière. Certains déclarèrent que ces trois choses n’invalident pas la prière et c'est l'avis de la majorité des savants qui interprétèrent le hadith rapporté à ce sujet en disant que le passage de ces trois créatures diminue la récompense de la prière.

 

D'autres savants dirent que cela invalide la prière. Tel est l'avis d'un groupe de compagnons dont Abû Hurayra, Anas et Ibn 'Abbâs selon l'un de ses avis ainsi que d'un groupe de leurs successeurs comme al-Hasan al-Basrî et d'autres.

 

D'autres encore jugèrent que la prière est invalidée par le passage d'un chien noir uniquement, mais pas par le passage d'une femme et d'un âne. Tel est l'avis d'Aïcha, , ainsi que celui de l'école hanbalite.

 

Concernant votre question sur le fait de savoir si le passage de ces créatures se fait devant ou derrière la sutra, la réponse est que selon l'avis stipulant que cela invalide la prière, il s'agit alors de leur passage entre le priant et sa sutra ou juste devant le priant qui n'a pas de sutra. Par contre, si elles passent derrière la sutra, cela n’invalide pas la prière. C'est ce qu'indique le hadith dans lequel Abdullah ibn al-Sâmit a rapporté d'après Abû Dharr, qu'Allah soit satisfait de lui, que le Prophète () a dit :
« Quand l'un d'entre vous s'apprête à prier, qu'il place devant lui comme sutra un objet de la hauteur du dossier d'une selle de chameau. S'il ne le fait pas, sa prière pourrait être interrompue par le passage d'un âne, d'une femme ou d'un chien noir. » (Mouslim)

 

Quant à votre question de savoir si le passage d'une femme invalide la prière de la femme, la réponse est non, même selon l'avis de ceux qui déclarent que cela invalide la prière de l'homme.

 

Ibn Hazm - un de ceux qui sont d'avis que le passage d'une femme invalide la prière de l'homme - a dit : « Les femmes n’invalident pas la prière d'autres femmes. » (Al-Mahallâ)

 

Cela est confirmé par une version du hadith qui mentionne : « [...] la prière de l'homme musulman pourrait être interrompue [...] » (Mouslim)

 

Concernant votre question à propos de la permission de réfuter un hadith et de la réfutation du hadith relatif à la peine de mort pour les apostats, nous aimerions tout d'abord dire qu'il n'existe aucune contradiction entre le hadith et le verset cités, car le verset signifie qu'il n'est pas permis de contraindre quelqu'un à embrasser l'Islam et il est clair et explicite qu'il n'est pas nécessaire de contraindre quiconque à embrasser l'Islam, car Allah ouvre le cœur de celui qu'Il désire guider à l'Islam.

Quant à celui qui a embrassé l'Islam et connu la vérité puis apostasié, il mérite d'être tué, car il réfute la vérité après l'avoir reconnue. Ainsi, le verset indique qu'il est interdit de contraindre quiconque à embrasser l'Islam alors que celui a embrassé puis apostasié, sa juste rétribution est d'être tué s'il ne revient pas à l'Islam. Ce châtiment, tout comme d'autres, ne peut toutefois être exécuté que par le dirigeant ou son représentant.

 

Quant au fait de juger du caractère contradictoire de hadiths, cela relève des savants, car ce sont eux qui sont à même de juger de cela.

 

Les  gens ordinaires peuvent parfois trouver une contradiction entre deux hadiths alors qu'en réalité il n'y en a pas car l’un des deux peut avoir un sens général et l’autre un sens particulier, ou l’un un sens indéfini et l’autre défini, ou l’un être abrogeant et l’autre abrogé, ou pour toute autre raison connue des savants et ignorée des gens ordinaires qui ont passé leur vie dans l'insouciance et la négligence puis veulent donner des jugements religieux et réfuter des hadiths authentiques du Prophète ().

 

Et Allah sait mieux.

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