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L’habit du pèlerin et le linceul mortuaire

 

 

Que les prières d’Allah et Son Salut soient sur Mohammed, ainsi que sur ses proches, et tous ses Compagnons !

 

Les leçons et les avantages que l’on peut tirer du Hadj  sont innombrables. Les différents rites auxquels est confronté le pèlerin éveillent certaines morales très émouvantes. Arrivé au Miqate  (les lieux que le Messager d’Allah, Salla Allahou Alaihi  wa Sallam, a indiqué pour entrer en état de sacralisation), il doit en effet enlever tous ses habits et revêtir un Izar (pagne) pour le bas et un Ridaa  (sorte de long châle ou drap) pour le haut que l’on porte sur les épaules. Dans cette tenue, tous les pèlerins sont égaux ; il n’y aucune différence entre le riche et le pauvre, le gouverneur et le gouverné. Cela nous rappelle que tous les hommes sont égaux face à la mort et que chacun n’a pour autre vêtement le jour de l’enterrement, que son linceul. Ainsi il est enveloppé, nu dans un tissu blanc, il n’y a plus de différence entre le riche et le pauvre.

 

D’après l’imam Ahmed dans son recueil Al-Musnad, selon Samoura Ibn Djoundoub,  qu'Allah l'agrée, le Prophète, Salla Allahou Alaihi  wa Sallam, a dit : «Habillez-vous en blanc, ceci est plus pur et aussi très embellissant et habillez-en vos morts.» [1].

À sa mort, le meilleur des hommes, Salla Allahou Alaihi  wa Sallam, fut enveloppé dans trois habits blancs en coton ; il n’avait ni chemise ni turban. D’après Boukhari et Muslim, selon Aicha, qu'Allah l'agrée, le Messager d’Allah, Salla Allahou Alaihi  wa Sallam, a reçu trois habits Souhouliya yéménites en coton pour linceul (tissu blanc du Yémen) ; il n’avait ni tunique ni turban[2]. Ainsi, après avoir rendue l’âme, la personne doit être débarrassée de ses vêtements pour être lavée, enveloppée dans trois tissus de couleur blanche. Ensuite, on pourra prier pour elle et l’enterrer. Quand le pèlerin ôte ses vêtements ordinaires au Miqate  pour revêtir ceux de l’ihram, il doit ainsi penser à sa future situation et garder à l’esprit que la mort est un passage entre la vie sur terre et l’au-delà. Ô combien est bénéfique d’avoir toujours en tête que la vie a un terme qui éloigne à jamais des amis et des proches ici-bas ! Le linceul, encore qu’il puisse se conserver, est le seul bien que l’on portera sous terre. Le poète dit :  

« Tu n’auras de tous ce que tu as amassés,

Que deux tissus qui t’entoureront et de l’encens. »

    

Un autre a déclamé :

« Se satisfaire (de sa condition) et surtout ne l’échanger contre rien,

Permet de mieux jouir de la vie et de se rasséréner,

Observe ceux qui ont la terre entière pour fortune,

Autre chose qu’un linceul en coton, ont-ils emporté ? » [3]

 

Un Hadith  authentique nous apprend que le Prophète, Salla Allahou Alaihi  wa Sallam, a dit : « Pensez souvent à ce qui met un terme aux plaisirs. » [4] autrement dit, pensez souvent à la mort. Ibn Messaoud, qu'Allah l'agrée, a dit : « La mort suffit pour rappel. » Penser à la mort, c’est faire un pas vers l’au-delà et revient à montrer que nos ambitions et nos connaissances ne s’arrêtent pas à la vie d’ici-bas. Réfléchir sur l’autre monde dissuade de faire des péchés, apaise les cœurs durs, freine l’entrain éprouvé pour ce bas monde et permet de mieux supporter les malheurs.

 

Par ailleurs, le linceul emporté par le défunt dans sa tombe, ne lui est, dès les premiers instants, plus d’aucune utilité, et à terme dernière trace de son ancien monde, il se décomposera. En fait, la seule chose qui pourra lui être utile en ce lieu hostile ce sont ses bonnes actions. Il est certifié en effet d’après Boukhari et Muslim  et selon Anas ibn Malek, qu'Allah l'agrée, que le Prophète, Salla Allahou Alaihi  wa Sallam, a dit : « Trois choses accompagnent le mort (lors de son cortège funèbre) : ses biens, sa famille et ses œuvres. Seules restent avec lui ses œuvres ; sa famille et ses biens quant à eux reviennent.» [5]. Chacun sait qu’un individu a besoin de sa famille et de sa richesse pour vivre. Pourtant, il faudra bien un jour s’en séparer. Le plus heureux est celui qui utilise cet avantage pour l’aider à faire le bien et les actes d’adoration. Par contre, il perd tout quand la fortune et les proches lui font oublier Son Créateur, comme les bédouins l’ont reconnu auprès du Prophète, Salla Allahou Alaihi  wa Sallam, dans le verset suivant : (Nos biens et nos proches nous ont occupés l’esprit, alors implore le Pardon en notre faveur )[6].

Allah, Exalté soit-Il, a également révélé : (Vos biens et vos proches ne doivent point vous distraire de l’évocation d’Allah ; quiconque sombre dans cela… ces gens-là sont alors les grands perdants.) [7]

 

Après la mort, la seule chose dont on peut espérer de ses biens et de sa famille c’est l’invocation et la demande de pardon de sa famille ainsi que la rétribution d’avoir bien utilisé ses biens.

Allah, Exalté soit-Il, dit dans le Noble Coran : '' (Le jour où ni les biens ni les proches ne seront d’une quelconque utilité • si ce n’est celui qui se présentera avec un cœur sain) [8]. Allah, Exalté soit-Il, dit également : (Vous Nous venez aujourd’hui un par un comme Nous vous avons créé la première fois, mais vous avez laissé derrière vous, ce que sur terre, Nous vous avons concédé ) [9].

L’être humain laisse derrière lui sa famille et son argent qui lui offraient une certaine jouissance et qui désormais ne pourront plus rien lui rapporter, si ce n’est les invocations que les uns lui réservent après son décès et les bienfaisance qu’il a pu faire au cours de sa vie.

 

Dans Sahih Muslim, selon Abou Houreira, qu'Allah l'agrée, le Prophète¸ Salla Allahou Alaihi  wa Sallam, a dit : « Lorsque l’un d’entre vous meurt, toutes ses œuvres s’interrompent à l’exception de trois : une aumône courante, un enfant pieux qui implore en sa faveur et un savoir utile aux autres » [10]. Or, sa famille ne prie pas forcément en sa faveur et la richesse qu’il s’était approprié ne peut lui venir en aide une fois sous terre que s’il l’a consacrée pour faire le bien et qui ensuite sera comptée parmi ses bonnes œuvres. En dehors de cela, l’argent ne l’accompagnera dans l’autre demeure. Il sera plutôt distribué à ses héritiers quelque soit le montant de l’héritage dont il n’était en fait que le gardien.

 

Dans Sahih Muslim , le Prophète, Salla Allahou Alaihi  wa Sallam, a dit : « Le fils d’Adam revendique : mon argent ! Mon argent ! Ô fils d’Adam, possèdes-tu de ton argent que ce que tu as mangé et qui s’est altéré ? Possèdes-tu de ton argent que ce dont tu t’es habillé et qui s’est abîmé ? Alors que ce que tu as consacré à l’aumône, certes tu l’as mis en valeur (pour l’au-delà). » [11]

 

D’après Sahih el-Boukhari, le Prophète, Salla Allahou Alaihi  wa Sallam, a demandé aux Compagnons : « Qui d’entre vous préfère l’argent de ses héritiers au sien ? Chacun d’entre nous préfère son argent à celui de ses héritiers, ont-ils répondu.  Ton argent est celui que tu as avancé (dépensé dans le bien) alors que l’argent de tes héritiers est celui que tu leur as laissé. » [12]

 

Allah, Exalté soit-Il, dit dans le Noble Coran : (Celui qui renie, il le fait contre lui, mais ceux qui font des bonnes œuvres, ils préparent pour eux mêmes leur place)[13].

Certains prédécesseurs ont expliqué ce verset par la préparation de sa tombe. Autrement dit, les bonnes œuvres serviront de couche dans un lieu où l’individu ne pourra plus jouir d’un tapis, d’un oreiller ou d’un lit [14]. Chacun étendra ses bonnes ou mauvaises œuvres, sur lesquelles il s’allongera.

 

Dans un Hadith , le Prophète, Salla Allahou Alaihi  wa Sallam, nous apprend : « Djibril m’a dit : «Mohammed ! Vis autant que tu veux, tu mourras quand même ; aimes qui tu veux, tu le quitteras quand même ; fais toutes les œuvres que tu veux, tu vas les retrouver.» [15]

 

Puisse Allah arranger la situation de chacun d’entre nous, nous offrir une fin heureuse et nous faciliter les œuvres qu’Il aime et agrée !

Amine !

 

Que les prières d’Allah et Son Salut soient sur Mohammed, ainsi que sur ses proches et tous ses Compagnons !

 


[1] Al-Mousnad (20154).

[2] Sahih Boukhari (1264) et Sahih Muslim  (941).

[3] At-Tadhkira d’Al-Qourtoubi (1/28).

[4] Sounane At-Tirmidhi (2307) ; Cheikh al-Albani l’a authentifié dans Sahih Al-Djamiï(1210).

[5] Sahih Boukhari (6514) et Sahih Muslim  (2960).

[6] La Grande Conquête/11.

[7] Les hypocrites/9.

[8] Les poètes/88, 89.

[9] Le bétail/94.

[10] Sahih Muslim (1631).

[11] Sahih Muslim (2958).

[12] Sahih Boukhari (6442).

[13] Les Romains /44.

[14] Voir : Djouz’oune Fil Kalam Ala Hadith  : « Yattabiôu Al Mayyit Thalath… » d’Ibn Radjab (p. 40).

[15] Hadith  rapporté par At-Tayalissi (1862), Al Hakem (4/325) ; Cheikh Al-Albani l’a authentifié dans Sahih Al Djamiï (4355).

Extrait du livre  Al Hadj  wa Tahdhib An-Noufous de Cheikh Abderrazzaq Al Abbad (p.146-152).

 

 

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