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N’aurais-tu pas pu lui donner à manger ?

N’aurais-tu pas pu lui donner à manger ?

 

N’aurais-tu pas pu lui donner à manger ?

Selon ‘Abbâd ibn Shurahbîl, qu’Allah soit satisfait de lui : « Alors que j’avais très faim, je suis entré dans un verger de la ville de Médine. J’y ai pris des épis de blé, j’en mangeais une partie et en déposais une autre dans mon vêtement. C’est alors qu’arriva le propriétaire du verger. Il me frappa et se saisit de mon vêtement. J’allais trouver le Prophète, , qui dit à l’homme : « N’aurais-tu pas pu lui apprendre vu qu’il ne savait pas ? Et lui donner à manger vu qu’il avait faim ? » Il lui ordonna de me rendre mon vêtement et il me donna une quantité de nourriture correspondant à un Wisq ou un demi Wisq de nourriture (un Wisq représente environ 240 fois la nourriture que peuvent contenir deux mains jointes de taille moyenne. NdT.) » Rapporté par Abû Dâwûd, Ibn Mâjah et Nasâ’î.

Le détail de l’histoire

La vie de ce monde est versatile par nature. Quand tout va bien, les gens sont heureux en raison des grâces dont ils bénéficient et des bienfaits qu’ils reçoivent. Mais quand cela va moins bien, la vie devient plus difficile. La situation est pénible et le besoin se fait sentir. Et le croyant doit toujours adopter une de ces deux attitudes : reconnaitre les bienfaits et patienter face aux épreuves.

C’est ainsi que vécu un des compagnons du Prophète, . La vie de ‘Abbâd ibn Shurahbîl, qu’Allah soit satisfait de lui, était celle d’un homme de condition moyenne. Ni trop riche ni trop pauvre. Il avait de quoi subvenir à ses besoins quotidiens, habitait dans une demeure modeste et vécut ainsi jusqu’à ce qu’il connaisse des temps bien plus difficiles qui ne lui permirent plus de bénéficier des bienfaits comme c’était le cas jusqu’alors. Epuisé, fatigué par la faim, il était rongé par les soucis et endurait les douleurs de la faim.

Les jours se suivaient et ses vivres diminuaient jusqu’à ce qu’il ne reste plus rien à manger dans sa maison. C’est alors que ‘Abbâd ibn Shurahbîl décida de sortir de chez lui pour chercher à manger et combler sa faim pour ne pas périr.

Sur son chemin, il aperçut un des jardins de Médine. Très ombragé, il était à ses yeux tel un véritable verger. On pouvait y voir de la verdure et des graines variées de quoi réjouir les yeux et l’âme de quiconque. Notre compagnon ne put se retenir. Sans même le ressentir, il se lança vers des épis de blé dont il prit possession. Une fois les graines en main, il les mangea. Quel devait être sa faim pour manger des graines de blé ainsi alors qu’elles n’ont même pas été cuites. !!

Une fois calmé et relativement rassasié, il se souvenait alors des quelques jours précédents qu’il avait passé le ventre vide en rêvant – uniquement en rêvant – trouver de quoi manger. Il ne pouvait supporter de rester dans cette même situation et décida de se saisir d’une petite quantité de blé pour lui permettre d’affronter les jours à venir.

‘Abbâd ibn Shurahbîl, qu’Allah soit satisfait de lui, sortit du jardin en ayant rempli ses vêtements de blé. A chaque pas, il s’imaginait en train d’allumer un feu pour faire à manger laissant derrière lui les jours difficiles, avec en tête l’image de la table sur laquelle se trouvait sa nourriture et sa boisson.

Alors qu’il était plongé dans ses pensées, le propriétaire du verger l’aperçut alors qu’il portait son vêtement plein de blé, sans nullement se soucier de ce qu’il avait fait. Le propriétaire du verger se mit dans une grande colère et s’approcha en lui reprochant avec fermeté son insolence. Il le frappa jusqu’à lui faire mal et se saisit de son vêtement. Il finit par le chasser comme un malpropre.

Meurtri, ‘Abbâd, qu’Allah soit satisfait de lui, se sentit contraint et privé de son droit. Il alla voir le Prophète, , pour se plaindre de ce que l’homme lui avait fait et l’informer de sa situation.

Le Prophète, , lui accorda toute son importance. Il convoqua le propriétaire du verger pour le réprimander en raison de la dureté dont il avait fait preuve à l’égard de ‘Abbâd. Cette dureté avait dépassé les limites. Il voulait aussi le réprimander pour avoir pris le vêtement de ‘Abbâd alors qu’il n’avait pas le droit de le faire. Il lui dit donc :

« N’aurais-tu pas pu lui apprendre vu qu’il ne savait pas ? Et lui donner à manger vu qu’il avait faim ? »

Puis il lui ordonna de lui rendre son vêtement.

En contrepartie, le Prophète, , demanda à ses compagnons d’apporter à ‘Abbâd l’équivalent d’un Wisq ou de la moitié d’un Wisq d’orge. Les traits du visage de ‘Abbâd s’éclaircirent. Il voyait en ce don prophétique un dénouement heureux dont il ne rêvait même pas.

Eclairages sur cette épisode :

D’aucuns peuvent penser que toute faute du comportement est due à une éducation défaillante, des motivations criminelles ou une passion de l’âme. La vérité est que cette vision des choses est superficielle et se limite aux constats des seuls actes sans prendre en compte les véritables causes et motivations de leurs auteurs. Certes, il y a effectivement des actes qui sont condamnables sur le plan religieux, infâmes selon l’usage, à tel point qu’on ne peut accepter les excuses de son auteur ou prétexter que son âme est encline au mal. Avec ceci, il y a des gens qui commettent des péchés sans pour autant savoir que ce qu’ils font est mal. Il y a aussi des gens qui se rendent délibérément coupable d’interdit une fois que toutes les portes se sont fermées devant eux.

La position du Prophète, , a pour objectif de nous transmettre un message important : il est nécessaire de bien distinguer entre la maladie et ses symptômes et dans quelle mesure il convient de remédier aux erreurs commises. On ne devrait pas faire abstraction des causes qui ont conduits leurs auteurs à les commettre.

En analysant le texte de ce hadith, on se rend compte que ce qui a poussé le compagnon ‘Abbâd ibn Shurahbîl, qu’Allah soit satisfait de lui, à ce geste est, d’une part, parce qu’il souffrait d’une grande faim, et d’autre part, parce qu’il ignorait que ce qu’il faisait était interdit.

Pour ce qui est de la faim, le Prophète, , a reproché au propriétaire du verger de ne pas avoir prêté attention à son devoir d’humanité. Puis, il solutionna le problème à sa source en comblant les besoins alimentaires de notre compagnon en lui permettant de ne plus avoir à connaitre l’humiliation de la mendicité et le besoin de demander aux gens.

Pour ce qui est de l’ignorance, il faut savoir que prendre quelques nourritures d’un jardin appartenant à un tiers est permis en principe. Mais dans une proportion définie que le Prophète, , a expliqué en disant : « Si l’un de vous passe devant un verger il peut manger ce qu’il y trouve mais ne doit rien emporter avec lui. » Rapporté par Ibn Mâjah. Mais le compagnon ‘Abbâd ne connaissait pas ce statut sinon il ne serait pas aller se plaindre au Prophète, .

L’imam Al-Khattâbî a dit : « Ce hadith nous enseigne que le Prophète, , l’a excusé en raison de son ignorance pour avoir pris de la nourriture avec lui. Il blâma aussi le propriétaire du jardin pour ne pas lui avoir donné à manger alors qu’il avait faim. »

En résumé, nous disons : Chez certaines personnes qui commettent des interdits, l’origine du mal est la sensation de besoin. La leçon prophétique consiste ici à orienter les gens de façon à ce qu’ils considèrent la nécessité de combler les besoins des indigents qui sont légitimes pour qu’ils ne finissent pas par dévier. Et mieux vaut prévenir que guérir.

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