Le récit de Moise et d'Al-Khadir: la Nature de leur relation

Le récit de Moise et d
  • Date de publication:22/07/2010
  • Catégories:Tafsir
  • Fréquence:
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La Sourate de la Caverne est une des sourates révélée à la Mecque. Elle contient trois des récits racontés dans le Noble Coran. Il s’agit du Récit des compagnons de la Caverne, du Récit de Moise ('Alaihi Sallam) et du Récit de Zoul Qarnein. Ainsi la sourate de la Caverne nous retrace –t- elle les événements qui se sont passés entre le prophète Moise et le serviteur pieux Al-Kadhir, événements auxquels je reviendrai s’il plait à Allah lorsque j’étudierai ce récit du point de vue de la relation contractuelle qui s’est développée entre Moïse et Al-Khadir. Je m’appesantirai sur la nature de celle-ci, sur les législations qui en ont découlées en m'arrêtant, en particulier, sur les points suivants :

1 –la nature de la relation ;
2 –les clauses bilatérales ;
        3 – la menace en cas de non respect du contrat ;
        4 – la résiliation du contrat ;
        5 –les effets de la résiliation du contrat.
 
Le récit commence par la mention de la décision ferme de Moïse de se rendre à la jonction des deux mers en quête de savoir comme le précise le verset (sens du verset): « (Rappelle-toi) quand Moïse dit à son valet : "Je n'arrêterai pas avant d'avoir atteint le confluent des deux mers, dussé-je marcher de longues années" » (Coran : 18/60)
 
Les commentateurs du Coran rapportent que Moïse a parlé ainsi à son jeune compagnon lorsque celui-ci lui fit part de l’existence, quelque part, d’un serviteur pieux vivant à la jonction des deux mers et possédant des connaissances auxquelles Moïse n’a pas accès.
Pris d’envie de le rejoindre, Moïse dit alors à son jeune compagnon : «Je n'arrêterai pas» c'est-à-dire je continuerai à marcher tant que je ne suis pas arrivé à la jonction des deux mers. Selon Qatada : il s’agit de la Mer perse du côté est et de la Mer des Romains du côté ouest ; alors que pour Mohammed ibn Ka’b Al-Qouradhi il s’agit plutôt de la jonction des deux mers à Tanger. Et Allah sait mieux. (Voir l’interprétation du Coran par Ibn Khathir volume 3, page 92) 
 
« Ils trouvèrent l'un de Nos serviteurs à qui Nous avions donné une grâce, de Notre part, et à qui Nous avions enseigné une science émanant de Nous.
Moïse lui dit : "Puis-je suivre, à la condition que tu m'apprennes de ce qu'on t'a appris concernant une bonne direction ? " ». (Coran : 18/65-66)
 
Moïse a donc rejoint Al-Kadhir, ce serviteur pieux auquel Allah a accordé un grand don de savoir et une immense faveur sous la forme des miracles qu’il a su produire par la volonté d’Allah « une science émanant de Nous » c'est-à-dire un savoir qui vient exclusivement d’Allah, exalté soit-Il, un savoir qui dépend d’Allah Seul, il s’agit de la connaissance du futur, une science divine qui est le fruit du dévouement. On l'appelle encore la science d’ici-bas qu’Allah donne à qui Il veut de Ses serviteurs.
 
Pour Ibn Attiya : « la science d’Al Kadhir est une connaissance des choses latentes dont la réalité lui a été révélée. C’est une connaissance en vertu de laquelle les actes ne doivent pas être jugés selon les apparences (Al-Jami’ Liahkam Al-Qour’an de l’Imam Al Qourtoubi volume 6 page 16). Le verset : « Moïse lui dit : "Puis-je suivre, à la condition que tu m'apprennes de ce qu'on t'a appris concernant une bonne direction ? " »  peut être interpréter comme suit : Me permes-tu de t’accompagner pour m’inspirer de ta connaissance et apprendre quelque chose qui puisse m’aider à mieux m’orienter dans la vie ?
 
C’est ici qu’on aperçoit dans le récit qu’une relation contractuelle s’est établie entre Moïse et Al-Kadhr et à laquelle s’applique la définition du mot "‘Aqd" contrat qui, étymologiquement veut dire l’assemblage des extrémités de quelque chose avant de les nouer et, conventionnellement, le conditionnement de l’offre par son acceptation par l’un des contractants de façon susceptible de prouver son effet sur l’objet du contrat.
Le contrat a quatre piliers :
a) les deux contractants, c'est-à-dire les deux parties au contrat (dans notre cas il s’agit de Moïse et Al-Khadir) ;
b) l’objet du contrat (l’accompagnement d’Al-Khadir par Moïse) ;
c) l’objectif du contrat (l’enseignement de Moïse par Al-Khadir) ;
d) les éléments du contrat (voyage en quête du savoir).
 
1 – La demande pour l'accompagnement, formulée par Moïse. Il s’agit d’une adresse pleine de bienveillance et de modestie émanant d’un Prophète honoré et honorable. Cette demande est un exemple à suivre quand il s'agit de se comporter avec quelqu’un chez qui on veut apprendre.
Quant à la définition de l’acceptation il s’agit de la parole ou du geste provenant de l’un des contractants et signifiant son accord. Pour la majorité des oulémas : c’est ce qui émane de celui qui a la compétence d’approprier ou de faire approprier, peut importe que cela émane en premier ou en deuxième lieu (Voir le livre de Adnan Khaled Al Tourkoumani intitulé "critères du contrat en jurisprudence musulmane ")
Dans le cas qui nous intéresse, l’acceptation vient de Moïse et l’accord d’Al-Khadir.
 
2 – La réponse d’Al-Khadir : il ressort de sa réponse qu’il n’a pas d’objection contre la volonté de Moïse de le suivre même s’il a certaines réserves en raison de sa connaissance de l’incapacité de celui-ci à faire preuve de patience « [L'autre] dit : "Vraiment, tu ne pourras jamais être patient avec moi.
Comment endurerais-tu sur des choses que tu n'embrasses pas par ta connaissance ? "». (Coran : 18/67-68)
Il lui a d'abord expliqué la nature du voyage, ce qui est d'une importance capitale étant donné que chaque partie doit, préalablement à la transaction, expliquer à l’autre partie les tenants et les aboutissants du contrat :
a) les compétences requises pour le contractant ;
b) l’explication de la nature de la mission qui lui est confiée.
 Le but étant d'éviter les surprises qui risquent de dégénérer en une dispute due à la méconnaissance, elle même proscrite par la Charia.
 
3 – L’énonciation de l’acceptation d’Al-Khadir apparaît conditionnée « […] "Vraiment, tu ne pourras jamais être patient avec moi. " »
C’est-à-dire tu ne peux supporter ce que tu vois. Pour Ibn Abass, cela veut dire : tu ne pourras supporter ce que je fais car je suis renseigné sur les choses futures par mon Seigneur.
 
Ceci peut être considéré comme l’accord d’Al-Khadir de se faire accompagner par Moïse même si cet accord n’a pas pris la forme d’une acceptation expresse justement parce que Moïse, en exprimant sa disposition à accepter les termes du contrat, n’a pas eu besoin de la conclusion d’un nouvel accord avec Al-Khadir.
 
L’accord est ce qui émane de celui auquel sera transféré l’objet de l’acceptation et qui exprime son assentiment par rapport aux clauses soumises par l’autre partie.
 
Al-Khadir a donc expliqué les raisons qui l’ont emmené à poser pareilles conditions " Comment endurerais-tu sur des choses que tu n'embrasses pas par ta connaissance ? " C'est-à-dire comment pourras-tu supporter un acte en apparence réprimable alors que tu n’as aucune idée de ce qui le sous-tend ? (Voir le commentaire du Coran par As-Sabouni)
 
4 - L’assertion de la disposition de Moïse à supporter les rigueurs du voyage et à se conformer aux ordres d’Al-Khadir telle que racontée par le Coran « [Moïse] lui dit : "Si Allah veut, tu me trouveras patient; et je ne désobéirai à aucun de tes ordres".» (Coran : 18/69) c'est-à-dire que je me suis engagé à t’obéir.
 
En plus de la patience, Moise s'est engagé à obéir les ordres d’Al-Khadir tout en liant ceci à la volonté d’Allah « Et ne dis jamais, à propos d'une chose : "Je la ferai sûrement demain", sans ajouter : "Si Allah le veut" » (Coran : 18/23). C’est pourquoi Ibn Abass, parlant de l’homme qui fait un sermon, a dit qu’il doit, même après une année, lier l’exécution de l’objet du sermon à la volonté d’Allah. (Voir l’interprétation du Coran par Ibn Khathir volume 3, page 79)  
 
Il est aussi préférable de se référer, en faisant un sermon, à la volonté d’Allah à cause du Hadith rapporté par Ibn Oumar et dans lequel le Prophète, Salla Allahou ‘Alaihi wa Sallam, dit: « Quiconque fait un sermon tout en liant son exécution à la volonté d’Allah est considéré comme ayant laissé place à l’exception » (Hadith rapporté par Abou Dawoud et déclaré authentique par Al-Albani).
 Il est également rapporté dans les deux livres authentiques de Boukhari et de Mouslim, sous l’autorité d’Abou Houreira que le Prophète, Salla Allahou ‘Alaihi wa Sallam, a dit que le Prophète Souleiman Ibn Daoud, ‘Alaihi Sallam, a dit une fois: « Cette nuit je visiterai soixante dix femmes et chacune d’elle donnera naissance à un enfant qui portera les armes dans le sentier d’Allah. » Comme il, a omit de dire « s’il plait à Allah », aucune des soixante dix femmes qu’il a visité n’a donné naissance à un enfant à part une seule qui a eu un enfant infirme. Le Prophète, Salla Allahou ‘Alaihi wa Sallam, a ajouté : « Je jure par Allah que s’il avait dit Inchallah il n’aurait pas parjuré, au contraire, il aurait réalisé son objectif. »
 
5 – Sur cette base le contrat fut conclu à la demande de Moïse qui dit alors « "Puis-je suivre, à la condition que tu m'apprennes de ce qu'on t'a appris concernant une bonne direction ? "», c’est une question aimable ayant la forme d’une demande qui ne suppose ni obligation, ni imposition. C’est une réponse favorable de la part de Moïse pour exprimer à Al-Khadir son entière disposition à le suivre dans sa marche et dans son voyage en contrepartie d’une seule chose : être enseigner. C’est cela l’objet du contrat ou la compensation requise par Moïse pour suivre Al-Khadir.
 
Ainsi la compensation peut être matérielle comme elle peut être en nature ou même en service comme le service rendu par Moïse à Chouaïb en contrepartie du mariage de l’une de ses filles « Il dit : "Je voudrais te marier à l'une de mes deux filles que voici, à condition que tu travailles à mon service durant huit ans. Si tu achèves dix [années], ce sera de ton bon gré; je ne veux cependant rien t'imposer d'excessif. Tu me trouveras, si Allah le veut, du nombre des gens de bien".» (Coran : 28/27)
 
Ainsi donc tous les piliers du contrat sont réunis : l’offre et son acceptation, l’accord sur l’objet du contrat.
Moïse et Al-Khadir s’y sont engagés mutuellement sans rien écrire, sans inviter quiconque à y assister pour être témoin.
 Ce qui veut dire que la validité d’un contrat n’est pas conditionnable à la rédaction de celui-ci ou à la présence de témoins.

 

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