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L’essence du Ramadan

L’essence du Ramadan

Les jours se ressemblent comme s’ils étaient des jumeaux, ils passent devant les yeux de leurs spectateurs comme un bataillon qui a ses propres caractéristiques et uniformes. De même que dans un petit village les saisons se suivent et se ressemblent sans que se passe le moindre changement, lequel village continue à vivre isolé du monde ignorant totalement les progrès qui s’y développent. En revanche, quand vient le Ramadan cette routine cesse ! Avant sa venue, les gens de ce village ressentent un respect mêlé de crainte ainsi qu’une certaine appréhension, et quand il est là les gens se regardent et s’interrogent avec intérêt. Après la prière d’al-‘Asr les vieux conversent entre eux au sujet de l’apparition de la nouvelle lune, ils débattent puis ils se taisent pour écouter l’imam, lequel va leur confirmer cette information et il les invite à dire cette invocation : « Ô Allah fais apparaître la nouvelle lune, réjouissons-nous, ayons la foi, soyons en paix et soumis à Toi, voici venue la nouvelle lune annonciatrice de bien et de guidée, mon Seigneur et ton Seigneur est Allah ». Dans cet endroit ce n’est pas la radio qui annonce la nouvelle, d’ailleurs on écoute pas ce que raconte la radio, les gens qui l’écoutent le font en secret et en général ce sont des débauchés ! Les plus jeunes se réjouissent à leur manière grâce à des choses qui leur sont propres !


Un enfant jeûne durant le Ramadan, c’est sa mère qui l’a convaincu dès le première jour du mois en lui disant que le jeûne de la poule et du coq lui suffira, c’est-à-dire qu’il s’abstient de manger jusqu’à midi, puis il rompt son jeûne avec le déjeuner béni ! Quand arrive le temps du sahûr, l’enfant est réveillé par les bruits de mouvements inhabituels dans la maison, il rejoint donc la table de ceux qui prennent le sahûr ; toutefois, il n’aura pas le droit de boire du café, car il est réservé aux grandes personnes, l’enfant rêve donc du jour où lui aussi pourra en boire et donc être compté parmi les adultes ! Il aimerait bien être plus âgé et il se demande quand viendra le jour où il deviendra comme eux ? Ici, le monde de l’enfance ne suscite pas un grand intérêt, ainsi l’enfant ne trouve rien à faire pour jouer et s’amuser, il ne rêve donc que de devenir un homme ! Notons que des conditions nouvelles ont même été ajoutées au jeûne ; ainsi, si par exemple tu ne te réveilles pas pour manger le sahûr, alors on considère que ta journée de jeûne est invalide. Il faut remarquer également que des lanternes spécifiques au Ramadan ne sont pas allumées dans le village ; en fait, les lanternes sont les seules sources de lumière de ce village, et notamment les petites lampes appelées fanârât. Par ailleurs, les villageois ne préparent pas des gâteaux ou des plats particuliers durant le Ramadan. Le jus de mûre est la seule boisson ramadanesque facile à obtenir pour les villageois, ils l’achètent dans les magasins et le boivent en le mélangeant avec beaucoup d’eau et un peu de sucre. Quant aux dattes, on en trouve à profusion dans les champs, mais aussi dans les maisons qui abritent toutes un dattier de bonne taille au milieu de leur cour, l’arbre fruitier est en somme comme un membre de la famille. Le laban est une boisson populaire que les voisins s’offrent les uns les autres comme un cadeau précieux, les villageois travaillent à son élaboration ainsi qu’à celle du beurre de lait, du beurre frais, du lait ou encore du fromage. Les villageois mélange aussi les dattes avec le beurre frais pour obtenir un mets délicieux qu’ils appellent al-qichda (le beurre noir).


Quand nous nous remémorons les objets du passé, ils paraissent plus grands, plus massifs et plus beaux qu’ils ne le sont en réalité ; est-ce par ce que petits ces objets nous paraissaient grands ? Ou est-ce parce que nous n’en n’avons pas vu d’autres ? Ainsi, la chambre étroite était comme un salon très vaste, la cour de la maison paraissait aussi grande qu’un terrain de football et le petit mur semblait être une muraille infranchissable.


Même chose pour ce qu’il s’agit des personnes. Un individu adulte a du mal à imaginer son père sous l’apparence d’un homme de 35 ans et sa mère sous celle d’une jeune femme de 28 ans. Le mois de Ramadan rapproche les gens et est l’occasion pour eux de répéter des gestes qu’ils ont peu l’habitude de faire. Il oublie qu’il arrivait parfois à son père de crier et de s’énerver à cause du jeûne, il ne se rappelle que de la douceur et de la bonté de ce père qui a tout fait pour élever ses enfants dans la vérité, pour qu’ils soient assidus à la prière et pour qu’ils acquièrent un bon comportement.


Les villageois participent à la prière de tarâwîh à la mosquée dès le premier jour du mois sacré, certains ne la prient pas entièrement, car ils n’ont pas la force d’accomplir les dix rak’a durant lesquelles l’imam lit un djuz` du Coran. Les croyants se concurrencent pour finir la lecture complète du Coran dans le plus court délai, l’envi de gagner cette compétition pousse certains concurrents à tricher en sautant certains passages, ils omettent de lire certaines sourates, certaines pages ou bien simplement quelques versets. Cette accusation de tricherie dans la lecture du Coran ressemble à l’accusation de fraude électorale ; en effet, comment untel peut-il être arrivé jusqu’à la sourate Yûnus dans un temps aussi court ?! Un autre a recours au hadr, c’est-à-dire qu’il lit rapidement sans que cela soit perceptible afin de se vanter devant les autres qu’il les a dépassés. Puis au fur et à mesure que les jours passent, les annonces de ceux qui ont terminé le Coran se succèdent, et avec elles les accusations, les soupçons de triche et les moqueries ainsi que les défenses et justifications des pères qui suivent du coin de l’œil leurs enfants qui lisent le Coran avec lenteur, lettre après lettre.


Le scandale de ceux qui rompent leur jeûne secrètement au milieu de la journée commence par être une rumeur murmurée puis éclate au grand jour, la plupart de ces fautifs sont des préadolescents. Ces derniers sont au cœur des conversations, les gens réprouvent durement ce qu’ils ont fait, puis ils s’exposent à des sanctions, ils peuvent être frappés, ostracisés, réprimandés ou bien on leur interdit de parler aux gens. L’erreur du jeune insouciant rejaillit sur toute la famille, l’histoire de celle-ci est entachée pour longtemps par ce faux-pas impardonnable, la famille est désormais connue de tous comme étant peu pratiquante et ayant un comportement douteux. Il n’est pas rare que l’on établisse un lien entre cette erreur et les origines de la famille puis on généralise à tous ses membres. Cependant, quand le blâme s’abat sur cet adolescent rebelle appartenant à cette noble famille, mais aussi sur son père pieux dont on dit à cette occasion qu’il va « laver la terre qui a été souillée », alors tout le monde se tait et répète en cœur : la bonne guidée est entre les Mains d’Allah !


Les villageois sont des gens véridiques et sincères, ils ne doutent pas de la justesse de leur jugement ni de la dualité des critères qu’ils utilisent pour juger. Ainsi, comme celui qui mange ou boit dans la journée durant le Ramadan par oubli a été nourri par Allah, exalté soit-Il, alors ils pensent qu’il ne faut pas lui rappeler qu’il jeûne afin de ne pas le priver du rizq (bienfait, ici de la nourriture) d’Allah, exalté soit-Il. L’enfant, quant à lui, oublie, et s’il n’oublie pas alors il fait comme s’il avait oublié, il a donc une excuse valable lorsqu’il est attrapé en flagrant délit de rupture de jeûne intempestif !


La beauté de l’esprit de la simplicité, de l’humilité et de la spontanéité imprégnait la vie du village ; en fait, nous nous rendons compte de la beauté des choses une fois qu’elles ne sont plus là et qu’elles ne sont plus qu’un souvenir.
 

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