La femme

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  2. La prédication islamique

Vers un dialogue positif

Vers un dialogue positif
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Le dialogue est l’un des meilleurs moyens d’exprimer sa pensée, car il s’agit d’un processus impliquant à la fois l’écoute et l’interaction, et durant lequel on a recours à tous nos sens, à nos émotions ainsi qu’à notre pensée, c’est ce qui fait du dialogue une chose inhérente à notre esprit et influençant grandement ce dernier. Il faut savoir que l’Islam a toujours prêté une attention particulière aux arts du dialogue et de la conversation, et ce, car la nature humaine est naturellement portée au dialogue ainsi que parfois à la polémique, et à ce propos Allah, exalté soit-Il, dit : « L’homme cependant est, de tous les êtres, le plus grand disputeur » (Coran 18/54). Notons en outre que cette propension de l’homme à dialoguer ou à polémiquer s’étend au-delà de sa mort, c’est-à-dire jusqu’au Jour du Jugement comme nous le rappelle le Noble Coran : « (Rappelle-toi) le jour où chaque âme viendra, plaidant pour elle-même […] » (Coran 16/111). Toutefois, rappelons que si nous cherchons dons notre héritage moral islamique l’utilisation du terme « critique » (al-naqd), nous ne trouverons rien ; en revanche, nous trouverons à sa place les mots « rectification », « présentation des défauts », « effacement des erreurs », « exhortation au bien », « examen de conscience », « ordonner le louable et interdire le blâmable » ou encore « conseil ».

Le dialogue a pour but le fait d’argumenter ainsi que le fait d’écarter les pensées erronées et fausses, il aide en somme les individus qui s’y adonnent à connaître la vérité et à y accéder, chacune des parties cherche en fait à découvrir chez l’autre les éléments de cette vérité qu’il dissimule, et ce, en usant les divers moyens de raisonnement logique permettant d’accéder à cette vérité. Et à ce propos al-Dhahabî a dit : « L’art de la controverse a été mis au point afin de découvrir la vérité, de permettre au savant érudit de communiquer son savoir au autre ou encore d’informer les insouciants et les ignorants ».
Il est notable que plus les interlocuteurs sont bien formés et ont un référentiel commun, plus le dialogue est positif et les discours des uns et des autres se complètent harmonieusement ; et, inversement, plus les interlocuteurs sont intellectuellement faibles et sans références communes ou ont un discours décousu ou perclus de contradictions, plus le dialogue est voué à l’échec, tourne en rond et tourne en une polémique proche d’une vulgaire dispute bruyante. Nous constatons par exemple que lors des périodes de changements sociaux – et notamment ceux qui sont soudains et rapides – le dialogue devient plus bruyant, plus embrouillé et plus décousu étant donné les différences extrêmement grandes des références intellectuelles des diverses parties en présence, ce qui amène ces dernières à ne trouver aucun point d’accord entre elles, de plus aucune idée pertinente ne peut ressortir de leur dialogue de même que tout est sujet à la diffamation, à la controverse stérile voire à l’injure.
Par ailleurs, le fait de suivre la vérité, de faire des efforts constants pour y accéder et de s’y accrocher de toutes ses forces est ce qui permet de mener le dialogue sur le droit chemin en évitant les tortuosités, les égarements, la soumission aux passions de la masse ou encore l’imitation aveugle. Ainsi, l’honnête homme intelligent – et à plus forte raison le musulman – cherche la vérité et le juste tout en s’écartant de ce qui est erroné et faux.
Abû Hâmid al-Ghazâlî a dit : « Le fait de s’entraider dans la recherche de la vérité fait partie de la religion, mais cette entraide comporte des conditions et des caractéristiques précises, et parmi celles-ci il y a le fait de rechercher la vérité comme si on recherchait un objet perdu, et dans ce cas il n’y aucune différence entre celui qui trouve l’objet perdu et celui qui l’a aidé à le trouver, le découvreur de l’objet voit son compagnon de recherche comme un soutien et non comme un adversaire, de plus il le remercie de lui avoir montré ses erreurs ».
Par ailleurs, en ce qui concerne la condamnation de l’esprit sectaire, quand bien même il se manifesterait au nom de la recherche de la vérité, voici ce que dit al-Ghazâlî : « L’esprit sectaire fait partie des fléaux que l’on trouve chez les mauvais savants, ces derniers dépassent les bornes du sectarisme dans leur recherche de la vérité, ils regardent ceux qui s’opposent à eux avec dédain et mépris, ils incitent à la confrontation et au dialogue mais en fait il ne cherchent qu’à faire triompher les idées erronées, ils ne cherchent qu’à conforter et renforcer leurs convictions. S’ils faisaient montre de douceur, de bienveillance et de sagesse dans leurs conseils, et non de sectarisme et d’arrogance, alors cela serait mieux pour eux ; toutefois, la dignité ne vient que quand on demande aux gens de suivre nos avis et nos idées, mais on ne peut conquérir des adeptes par un esprit sectaire ou en maudissant ses adversaires ; et malheureusement ces mauvais savants ont fait du sectarisme une habitude et un outil ».
Le but est ici de dire que tout dialogue doit être débarrassé de tout esprit sectaire, ne viser que la vérité, être dépourvu de toute violence et agressivité, s’éloigner de toute controverse fondée sur une subjectivité personnelle et de tout sophisme, toutes ces manières de faire et de dire corrompent les cœurs, mènent les esprits à s’emporter, font naître de l’aversion pour les autres, génèrent de l’animosité dans les esprits et conduisent pour finir à la rupture.
De même nous pouvons dire que nos pensées sont comme de belles toiles de peintures élaborées par le pinceau d’un artiste connu pour son coup de pinceau génial, pour l’ampleur de son imagination ainsi que pour son habilité à choisir les bonnes couleurs, ce peintre crée pour nous à chaque fois des paysages naturels magnifiques et captivants. Et ces belles toiles ont besoin d’un beau cadre correspondant à leur beauté, s’accordant avec leurs couleurs, complétant leur magnificence et leur élégance éclatante et envoûtante. Les mots que nous choisissons, les termes que nous utilisons et les phrases que nous élaborons sont comme le cadre de ces toiles. Par conséquent, il est absolument nécessaire de se choisir un beau cadre pour nos « toiles » afin d’ajouter de l’élégance à l’élégance, de rendre nos répliques plus pertinentes et de faciliter le travail consistant à convaincre l’autre de la validité de nos pensées et convictions ou au moins faire en sorte que ce dernier fasse un pas vers nous et ne nous fuit pas en colère à cause de notre échec à choisir les bons mots et les bonnes formules pour lui parler.
Quand on croit à la vertu du bon comportement, à l’importance de ce dernier, à l’obligation de bien se comporter avec tous les individus et même avec les animaux, alors nous devons dire le bien et le bon aux gens et choisir lorsque nous nous adressons à nos frères non seulement des bonnes paroles mais les meilleures paroles. Si nous sommes convaincus que c’est là la voie à suivre, alors nous maîtriserons comme il se doit l’art du dialogue, nous éviterons que nos discussions soient polluées par de mauvaises manières, des paroles grossières et impolies et nous éviterons d’employer un style méprisant à l’égard de nos contradicteurs.
Si nous croyons que l’application de la justice est une obligation et que la Charia oblige le musulman à faire montre d’équité envers tout le monde, alors nous devons accepter que la justice est un précepte indiscutable et une vertu non négociable. Enfin, si nous sommes convaincus par tout ce qui précède, nous ne pouvons pas nous permettre lors d’un débat de dénigrer totalement notre adversaire et de rejeter le vrai qu’il y a dans ses paroles avec le faux.
 

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