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L’école de la foi durant la première décade de Dhul-Hidjja

L’école de la foi durant la première décade de Dhul-Hidjja

Par : Khâlid Rawchah

A chaque fois qu’elle est envahie par une paresse qui la détourne de l’obéissance à Allah et par un penchant vers les jouissances du bas monde, l’âme croyante a besoin d’une stimulation pour la réveiller. Au sein des distractions et des amusements purement matériels, l’âme du croyant tend à une foi susceptible de l’élever au-dessus de la terre vers les amples horizons célestes.

L’âme passe par des moments lui permettant de revenir vers Allah, exalté soit-Il, et d’ouvrir une nouvelle page avec Lui. La première décade du mois de Dhul-Hidjja figure parmi ces jours où l’âme est plus à même de faire preuve d’un repentir sincère.

Le programme pédagogique islamique a fait de l’exploitation de ces jours un moyen efficace pour une éducation spirituelle accomplie et pour une vertueuse impulsion spirituelle des cœurs, susceptibles l’une et l’autre de purger les cœurs souillés par les péchés, de ramener les âmes négligentes à leur Créateur, exalté soit-Il, en les introduisant dans une vie limpide et pure dans laquelle leur seul objectif est l’obéissance à Allah, exalté soit-Il, et la foi.

Convergence de tous les bienfaits :

La première décade du mois de Dhul-Hidjja est celle de la convergence de tous les bienfaits. Elle constitue les meilleurs jours et les plus éminents. Allah, exalté soit-Il, a juré (sens du verset) : « Par les dix nuits » (Coran 89/2) qui, selon la majorité des exégètes, renvoient aux dix premiers jours de Dhul-Hidjja.

Pour sa part, le Prophète () a mis l’accent sur l’éminence des œuvres accomplies au cours de cette décade, en disant dans un hadith rapporté par Ibn ‘Abbâs, qu’Allah soit satisfait de lui :

• « Il n’y a pas de jours où les bonnes œuvres sont plus aimées d’Allah que ces dix jours » (Boukhari) ;

• « Nulle (bonne) œuvre n’est plus méritoire ni plus récompensée qu’une œuvre accomplie pendant la décade ce terminant par la fête du sacrifice » [Al-Dârimi (al-Albânî : Hasan)].

Il nous a également () commandé de multiplier les évocations d’Allah, exalté soit-Il, en disant, d’après Ibn ‘Umar, qu’Allah soit satisfait de lui :

« Il n’y a pas de jours qui ont plus de valeur auprès d’Allah et pendant lesquels les bonnes actions accomplies lui sont les plus aimées que ces dix jours ; multipliez-y donc le Tahlîl, le Takbîr et le Tahmîd » (Ahmad).

Le Prophète () jeûnait le neuvième jour de Dhul-Hidjja. L’une des épouses du Prophète () rapporta : « Le Prophète () jeûnait neuf jours de Dhul Hidjjah (les neufs premiers), le jour de ‘Âchourâ’, ainsi que trois jours de chaque mois : le premier lundi du mois et deux jeudis » [Al-Nasâ`î et Abû Dâwûd (al-Albânî : Sahîh)]. Du jeûne de la première décade du mois de Dhul-Hidjja, l’Imam al-Nawawî dit : « Il est fort recommandé ».

En outre, le Prophète () nous a ordonné de jeûner le jour de ‘Arafat. D’après Abû Qatâda, qu’Allah soit satisfait de lui, lorsque le Prophète () fut interrogé sur le jeûne du jour de ‘Arafat, il répondit : « Il expie les péchés de l’année précédente et ceux de l’année suivante » (Mouslim). Aussi, Ibn ‘Umar, qu’Allah soit satisfait de lui et de son père, affirma : « Nous étions avec le Prophète () et nous considérions que le jeûne de ce jour expiait les péchés de deux années » [Al-Tabarânî (al-Albâni : Sahîh)].

L’imam Ibn Hadjar, qu'Allah lui fasse miséricorde, a dit : « Il apparaît que la raison donnant la prééminence à la première décade de Dhul-Hidjja est le fait que les principaux actes d’adoration, à savoir la prière, le jeûne, l’aumône et le Hadj, y sont réunis et cela ne se présente pas en dehors de cette période ».(Fath al-Bârî)

Dès l’avènement de cette décade, le pieux successeur des Compagnons Sa’îd ibn Djubayr redoublait d’efforts dans l’accomplissement des pratiques cultuelles au point de ne plus pouvoir y ajouter quelque chose. Il disait : « N’éteignez point vos lampes pendant ces dix nuits », voulant dire par cela la lecture du Coran et la prière nocturne.

De son côté, Ibn Radjab al-Hanbalî a dit : « Etant donné qu’Allah, exalté soit-Il, a ancré dans les âmes des croyants cette envie de voir Sa Maison sacrée et que les musulmans ne sont pas tous capables de s’y rendre chaque année, Il a prescrit à ceux qui en ont les moyens d’accomplir le Hadj au moins une seule fois dans la vie et Il a fait de la première décade du mois de Dhul-Hidjja une saison de dévotion commune à la fois aux musulmans qui accomplissent le Hadj et à ceux qui ne l’accomplissent pas ».

Interrogé sur la question de savoir laquelle de la première décade de Dhul-Hidjja et de la dernière décade de Ramadan était la meilleure, Ibn Taymiyya répondit : « Les journées de la première décade de Dhul-Hidjja sont meilleures que celles de la dernière décade de Ramadan, et les nuits de la dernière décade du mois de Ramadan sont meilleures que celles de la première décade de Dhul-Hidjja ».

Comparant les mérites de ces dix jours, Ibn Al-Qayyim dit : « Le meilleur jour auprès d’Allah est celui du sacrifice qui est également le jour du Grand Pèlerinage comme il est rapporté dans le hadith dans lequel le Prophète () a dit : « Les jours les plus importants auprès d’Allah sont le jour du sacrifice, puis le jour du Qarr » (Abû Dâwûd). Il est à noter que le jour du Qarr correspond au onzième jour de Dhul-Hidjja où les pèlerins s’établissent à Mina. Il est également dit que le jour de ‘Arafat est meilleur que lui, étant donné que son jeûne expie les péchés de deux ans, qu’il n’est pas de jour où Allah affranchit autant de Ses créatures du feu de l’Enfer que le jour de ‘Arafat. Et parce que ce jour-là Allah, exalté soit-Il, descend jusqu'au Ciel le plus bas et ensuite vante auprès de Ses Anges les mérites des pèlerins y ayant fait halte ».

Cette décade a, de facto, réuni tous les bienfaits et est devenue à juste titre leur point de convergence. Il n’y a pas de bonne œuvre qui n’y soit recommandée ni de jours où les bonnes œuvres sont plus aimées d’Allah que durant ces jours, qui constituent un grand bien pour l’âme purifiée et lucide et un cycle spirituel placé, quant à son importance par rapport aux autres jours de l’année, en vedette.

Entre le Hadj et le Thadj (le fait de faire couler le sang d’une bête sacrifiée) :

Celui à qui Allah, exalté soit-Il, a permis d’accomplir le pèlerinage l’a ainsi guidé vers un grand bienfait, l’a choisi pour l’assainir de ses péchés et le rendre, s’il fait preuve de sincérité et parfait son Hadj, aussi pur que le jour où sa mère l’a mis au monde, et lui a permis d’ouvrir une page blanche pour renouveler son engagement en matière de foi.

En fait, la tenue d’Ihrâm amène le pèlerin à remplacer le vêtement des jouissances du bas monde pour un vêtement comparable au linceul, loin des ornements trompeurs, des désirs séduisants, de la course insensée aux plaisirs éphémères. Dans la tenue d’Ihrâm comme lors de l’ensevelissement dans le linceul, tous se trouvent sur le même pied d’égalité, craignant les répercussions de leurs péchés et espérant la miséricorde d’Allah, exalté soit-Il, qui embrasse toute chose.

Au moment où le sang de la communauté islamique coule, les croyants le jour du Hadj font une déclaration affirmant que les peuples musulmans aux quatre coins du monde sont comme un seul homme, avec la même conception et le même but. Ils adorent le même Dieu, dont ils espèrent la miséricorde et redoutent le châtiment. Que le diable et consorts soient humiliés et que chaque musulman soit fier de sa religion, cette religion illustre, puisqu’Allah, exalté soit-Il, est son Protecteur, alors que ses ennemis n’ont pas de protecteur !

Au moment où les pèlerins immolent leur offrande, où les autres musulmans égorgent leurs bêtes de sacrifice et où les voix proclament le Takbîr, les pieux martyrs donnent leur sang et leur âme pure aux quatre coins du monde pour l’agrément d’Allah, exalté soit-Il, avec un sourire en rendant le dernier soupir et se dirigeant vers l’au-delà et le sang coulant de leur corps ; la couleur est celle du sang mais l’odeur est celle du musc.

Les éducateurs et la première décade de Dhul-Hidjja :

La première décade de Dhul-Hidjja est une occasion pédagogique que chaque éducateur peut exploiter en orientant vers les vertus et les éthiques les plus nobles. Il peut s’en servir en tant que point de départ annuel pour réformer les âmes de ses disciples sur les plans de la foi, du repentir et des bonnes actions.

A ce titre, nous proposons que ce processus se déroule en fonction de certains axes comme :

1- Préparer un environnement de foi :
En ces jours, la méthode islamique aide le pédagogue à créer un environnement spirituel général favorable susceptible d’exercer une influence sur les personnes qu’ils désirent orienter.

Le jeûne, la proclamation du Takbîr, l’évocation d’Allah, exalté soit-Il, le fait, pour les musulmans ayant l’intention d’immoler une bête de sacrifice, de ne pas se couper les cheveux ni les ongles, la Talbiya prononcée par les pèlerins à différents endroits et diffusée à large échelle par les médias, l’achat de la bête de sacrifice et les préparatifs entrepris pour le jour du sacrifice aident le pédagogue à parfaire l’environnement spirituel requis.

Là, son rôle consiste à exploiter cela dans des actions de prédication susceptibles de contribuer à cette atmosphère spirituelle. Il peut appeler ses disciples à rester dans les mosquées plus longtemps qu’à l’habitude dans l’attente de l’accomplissement de la prière après avoir accompli la précédente et à employer ce temps à lire le Coran et à saisir l’occasion de la rupture du jeûne, chaque jour, pour invoquer Allah, exalté soit-Il, et Lui adresser des supplications.

En outre, des actions collectives peuvent être organisées, ayant pour objet de leur apprendre l’esprit de sacrifice et d’abnégation comme se réunir pour préparer le repas de la rupture du jeûne et convier les pauvres à ce repas qu’ils ont confectionné, se sont fatigués lors de sa préparation et pour lequel ils ont dépensé de leur argent personnel.

Le pédagogue peut également les rassembler et leur réciter les versets coraniques et les hadiths qui commandent de donner en aumône de ses biens, et qui rapportent les biographies des vertueux Anciens qui multipliaient les aumônes sur le sentier d’Allah, exalté soit-Il. Ensuite, il peut leur ordonner de sortir chacun seul pour donner des aumônes tout en leur rappelant l’importance de se doter d’une intention sincère et de dissimuler leur action aux yeux des gens.

Il peut aussi leur parler du hadith relatant le jour où Abû Bakr, qu’Allah soit satisfait de lui, accomplit quatre bonnes actions, en accomplissant le jeûne, en assistant à des funérailles, en se rendant au chevet d’un malade et en donnant une aumône. Le Prophète (), lorsqu’il l’apprit, dit à son sujet : « Quiconque accomplit ces quatre actes dans une même journée verra ses péchés pardonnés ». Ensuite, il doit les appeler à imiter Abû Bakr, qu’Allah soit satisfait de lui, et à accomplir ces quatre actes en une seule journée, entre autres idées possibles.

2- Appeler à la réforme de soi :
Durant ces jours, il convient que le pédagogue rappelle à ses disciples l’importance de substituer à leurs défauts et mauvaises habitudes des qualités exemplaires comme celles du Prophète () et de bonnes habitudes spirituelles. Il doit leur commander de se débarrasser des mœurs et des us antéislamiques utilitaristes et égocentristes et de la tendance à dédaigner autrui.

Le pédagogue doit apprendre à ses disciples à blâmer l’arrogance et la vanité et leur rappeler que l’Islam a ordonné à tous les musulmans pendant le Hadj d’être égaux dans leur tenue, leur comportement, leurs paroles et leurs objectifs, et d’abandonner le bas monde et la recherche du prestige. Ils sont également égaux le jour de ‘Arafat face à la recherche de la récompense d’Allah, exalté soit-Il, et aucun n’est supérieur aux autres, si ce n’est par la piété et les bonnes actions. Il doit leur apprendre à maîtriser les caprices et les désirs de l’âme, à tourner le dos à la vie de luxe et à mener autant que possible une vie sans apprêt, compte tenu du hadith, dans lequel le Prophète () a dit : « Le fait de porter des habits modestes fait partie de la foi ». En se comportant ainsi, ils imiteront aussi les pèlerins en état de sacralisation pour qui le luxe et certains plaisirs leur sont interdits pendant l’Ihrâm, et qui sont enjoints de faire montre de maîtrise de soi, de bonne contenance, et de se tenir à distance des désirs charnels et des désobéissances, en obtempération à l’ordre d’Allah, exalté soit-Il, Qui dit (sens du verset) : « Alors point de rapport sexuel, point de perversité, point de dispute pendant le pèlerinage » (Coran 2/197).

3- Les orienter vers la coopération et l’attachement à Allah, exalté soit-Il :
Pendant la première décade du mois de Dhul-Hidjja, se manifeste tangiblement le sens de l’attachement fort à la corde d’Allah, exalté soit-Il, et l’absence de division. Car tous les musulmans désirent effectuer chaque année le Hadj, et les pèlerins provenant des quatre coins du monde donnent le meilleur exemple concret de coopération et d’attachement à leur conception et leur objectif communs. Quant aux musulmans qui ne figurent pas parmi les pèlerins cette année, ils partagent avec ces derniers les mêmes sentiments et ils sont avec eux en pensée, invoquant Allah, exalté soit-Il, pour être parmi eux l’année suivante.

Là, le pédagogue appelle ses élèves à repousser les controverses et la division, à œuvrer pour réaliser l’unité, à s’abstenir de mésestimer les œuvres de piété accomplies par autrui, aussi minimes soient-elles, à voir les personnes œuvrant pour Allah comme étant toutes au service de l’Islam. Par conséquent, il doit invoquer Allah, exalté soit-Il, pour eux, et espérer pour eux la victoire, de les assister autant que possible sans leur faire faux bond, de les conseiller pour qu’ils corrigent leurs erreurs et de les orienter convenablement vers ce qu’ils n’arrivent pas à saisir.

Ce sont des jours d’actes vertueux et bénis que les pieux croyants attendent avec impatience pour se débarrasser du collet du bas monde et du lasso du désir et des espoirs vains, et pour tracer un nouveau registre de lumière sans matérialisme salissant la pureté, ni désobéissance souillant l’obéissance. Mais au contraire, les évocations, le recueillement, le repentir et des larmes chaudes. Ainsi, les croyants voient l’univers fait tout de joie et de pureté, et où la lumière est mêlée au bonheur et l’espoir à la véracité. Là, le Paradis devient l’ultime but, la sincérité ce que l’on espère et le fait d’avoir une bonne opinion d’Allah, exalté soit-Il, le moyen de réaliser ses rêves.
 

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